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JAZZ  |  B.O FILM

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Vladimir COSMA - Le Coup Du Parapluie (1980)
Par AIGLE BLANC le 17 Mars 2021          Consultée 378 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Gérard Oury, grand auteur et cinéaste de comédies françaises, a dirigé les plus grandes stars populaires, Louis de Funès, Bourvil et Jean-Paul Belmondo, quand il se lance dans la réalisation en 1980 du Coup du Parapluie. Alors qu'il est devenu un acteur comique à succès, Pierre Richard rejoint logiquement la tête de distribution du film, après avoir été intronisé deux ans plus tôt dans la famille de Gérard Oury à l'occasion du film La Carapate dont il partageait la vedette avec Victor Lanoux.
Même s'il n'appartient pas à la période prestigieuse du cinéaste (les années 60 avec le trio gagnant Le Corniaud, La grande Vadrouille et Les Aventures de Rabbi Jacob), Le coup du parapluie demeure une honnête comédie enlevée dont le ressort principal est voisin de celui du Schpountz de Marcel Pagnol, ou comment un ahuri naïf se trouve suite à un quiproquo plongé dans une réalité "biaisée" dont il ne comprend ni les tenants ni les aboutissants du fait que lui croit vivre une autre réalité. C'était aussi ni plus ni moins que l'astuce à l'origine du scénario du Grand Blond avec une chaussure noire par Francis Veber.
Grégoire Lecomte (Pierre Richard), acteur ringard condamné aux spots publicitaires, se croit engagé suite à un quiproquo sur le tournage d'un film de gangsters dont il postulait au rôle du tueur à gage, alors qu'il est employé à la même fonction par de vrais mafiosi. Le film offre un écrin idéal à Pierre Richard, comédien lunaire au corps élastique, éternel rêveur-gaffeur, ahuri de premier ordre déjouant les pièges et les dangers par la seule force de ses maladresses à répétitions.

Si le long-métrage n'est pas entré dans le panthéon du cinéma populaire, la musique de Vladimir COSMA, quant à elle, brille de mille feux au point de figurer en bonne place parmi les plus grandes réussites du compositeur d'origine roumaine. C'est la deuxième B.O qu'il réalise pour le compte de Gérard Oury, mais déjà la onzième partition qu'il écrit pour Pierre Richard, acteur auquel le lie une amitié artistique hors du commun, et unique dans le monde du cinéma. Leur collaboration livre toujours un cocktail savoureux d'humour, de légèreté et d'élégance, autant de qualités qui caractérisent aussi le jeu de l'acteur comique.
Comme d'habitude, le scénario et les gags lui fournissent l'occasion de varier les styles de musiques. Ici, c'est le jazz classique des années 20 que COSMA ressuscite, sans tomber dans le pastiche ni la parodie, autant de compositions personnelles qu'on jurerait connaître depuis la nuit des temps et qui s'élèvent par conséquent au rang de classiques immédiats. C'est toute la force d'un compositeur doué et sensible, à l'inspiration apparemment inépuisable.

Comme toujours, Vladimir COSMA nous offre un thème principal fort réussi qui épouse la ligne claire d'une valse et convoque un grand orchestre à l'amplitude straussienne. "Le coup du parapluie" réserve une surprise originale dans ses couplets qui rompent le charme de la valse en y injectant les ingrédients de base de tout suspens qui se doit, à coups de martèlement des cuivres lorgnant encore une fois du côté de la série des James Bond. Cette dichotomie stylistique, étrange sur le papier, fonctionne pourtant magnifiquement au point que la greffe en est invisible. "Rio de Janeiro" reprend le thème principal, mais dans de nouveaux atours, comme il est de tradition dans le cinéma des années 70 et 80. Le style est devenu pop, la flûte ayant remplacé les cordes, apportant une note printanière d'humeur rêveuse, tandis que la batterie scande un rythme des plus "smooth". Quant à "Pierre et Bunny", dernière itération de ce thème initial, il évolue sur le mode de la romance sentimentale auquel COSMA est habitué, registre qui lui vaudra le succès planétaire du slow "Reality" dès le premier volet de La boum, deux ou trois ans plus tard. Il est amusant de constater que COSMA, dans ce contexte, confie toujours au synthétiseur soliste la mélodie principale, ce dernier remplaçant ici les cordes et la flûte des versions précédentes.
Les comédies des années 70 et 80 enrobaient leur dynamique comique au sein de récits d'aventures prenant souvent la forme d'intrigues policières, le héros (évidemment novice en la matière) amené, avec ou "à l'insu de son plein gré", à enquêter, le film empruntant alors le motif récurrent de la course-poursuite. COSMA réserve donc aux scènes d'action et de suspens la recette alors en vigueur d'une musique contemporaine, initiée par la série des James Bond, qu'il applique à la lettre avec une égale réussite. Il en va ainsi de "Attentat sur la corniche", de "La Baleine II", du "Parapluie bulgare" et, surtout, de l'excellent "Le Yacht d'Otto Krampe" qu'on jurerait signé de Lalo SCHIFRIN. A moins qu'il ne lorgne du côté de Bernard HERMANN, de Jerry GOLDSMITH ou Pino DONAGGIO en osant une musique orchestrale dissonante où les cordes se chargent de menace lancinante comme dans "Moskovitz en peinture" ou "Grégoire, prends garde".

