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FOLK-ROCK BRITANNIQUE  |  STUDIO

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- Style : Pentangle, Malicorne, Rosemary Standley , Blackmore's Night
- Membre : Alan Simon , Richard Thompson
- Style + Membre : Steeleye Span, Jethro Tull

FAIRPORT CONVENTION - Unhalfbricking (1969)
Par MARCO STIVELL le 27 Juin 2012          Consultée 1303 fois

Les aléas du parcours n'empêchent pas à FAIRPORT CONVENTION de produire sur un train d'enfer. Unhalfbricking est publié deux mois après un terrible accident de la route qu'a connu le groupe entier au retour d'un concert à Birmingham, en y laissant des séquelles affreuses. Dans leur camion accidenté sur l'autoroute, non seulement les membres ont été blessés, mais le jeune batteur Martin Lamble (18 ans) y a laissé la vie, ainsi que Jeannie Franklyn, la petite amie du guitariste Richard Thompson. On s'en doute, le groupe s'est demandé au moment de ce que Simon Nicol considère comme un grand tournant s'il allait continuer. Comme souvent dans cet univers, on peut supposer que bien qu'en partie responsable, leurs vie de groupe et musique auront plus constitué une forme de thérapie que quelque chose dont il valait mieux se détourner. Unhalfbricking aurait pu être un testament, non en fait il est publié seulement six mois après l'excellent What We Did on our Holidays, et semble témoin d'un groupe toujours en forme malgré les pertes énormes... et la signification sur l'arrière de la pochette, où Ashley Hutchings porte le blouson de cuir qu'il avait le soir de l'accident.

C'est donc un peu l'album de la transition, car si l'ancien groupe a eu le temps de l'enregistrer en entier, les sessions ont vu le départ du chanteur Iain Matthews, laissant Sandy Denny seule vocaliste. A contrario, il marque l'arrivée du violoniste Dave Swarbrick, pas encore en tant que membre officiel, mais il est l'invité principal du disque et deviendra par la suite rapidement l'un des piliers du groupe, à l'image de Simon Nicol.

Si Unhalfbricking a été réalisé si vite, il ne faut pas se voiler la face, c'est parce que le groupe a passé un peu moins de temps à se creuser la tête pour des compositions. Un bon tiers de la fournée est constitué de reprises, et exclusivement de Bob Dylan ! A l'époque, le groupe avait été invité par les éditeurs du Zim à Londres, à écouter quelques morceaux non retenus pour les Basement Tapes. Ils disent avoir tellement aimé qu'ils auraient pu tout reprendre ! On remarque d'abord le premier tube de FAIRPORT CONVENTION avec "Si Tu Dois Partir", savoureuse françisation de "If You Gotta Go, Go Now" -pour "casser l'ennui", selon les propos de Simon Nicol-, et qui voit Sandy Denny s'exécuter avec un accent à couper au couteau, mais qui parvient à lui seul à faire oublier le contexte particulier dans lequel est sorti le disque. Réhaussé par des "la la la", accordéons et percussions façon machine à écrire, il constitue l'entrée de Dave Swarbrick et demeure une réussite pour ses accents folk typiquement britannique, en amont de la country. L'arrangement de "Million Dollar Bash" les mélange avec le blues, notamment grâce à la mandoline. Les voix masculines, par l'invité Marc Ellington, y sont plus présentes qu'ailleurs sur le disque. On les retrouve aussi dans l'intro de "Percy's Song" en polyphonie, pour un résultat tout aussi soyeux que le reste de l'arrangement, avec sa batterie ainsi que ses relents d'orgue Hammond (joué par Richard Thompson) et de dulcimer. Bien qu'il y ait présence d'un jugement, quand on sait que le texte parle d'un accident de voiture -assez prémonitoire on peut le dire-, cette reprise prend un réel sens, plus encore que les deux autres.

