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- Membre : Bande Originale De Film

Vladimir COSMA - La Boum (1980)
Par AIGLE BLANC le 2 Avril 2025          Consultée 139 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Quand Claude Pinoteau fait appel à Vladimir COSMA pour signer la musique de La Boum, aucun des deux artistes ne se doute un seul instant du succès phénoménal qui en France comme en Europe va frapper le film ayant révélé Sophie Marceau, 13 ans à l'époque et promise à une fantastique carrière. Le long métrage attire 4 300 000 spectateurs dans les salles hexagonales et 15 000 000 en Europe.

En 1980, Vladimir COSMA aligne déjà à son palmarès un nombre impressionnant de succès populaires : Les Aventures de Rabbi Jacob, Le Grand Blond avec une Chaussure noire, La Course à l'Echalote, Un Eléphant, ça trompe énormément, L'aile ou la cuisse, L'Animal, La Zizanie, Diva.... Il sait dessiner un personnage en lui créant un thème musical judicieux. Malgré ce riche bagage, le compositeur de 40 ans doit relever le premier grand défi de sa carrière quand il intègre le projet de La Boum, film pourtant annoncé comme une comédie légère, registre qui lui est pourtant bien familier.

Le film radiographie, un an avant l'essor de l'ère mitterrandienne, l'état d'esprit d'une jeunesse en mal d'émancipation, qui découvre l'espace privilégié des boums, dont elle s'empare pour expérimenter les prémices enivrants d'une autonomie ardemment désirée. Les succès du hit parade à la mode, que diffusent les 45-tours fraternels, autorisent les déhanchements, canalisent l'énergie trop longtemps réprimée à l'école, tout en favorisant les rapprochements épaule contre épaule. La musique embrassant l'ascension libertaire des adolescents, aussi bien celle diffusée dans les boums privées que dans les boîtes de nuit parisiennes, occupe la place centrale dans un film qui se veut l'instantané sociologique d'une jeunesse issue des Baby Boomers.

Quand Claude Pinoteau, en post-production, projette son film à Vladimir COSMA, les scènes de boums sont soutenues par les tubes des idoles du moment. On y entend entre autres Bob MARLEY, MADNESS, mais aussi Billy JOEL et les Rolling STONES, autant de groupes ayant le vent en poupe et dont la jeunesse s'empare avec avidité et gourmandise. La Bande Originale du film ayant pour vocation de se cantonner au cadre extra-diégétique*, le musicien ne comprend pas d'abord pourquoi le cinéaste a fait appel à ses services. C'est sans compter la budget forcément limité du long-métrage qui ne peut pas s'offrir les droits des succès musicaux de l'époque, d'autant plus que le scénario prévoit plusieurs séquences de boums et de boîtes de nuit, donc la nécessité de diffuser au moins 7 ou 8 chansons populaires.

Sans avoir pressenti le défi qui se présente à lui, COSMA se retrouve à devoir écrire et composer des chansons populaires suffisamment convaincantes pour rendre crédibles les scènes de boum que scandent les rythmes pop-rock-disco-funk-reggae-ska. Il est facile dès lors de comprendre pourquoi le premier choix de Claude Pinoteau pour la musique de son film s'était porté sur Michel POLNAREF qui maîtrise à satiété le cadre de la chanson populaire. Ce n'est pas le cas du tout de Vladimir COSMA, compositeur-violoniste de formation classique, qui n'a jamais écrit ni composé une seule chanson de sa vie et ne fréquente aucunement les boîtes de nuit. Il faut vraiment garder à l'esprit cette réalité, ce décalage entre l'artiste et la scène pop-rock, pour prendre la mesure non seulement de l'enjeu qui s'offre à lui, mais aussi du résultat plus qu'honorable de son travail qui, sans franchement rivaliser avec MADNESS, Bob MARLEY ou Billy JOEL (comment le pourrait-il, lui qui vient d'un univers musical d'un autre âge contre lequel s'inscrivent les groupes cités ?), parvient à offrir de vraies chansons populaires, sans avoir la moindre raison d'en rougir.

Parmi les 10 titres de La Boum, une chanson s'est hissée aux tops de 15 hits parades européens, au cours de l'année 1980. Il s'agit bien entendu de l'éternelle "Reality" que vous ne pouvez pas ne pas connaître si vous fréquentez une radio comme NRJ, tant elle doit compter parmi les championnes des multi-diffusions, devenue depuis un standard de la variété française. Les crédits figurant sur la pochette et le label du 45-tours, vendu à 8 000 000 d'exemplaires entre l'Europe et l'Asie, en seulement quatre jours, mentionnent Jeff Jordan aux paroles. Ne cherchez pas plus loin, c'est le pseudo que s'est attribué Vladimir COSMA pour les paroles de toutes les chansons de la B.O, tandis qu'il signe les musiques sous son vrai patronyme.

