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JAZZ / POP-ROCK  |  B.O FILM

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Vladimir COSMA - Le Distrait / Les Malheurs D'alfred / Je Suis Timide... (1970)
Par AIGLE BLANC le 8 Janvier 2021          Consultée 378 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Parmi les compositeurs du cinéma français, le nom de Vladimir COSMA ne vient pas prioritairement à l'esprit, contrairement à Francis LAI, Michel LEGRAND et Maurice JARRE, pour ne citer que des musiciens de sa génération. Ses origines roumaines seraient-elles la cause de ce déficit de mémoire ?
Pourtant, il n'a rien à leur envier, en termes d'inventivité comme d'exécution. Il peut même s'enorgueillir d'une productivité imposante de près de 300 B.O de films, ce qui le rapproche du génie italien Ennio MORRICONE avec lequel il partage d'autres similitudes comme celle d'avoir débuté sa carrière dans les années 60 en montrant déjà une prédilection pour la musique expérimentale ou d'avant-garde. Quand le cinéma le happe vers la fin des années 60, il s'affirme comme un artiste complet puisque cumulant lui aussi, à l'égal du Maestro, les fonctions de compositeur, d'arrangeur et de chef d'orchestre. Au pic de sa créativité, il participe à nombre de succès populaires des années 70 et 80 tels Les Aventures de Rabbi Jacob, La Zizanie, les diptyques d'Yves Robert Le Grand Blond avec une Chaussure Noire/Le Retour du Grand Blond, et Un Eléphant, ça Trompe Enormément/Nous Irons Tous au Paradis, les triptyques La Boum 1/La Boum 2/L'Etudiante, les trilogies de Marcel Pagnol Marius/Fannie/César, de Francis Veber La Chèvre/Les Fugitifs/Les Compères, L'As des As, Diva, Le dîner de Cons.

La liste des films dont il signe la musique apporte peut-être deux explications à ce manque relatif de considération : bien qu'il se soit illustré dans tous les genres cinématographiques -films policiers, thrillers, films historiques, drames, aventures, sans oublier les dessins animés comme Astérix et la Surprise de César- et bien qu'il ait officié dans les deux médias concurrents que sont le cinéma et la télévision (les séries Châteauvallon et Les Mondes Engloutis ainsi que des jingles publicitaires), sa notoriété semble n'avoir pas franchement dépassé le cadre de l'hexagone. De plus, sa discographie affiche une très nette prédominance pour les comédies populaires.
Or, on le sait depuis le XVIIème siècle, la Comédie peine à être reconnue comme un art majeur, à l'inverse de la Tragédie et l'exemple des pièces de Molière, qui s'est démené pour obtenir cette considération, n'a pas suffi à remporter les suffrages. Dans le monde du cinéma également, la Comédie passe encore un peu pour la brebis galeuse, considérée au mieux comme un plaisir coupable. Dans le domaine musical, encore plus élitiste semble-t-il que le 7ème art, la Comédie n'attire pas beaucoup le respect. Vladimir COSMA est la victime probable de cet état de fait. Pourtant, il serait dommage de négliger son apport artistique aux films qu'il a musicalisés.