Le groupe trouve bien sûr de la place pour des compositions de très grande qualité. L'une des seules plumes à l'honneur est celle de Richard Thompson, qui signe "Genesis Hall" et "Cajun Woman". Cette dernière comme son nom l'indique se rapproche du blues du Delta façon rock, et plutôt festive avec bien sûr accordéon, violon, "paoum" chantés par les musiciens mâles même... Pour "Genesis Hall" -dont le nom est inspiré par le surnom du Bell Hotel à Drury Lane, devenu un squat où la police est intervenue en ce début d'année 69-, qui est peut-être la meilleure entrée en matière du groupe jusqu'alors, ce dernier offre une intro hivernale où Nicol et Thompson usent de guitares de toutes sortes, avant une valse garnie des subtilités de l'excellent Martin Lamble. On a droit à un faux solo de guitare très fin, dans la lignée de ce que le groupe propose de meilleur, tout comme la chanson.

Sandy Denny se réserve les deux autres chansons originales. "Autopsy" joue sur la particularité du cinquième temps de sa rythmique rock et pousse la basse de Ashley Hutchings en avant, tout en cachant en son milieu une superbe partie pop-folk au chant très suave de la déesse. "Who Knows Where the Time Goes ?" lui est très personnelle, elle y explique que certaines choses se jouent du temps (comme de rêver face à l'âtre en hiver). D'abord enregistrée en solo, elle était destinée aux Strawbs dont Denny a fait partie, mais dont l'album concerné ne sortira qu'au milieu des années 70. Judy Collins, ayant entendu l'enregistrement solo, l'a reprise avant même que Denny ne le fasse pour FAIRPORT CONVENTION, et de nombreux artistes l'ont imitée. Suave et fragile, elle présente ici des accents rock que n'ont pas les autres principales versions.

A l'inverse, comme il y a plus de reprises et de compositions, il y a moins de place pour les traditionnels... Quoique. Le seul et l'unique de l'album, "A Sailor's Life", dure pas moins de onze minutes ! Elle narre le désarroi d'une jeune femme qui a tenté de retrouver son amoureux, un marin, et qui apprend qu'il s'est noyé. Collectée par A. L. Lloyd pour un recueil discographique de chansons anglaises traditionnelles, elle a d'abord été reprise par Judy Collins (décidément) au début des années 60 et un peu plus tard par Martin Carthy -dont l'un des complices d'alors n'était autre que... le présent violoniste Dave Swarbrick !-. La version de FAIRPORT CONVENTION, enregistrée en une seule prise, est considérée, et bien qu'ils aient repris des traditionnels sur leur disque précédent, comme la première à poser réellement la balise à jalonner leur propre futur : la modernisation de chansons traditionnelles. En effet, sur le début bouillonnant, les guitares électriques remplacent les harpes et jouent des rythmes folk. Bien que mixé en fond, le violon est toujours présent. La batterie densifie le tout en passant de rythmes tribaux à un martèlement militaire, et arrive une non moins fabuleuse longue partie où le violon et la guitare électrique de Richard Thompson se font valoir et brillent de mille feux.

Rien que pour ce morceau, ce disque vaut ce qui n'est plus un détour. Les autres chansons, y compris les reprises, contribuent à en faire l'un des meilleurs disques du groupe, bien ancrée dans ce que certains appellent son âge d'or.

Note réelle : 4,5/5

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   MARCO STIVELL

 
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- Sandy Denny (chant, clavecin)
- Richard Thompson (guitares, dulcimer électrique, accordéon, orgue, c)
- Ashley Hutchings (basse, choeurs)
- Simon Nicol (guitares, dulcimer électrique, choeurs)
- Martin Lamble (batterie, percussions)
- + Iain Matthews (choeurs)
- Dave Swarbrick (fiddle, mandoline)
- Trevor Lucas (triangle)
- Marc Ellington (choeurs)


1. Genesis Hall
2. Si Tu Dois Partir
3. Autopsy
4. A Sailor's Life
5. Cajun Woman
6. Who Knows Where The Time Goes ?
7. Percy's Song
8. Million Dollar Bash



             



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