Il est de coutume, quand on se pique d'aimer la Grande Musique, la Vraie, de dénigrer un slow comme "Reality", qui plus est quand les sempiternelles diffusions à la radio ont pu en dilapider la beauté jusqu'à satiété. Admettons que "Reality" coche les clichés du slow populaire : une musique quelque peu sirupeuse, des claviers parfaitement dans la tradition honnie des années 80, une guitare électrique sentimentale aux effets faciles et un jeune chanteur, Richard Sanderson, affichant les signes rassurants du gendre idéal, une belle tête ainsi qu'un joli filet de voix propre à faire se pâmer les adolescentes comme à attendrir les ménagères nostalgiques de leurs années lycée. Pourtant, cette chanson rejoint les plaisirs coupables que nous préférons garder secrets. Elle n'a pas si mal vieilli, conservant un charme et une émotion intactes, preuves de la sincérité de son créateur. L'interprétation sobre, et plutôt neutre, de Richard Sanderson, telle que voulue par V. COSMA, contient favorablement la sentimentalité excessive en germe dans la chanson.
Le succès de "Reality" a entraîné la sortie d'un second 45-tours, également interprété par Richard Sanderson. "Go On For Ever" est un autre slow sur lequel intervient en duo Chantal Curtis. La filiation avec "Reality" est trop prégnante pour que cette chanson retienne outre mesure l'attention.

Le même chanteur se montre aussi convaincant sur "Murky Turkey", titre très enlevé, bénéficiant du saxophone ténor de Michel Gaucher, sur les traces du groupe ska MADNESS. Vladimir COSMA réussit à créer un rythme épidermique que soutient une batterie métronomique infatigable.
Bien entendu, le compositeur ne pouvait pas éviter de se frotter au disco qui vibrait encore de ses dernières flammes. "Gotta Get A Move On" en livre un excellent exemple, dominé par un chant féminin dont l'énergie rappelle celle des chanteuses de soul noires. L'inamovible batterie et les effets paillettes des claviers lui confèrent l'efficacité imparable du Disco. Il est d'autant plus regrettable que cette chanson soit si courte (2 min 48), mais la deuxième version qu'en propose le groupe The Regiment, presqu'aussi bonne, malgré le remplacement de la chanteuse initiale par un chanteur, compense quelque peu cette frustration par sa durée plus conséquente de 4min42. Quant à la troisième version, purement instrumentale, à l'exception des choeurs féminins du refrain, et dominée par un lyricon, elle s'avère aussi excellente.

Le trépident "Formalities", présent de même en deux versions, dont une instrumentale, offre une autre réussite étonnante de COSMA dans le registre du ska aux accents punk. La version chantée par trois voix masculines, par son énergie, laisse l'auditeur pantois et vidé. La version instrumentale ne propose pas d'arrangements alternatifs : elle profite toujours de l'omniprésence du saxophone ténor de Michel Gaucher, qui prend le relais des harmonies vocales, pour nous emporter avec autant de fougue dans un tourbillon survitaminé.
Quant au reggae, il est servi et honoré par "It Was Love" interprété par le groupe The Regiment qui s'y révèle aussi à l'aise que sur le disco "Gotta Get A Move On". La composition très solide de COSMA démontre son aisance remarquable à aborder divers styles musicaux que transcende sa science musicale.
On est moins surpris peut-être quand le compositeur, avec l'aide du groupe The Cruisers, se lance dans le swing de "Swingin' Around" qui rappelle le retour des sixties, comme l'incarnera le groupe Les Forbans. La chanson, efficace et rythmée, ne dépasse pas le cadre de l'exercice de style appliqué manquant plutôt d'originalité.

La Boum agit aujourd'hui comme une bulle de savon faisant souffler un vent de jouvence à l'épreuve du temps, reflet d'une époque aux réminiscences encore vibrantes, gorgée de nostalgie et d'un sourire inébranlable : une alternative convaincante à tous les antidépresseurs qui polluent notre cher pays.

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   AIGLE BLANC

 
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- Vladimir Cosma (compositions, textes, arrangements, direction musi)
- Richard Sanderson (chant - titres 1, 9 & 10)
- Jay Hudson (chant)
- Tony Hannaford (chant)
- The Regiment (titres 2 & 6)
- The Crusers (titre 5)
- Patrice Tison (guitare)
- Ricky Hickock (guitare)
- Billy Christian (basse)
- Barry Morgan (batteries)
- Geoff Nicholls (batteries)
- Pete Holyone (batteries)
- Adrien Cook (synthétiseur, claviers)
- Mike Moran (synthétiseur, claviers)
- Roland Romanelli (synthétiseur, claviers)
- Bradley Fearon (basse)
- Paul Larman (basse)
- Michel Gautier (saxophone ténor)
- Serge Roux (lyricon)


1. Reality
2. It Was Love
3. Formalities (instrumental)
4. Gotta Get A Move On
5. Swingin' Around
6. Gotta Get A Move On
7. Formalities
8. Gotta Get A Move On (instrumental)
9. Murky Turkey
10. Go On For Ever



             



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