Il n'est nul besoin de grandes connaissances musicologiques pour apprécier les musiques de Vladimir COSMA composées pour les films de (et avec) Pierre Richard. L'artiste le dit lui-même : "J'ai eu la grande chance d'écrire la musique de seize films mettant en vedette ce comédien. Pour moi, c'était un challenge permanent. A chaque fois, il a fallu trouver des idées originales, toujours pour le même acteur, avec le même genre de comique, de personnage, de situation. Chaque film a été une vraie gageure !"
La Comédie induit naturellement l'humour voire la dérision et Vladimir COSMA engage sa collaboration avec Pierre Richard sur le mode du pastiche. Précisons toutefois que le pastiche, qui contient une connotation péjorative par son caractère peu sérieux, est pratiqué par le compositeur avec un sens inné de la formule, perceptible dans les thèmes principaux respectifs du Distrait (1970), des Malheurs d'Alfred (1972) et de Je suis Timide mais Je me Soigne (1978), autant de compositions savoureuses à mi-chemin du jazz et de la pop, voire de la variété. Le musicien y met chaque fois à l'honneur un instrument du jazz classique en le détournant légèrement de sa fonction, c'est-à-dire en lui faisant interpréter une mélodie guillerette, sautillante, le plus souvent irrésistible. Il n'est qu'à entendre le saxophone sopranino du "Distrait" ou des Malheurs d'Alfred ("Alfred") pour pénétrer l'art si original, et dans le même temps si typique, de V. COSMA. Son talent consiste à dépasser le cadre du pastiche en y injectant une dose sérieuse de gourmandise sucrée. Le compositeur affiche toujours un plaisir de créer des airs facilement mémorisables, sans jamais tomber dans la facilité ni la vulgarité. Les trois thèmes précités peuvent même être perçus comme un authentique portrait musical circonscrivant la personnalité comique de Pierre Richard, tout en élégance fantaisiste, un peu à la manière des thèmes annonçant les personnages du conte Pierre et le Loup de PROKOFIEV.
Naturellement, comme il en est de presque toutes les B.O, le thème principal se voit décliné selon plusieurs versions, exercice où Vladimir COSMA excelle. Que ce soit en variant le rythme "Jéricho sert Illico", en le réorchestrant par le choix d'un tout autre instrument lead, un piano classique remplaçant par exemple le saxo ("Oka Baï Do"), à moins que ne soit la trompette de "Des Histoires de Distraits". Pour le film Les Malheurs d'Alfred, il pousse la formule encore plus loin grâce à sa science des arrangements qui transfigurent le thème pour en livrer des versions alternatives, sources de diverses émotions. C'est ainsi qu'"Alfred" se métamorphose en une ballade country convaincante dans "La Poursuite d'Alfred", banjo et harmonica à l'appui, en un orchestre digne de Broadway dans "Les Victoires d'Alfred" ou en un jazz smooth digne de Miles DAVIS avec le saxo ténor langoureux et sensuel de "Oh, Agathe".
Les albums, malgré ces répétitions, s'écoutent avec un plaisir renouvelé aussi bien grâce à la magie des thèmes principaux, que plusieurs écoutes n'érodent jamais, que par la création d'un thème secondaire "Etourderies" (Le Distrait) ou "La Fine Equipe" (Les Malheurs d'Alfred), aussi bons que son homologue dans un style similaire sans en être un simple décalque.
Ce qui rend ces enregistrements si agréables également, c'est l'intervention inopinée de brisures stylistiques, comme quand certains titres plus rock s'immiscent dans l'ambiance généralement jazzy. Il en va ainsi du "Bureau aux oiseaux" (Le Distrait) où une guitare électriques d'obédience progressive s'en donne à coeur joie. D'autres fois, un tango des plus classiques vient déposer sa note racée dans "Petite Leçon de Véronique" (Le Distrait). Plus surprenant, "Les Cauchemars de Selo Digest" (Le Distrait) penche du côté des musiques contemporaines telles que pratiquées dans les films d'épouvante, dans un esprit subtilement parodique encore une fois des plus réussis.
Les malheurs d'Alfred affiche parfois des velléités funky surprenantes comme avec "Lâchez les Boucs!". Quant à la fin du même film, un orchestre symphonique déploie le thème initial sur le mode romantique, révélant un lyrisme inattendu, avant de reprendre la version originale avec saxophone sopranino et choeurs féminins.
Je suis Timide mais Je me Soigne remplace saxophone et trompette par une flûte chantante aux sonorités proches du style chevrotant de Ian Anderson, le leader de JETHRO TULL, pour un résultat peut-être moins heureux (je ne goûte guère pour ma part ce son de flûte) mais plutôt original, qui s'exprime à travers le thème éponyme. Cette B.O plus récente (1978) propose un rock qu'une section de cordes colore fortement, mode oblige, d'une empreinte disco.

Cette chronique s'appuie sur le CD 13 d'une compilation parue en 2010 chez Larghetto Music, sous le format d'une box cubique couvrant 51 B.O de films signées Vladimir COSMA et totalisant 17 CD.

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   AIGLE BLANC

 
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- Vladimir Cosma (compositions et direction orchestrale)
- Eddy Louiss (piano, orgue hammond -le distrait)
- Jo Razsko (saxophone sopranino -le distrait/les malheurs d'al)
- Fernand Verstraete (trompette solo -le distrait)
- Guy Pedersen (contrebasse chantante -je suis timide...)
- Michel Roques (flûte chantante -je suis timide...)


- Le Distrait
1. Le Distrait
2. Réception Chez Les Gastier
3. Etourderies
4. Le Bureau Aux Oiseaux
5. Promenade Dans Les Champs
6. Bravo Plistax !
7. Pierre Et Lisa
8. Petite Leçon De Véronique
9. Bizarre, Tout Est Normal...
10. Les Cauchemars De Selo Digest
11. Jéricho Sert Illico
12. Mon Gazou, Gazou, Gazou...
13. Oko Baï Do
14. Des Histoires De Distraits
- Les Malheurs D'alfred
15. Les Malheurs D'alfred
16. L'enfance D'alfred
17. Oh, Agathe
18. La Poursuite D'alfred
19. Encore Une Tuile...
20. Les Victoires D'alfred
21. A Vous Le Berry !
22. Etreintes Contrariées
23. La Fine équipe
24. Alfred, Il Faut Partir
25. Lâchez Les Boucs!
26. Révélations De Pauline
27. En Piste Pour Les Jeux !
28. L'équipe De Paris
29. Hamac Récalcitrant
30. Séparation D'agathe
31. Concertations Autour De La M29
32. M29
33. Je Ne Sais Pas Nager, Toi Non Plus...
- je Suis Timide Mais Je Me Soigne
34. Je Suis Timide Mais Je Me Soigne
35. Thème D'agnès
36. Poursuite En Char à Voile
37. Pierre Et Agnès
38. Les Deux Héros Indestructibles
- Bonus
39. Les Malheurs D'alfred (chanté Par Pierre Richard)



             



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