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ROCK PSYCHEDELIQUE  |  STUDIO

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- Style : Jethro Tull
- Membre : Alan Simon

ANGE - Caricatures (1972)
Par MARCO STIVELL le 8 Août 2010          Consultée 1771 fois

Lorsque Caricatures paraît en cette belle année 1972, ANGE, groupe venu du Territoire de Belfort, n'est pas un nom inconnu, mais pas non plus populaire encore. D'ailleurs populaires, ils ne le seront jamais réellement : un groupe de rock progressif, avec un chant en français de plus... De surcroît, il est dit qu'en France on a toujours deux ou trois ans de retard par rapport aux anglais, mais lorsque des groupes de cette personnalité arrivent enfin pour faire bouger le paysage musical de l'hexagone, ils ne sont pas appréciés par la masse pour autant. Il n'y a qu'à voir les autres groupes plus obscurs que sont MAGMA, ou TRIANGLE à la même époque.

ANGE c'est différent. Ce disque, Caricatures, n'entre pas dans le cercle restreint de leurs albums les plus cités (ce sera le cas de ceux qui suivront Le Cimetière des Arlequins), mais il n'en reste pas moins globalement apprécié, du moins par rapport aux productions du groupe post-77. Ange est différent des autres je disais car, si l'on met à part les penchants sexuels délirants des paroles de Christian DECAMPS déjà présents sur Caricatures, c'est le groupe qui rappelle le plus GENESIS, avec ce que les rêveurs chevelus de l'époque recherchaient le plus : les ambiances médiévales, les parties instrumentales très mélodiques, les claviers en avant (le son unique Francis DECAMPS, avec l'orgue-mellotron qu'il a bidouillé de telle manière qu'aucun autre ne puisse lui ressembler)...

Cela ne les rend pas plus accessibles pour autant. Les paroles surtout peuvent déstabiliser au premier abord (comme il l'est dit sur la pochette, "Les textes des chansons n'engagent que leurs auteurs"), et encore ce n'est pas le plus risqué à ce niveau-là. La musique elle aussi n'invite guère l'auditeur le moins averti et le moins habitué à s'aventurer dans ce trip souvent barré. Il n'y a que six morceaux sur Caricatures, ce qui laisse supposer de longues plages, et comme on sait qu'il s'agit de rock progressif, ça ne va pas être si facile que ça à retenir. A retenir non, à suivre oui.

"Biafra 80 (introduction)" est, comme pratiquement toutes les musiques du disque (mis à part "Le Soir du Diable") une composition - instrumentale pour le coup - de Francis DECAMPS, qui est donc le frère du chanteur Christian. Ce n'est d'ailleurs pas la meilleure, mais elle décrit plutôt bien l'esprit musical dans lequel évolue le groupe, avec ses bourdonnements d'orgue. "Tels Quels" nous fait rencontrer pour la première fois le chant haut perché, ou du moins ici, pour les couplets, la déclamation du texte par Christian. Texte bizarre d'ailleurs lui aussi, pourtant déjà assez représentatif du style ANGE, et qui n'est au final pas si angélique que ça. C'est même carrément torturé. Difficile d'écrire une pareille suite d'images sans être passé par (on peut le supposer) une petite fumette, et pas d'une simple cigarette. Musicalement c'est déjà quelque peu barré mais toujours facile à suivre pour peu que l'on soit attentif, les mêmes parties sont répétées en fait, et curieusement c'est Gérard JELSCH qui, matraquant ses fûts, est le plus mis en avant. "Dignité", avec un texte - qui n'est cette fois pas l'oeuvre de Christian - et une musique à consonances plus médiévales, est sans aucun doute la meilleure pièce de cette première partie, réhaussée par la présence des parties instrumentales finales, où la flûte et la guitare de Jean-Michel BREZOVAR font merveille.

C'est d'ailleurs la guitare, acoustique cette fois, qui ouvre l'ancienne seconde face avec "Le Soir du Diable", une compo de BREZOVAR. La basse est mélodique, JELSCH fait des roulements sur ses fûts, Christian est très sobre. L'ambiance est feutrée, quasi-pastorale, en parfaite adéquation avec le mouvement folk progressif qui sera développé au cours de la décennie. "Le Soir du Diable", très belle, reste la chanson la plus accessible de Caricatures. La suite qui donne son titre au disque, c'est le contraire. Elle s'ouvre par un texte complètement tiré par les cheveux raconté par Christian. La partie flûte-claviers qui arrive juste après nous offre un court moment champêtre des plus agréables. Puis la rythmique rentre et arrivent les parties de claviers cauchemardesques. La présence de l'orgue Hammond adoucit finalement le ton et l'instrumental devient plus appréciable, avant de partir dans un nouveau délire plus rock. On repasse par un intermède plus médiéval où le synthé imite les trompettes d'antan et où Christian pousse des cris légers qui se perdent dans le lointain. Sans crier gare, arrive une partie plus jazzy. Ca commence à faire un peu fourre-tout tout cela, même si ça reste exécuté de main de maître. Le piano vient planter un nouveau décor de rêve, mais c'est la voix de Christian qui prend finalement le relais pour une belle relation paroles-musique, même lorsqu'il récite le texte du début. On peut dire que ça passe mieux avec la musique derrière, la boucle est bouclée en quelque sorte. L'orgue de Francis fait mouche une fois de plus, et le restant du groupe suit très bien. "Biafra 80 (final)" se fait nettement plus cacophonique avec un peu de flûte, un magma de sonorités étranges. Il a beau avoir été "composé", ça fait très improvisé et comme conclusion, on peut dire que c'est plutôt original, à défaut d'être convaincant !

Il faut donc voir plus Caricatures, malgré ses réussites (principalement la suite-titre, "Dignité" et "Le Soir du Diable"), comme un préambule à ce qui fera la grandeur de ANGE au cours des années 70. Le son est là, les capacités aussi, il ne reste qu'à mieux employer les ingrédients pour obtenir un meilleur plat, ce qui se produira dès Le Cimetière des Arlequins un an plus tard.

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   MARCO STIVELL

 
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- Christian Décamps (chant, piano, orgue hammond)
- Francis Décamps (orgue effets spéciaux)
- Jean-michel Brézovar (guitares, flûte, choeurs)
- Daniel Haas (basse)
- Gérard Jelsch (batterie, percussions)


1. Biafra 80 (introduction)
2. Tels Quels
3. Dignité
4. Le Soir Du Diable
5. Caricatures
6. Biafra 80 (final)



             



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