En raison du milieu dans lequel se trouve entraîné l'ahuri notoire Grégoire Lecomte, la jet-set et ses soirées prestigieuses où chaque invité exhibe sa magnificence, Vladimir COSMA est amené à composer du jazz classique inauguré par le titre "Charleston". On entre alors dans la partie de loin la plus impressionnante de cette B.O, grâce à l'exécution remarquable d'un orchestre dévoué corps et âme à ce "jazz hot" qui voit briller trombones, trompettes et clarinettes. COSMA se balade en territoire conquis d'avance certes, mais il le fait avec un panache des plus convaincants. N'oublions pas qu'il se charge lui-même, depuis ses débuts dans le cinéma, de la direction orchestrale et que ce "Charleston", fondé comme il se doit sur des rythmes endiablés, exige une totale synergie des musiciens. Sur ce point essentiel à la réussite de l'entreprise, COSMA accomplit un sans faute.
Les trompettes de "Shimmy" sur un rythme cool et légèrement sautillant nous invitent à une ballade doucereuse, tandis que le saxophone nous sussurre de bien belles confidences et que les clarinettes déposent sur l'ensemble leur empreinte aérienne : un délice.
Les joyeux dixieland "Marchin' ", "Stomp", "Black and White Bottom" et "Dixie Rag", insouciants et légers, "plus vrais que nature", nous tendent leur sourire auquel il est bien difficile de résister.
Le swinguant "Swinging Bunny" déploie autant de grâce que d'allégresse.
Pour une écoute à l'aveugle, la confusion serait possible de croire tous ces titres issus de standards du jazz, alors qu'ils sont la création personnelle de COSMA, tant sa maîtrise fait de lui l'égal des meilleures formations rompues au jazz cocktail et cabaret des années 20. On pourrait même imaginer notre clarinettiste dilettante Woody Allen prendre son pied à interpréter ces airs de grandes légèreté et allégresse au sein de son orchestre.

Après une première édition en 1980 chez WEA, le label Larghetto Music a sorti en 2016, dans un coffret réunissant des B.O rares ou inédites de Vladimir COSMA, une version intégrale du Coup du parapluie qui reste préférable à l'originale tant les apports complètent à merveille chaque facette de cette partition fort réussie. C'est cette édition qui sert d'appui à ladite chronique et m'oblige donc à évoquer la B.O du film de Pierre Richard, C'est pas moi, c'est lui (1979), couplée à celle du Coup du parapluie.
Si le film de Pierre Richard est loin d'être une franche réussite, l'acteur-cinéaste le reconnaît lui-même, la partition de Vladimir COSMA tire formidablement son épingle du jeu grâce à un thème principal encore une fois des plus séduisants, simple, enjoué, enrobé d'arrangements orientaux aussi amusants qu'originaux où brillent le Naï de Hmaoui Abdlhamid et le Kanoun de Salah, tandis que l'orchestre de COSMA s'acquitte de son rôle avec classe et humour. Les diverses versions de ce thème relancent sans cesse l'intérêt par leurs arrangements judicieux, "Deux chameaux dans un placard" et surtout "Désert, désert" où l'orchestre lui confère une belle ampleur romanesque. Quant à "Bagdad Folies", il rejoint la longue liste des thèmes accrocheurs du compositeur qu'on ne se lasse apparemment jamais d'écouter. Le jazz est toujours plus ou moins à l'honneur, comme en atteste le délicieux "Qui est qui ?" où plane l'ombre du grand Henry MANCINI. Les scènes d'action remettent à l'épreuve l'aisance avec laquelle COSMA compose des musiques à suspens dignes de Bernard HERMANN, ce que confirme "Attention danger !".
Voici une partition peu connue qui mérite d'y tendre une oreille voire deux... pour le confort d'écoute !

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   AIGLE BLANC

 
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- Vladimir Cosma (compositions et direction orchestrale)
- Orchestre : Non Crédité
- Hmaoui Abdlhamid (naï)
- Salah (kanoun)
- Ouenchi Med L'arbi (violon)


- Le Coup Du Parapluie (1980)
1. Le Coup Du Parapluie
2. Attentat Sur La Corniche
3. Rio De Janeiro
4. Western
5. Les Byblos à Las Vegas
6. Moskovitz En Peinture
7. Ragoutoutou
8. La Baleine Ii
9. Grégoire, Prends Garde
10. Grégoire La Tulipe
11. Le Yacht D'otto Krampe
12. Le Parapluie Bulgare
13. Pierre Et Bunny
14. Ragoutoutou 2
15. Charleston
16. Shimmy
17. Piano Boston
18. Happy Birthday
19. Foxtrot Sous La Pluie
20. Marchin'
21. Otto Lemagnifique
22. Stomp
23. Langoureux Byblos
24. Swinging Bunny
25. Black And White Bottom
26. Saxo Boston
27. Saint-tropez On The Rocks
28. Dixie Rag
- C'est Pas Moi, C'est Lui (1979)
29. Bagdad Folies
30. Thème De Valérie
31. Qui Est Qui ?
32. Attention, Danger !
33. Deux Chameaux Dans Un Placard
34. Ma Belle Isabelle
35. Désert, Désert
36. Jets D'eau
37. Tout Colle
38. Pierre, Aldo, Georges Et Les Autres
39. C'est Pas Moi, C'est Lui



             



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