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TRI YANN - Urba (1978)
Par CHIPSTOUILLE le 25 Mars 2006          Consultée 8867 fois

Si vous avez déjà lu ma chronique du second album de MALICORNE, sachez que je ne vous avais alors pas tout dévoilé. En effet, sur l'autre face, ou alors sur une autre cassette, je ne me souviens plus trop, j'échangeais volontiers les chants nasalisés contre une musique folklorique plus proche de cette fin de XXe siècle, l'album Urba de TRI YANN. Celui-là, il ne m'a jamais vraiment quitté, si MALICORNE était en quelque sorte tombé dans les oubliettes, TRI YANN a survécu dans mon esprit d'ado. J'ai assisté à mon premier concert suite à l'engouement qu'avait provoqué ce disque dans le foyer, après quoi toute la discographie fut explorée.

Urba, c'est une longue histoire, et je vais avoir du mal à tout caser en quelques lignes. Ce fut longtemps mon disque "préféré", j'ai commencé à mettre un nom sur ce que j'écoutais avec "Kerfank 1870", "le vieux Laudia", "Hanter-dro macabre". Par un mauvais concours de circonstance, les écoutes sont devenues plus rares, jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'elles deviennent même impossibles (plus moyen de trouver l'album en CD, et plus de platine disque!) Dès lors, un manque. Ce manque, c'est Jean Chocun en personne qui l'a comblé pour moi, il y a de ça quelques temps, en m'adressant cet album, par l'intermédiaire de Nightfall. Alors un grand merci à Jean Chocun, et également à Stef, notre Webmestre en chef, sans qui je n'aurais pu écrire cette chronique, faute de support sonore.

Après dix ans sans écoute, il ne vous reste plus que des souvenirs, on idéalise un disque symbole de nostalgie. En réécoutant ce disque pour la première fois récemment : une sorte d'appréhension... Et s'il avait vieilli ? Et si mes souvenirs avaient gommé toutes les imperfections de ce disque? Et s'il y avait du remplissage que j'aurais trop vite oublié?

Non, 2006, 356ème écoute d'Urba (ou quelque chose d'approchant), première depuis près de dix ans, rien n'a vieilli, aucune imperfection, pas de remplissage. Qu'on se le dise, Urba est le meilleur album de TRI YANN. Avec le recul de dix ans, j'en viens même à comprendre pourquoi j'ai tant adoré cet album, c'est le plus rock du groupe, les instruments acoustiques ont été mis en retrait, la section rythmique basse-batterie est portée en avant (Gérard Goron vient de prendre place derrière les fûts et il n'en démordra pas), la guitare est reine lorsque ce n'est pas le chant, et on se délecte d'un album qui balance parfaitement un coté rock et un autre celtique dans des proportions idéales, tant bien que je ne sais pas trop dans quelle catégorie le placer. Aujourd'hui j'ai compris quelque chose, Urba a été un point de départ pour tout mon parcours "métallistique", c'est évident. Basse en avant, solos de guitares, plus ma petite préférence personnelle : le coté varié, tout y est.

Un exemple, le titre "l'aimante à la grand messe", qui est le plus progressif de l'album. Celui-ci commence comme une ballade, violons et violoncelle mis en avant, un peu larmoyants, puis flûte traversière, rien à voir avec le métal me direz-vous. C'est en fait pour mieux vous étonner, car à l'occasion de la narration, l'héroïne entre dans une église et un orgue fait son apparition, puis enfin, tout se calme. On entend alors très faiblement une procession en latin et au dessus de cette légère touche ambiante, une basse balance ses arpèges pesants, lourds de sens, avant que des choeurs masculins pénètrent l'espace de leur écho. Le titre m'a alors rappelé une connaissance plus récente pour ma part, "Supertzar" de BLACK SABBATH, sans son côté saturé.

Dans le même ordre d'idée, l'accompagnement du "Vieux Laudia" met la guitare, la basse et la batterie à la fête, on repensera alors régulièrement à Jimmy HENDRIX tout au long de l'album, notamment sur "Kerfank 1870", "Hanter-dro macabre" "Branle de St-cyr en RETZ" et j'en passe, du lourd donc. Concernant la guitare électrique et ses solos multiples, on pourra remarquer que Jean-Luc Chevalier alors encore chez MAGMA (et qui rejoindra TRI YANN définitivement 10 ans plus tard) a donné un sérieux coup de main au groupe (les solos ici ne sont pas immédiatement associables à du David GILMOUR, contrairement à ce que l'on trouve sur les deux albums suivants) mariant parfaitement l'inspiration celtique au côté rock voir carrément hard-rock.

Sur le reste, on reconnaîtra les arrangements qui avaient fait la joie de leur album "La découverte ou l'ignorance", le choix des instruments multiples promet un nouveau succès au groupe. La fin des "échevins de Nantes" à ce titre, propose un solo de psaltérion à archet (cet instrument à corde au son "pinçant" que l'on retrouvera sur "Si mors à mort"). Le thème, après la mandoline et le violon, sera repris à la guitare électrique une nouvelle fois et en toute fin du titre à l'accordéon diatonique, tout s'enchaîne merveilleusement bien.

Un mot sur l'idée de fond, l'album s'oriente sur le thème de l'urbanisation et parcourt plusieurs thèmes forts. On comprend alors mieux l'ambivalence de cet album, partagé entre ce côté traditionnel du chant et des instruments acoustiques, et ces facéties modernes rock-ambolesques (très peu de synthé ici, c'est sûrement ce qui donne à cet album tout son charme) Les deux "Trihori" qui ouvrent et concluent le disque tournent autour du même thème, mais interprété de deux façons totalement différentes, presque caricaturales, dans un style comme dans l'autre, traditionnel et rock. On notera également que les textes souvent traditionnels ont été modifiés pour coller davantage à notre époque urbaine. Sur "Hanter-dro macabre", le mélange des styles donne bien du mal à l'Ankou (équivalent de la grande faucheuse chez les Bretons) venu chercher "Jeanne" à l'article de la mort, que l'on tente par tous les moyens de garder en "survie" à l'hôpital : anachronisme saisissant, renversant les rôles des "bons" et du "méchant" sur fond de critique du monde moderne.

Enfin, le titre phare (disons plutôt "connu", puisque tous les titres sont excellents) de l'album, "le soleil est noir", chanson pratiquement a capella (on note quelques nappes de synthé ambiant ainsi que quelques effets vocaux) qui relate grâce à un texte magnifique les tristes évènements de la marée noire de l'Amoco-Cadiz qui eut lieu en 1978 (je l'ai déjà dit et je le répète : moi, les textes généralement, je m'en tamponne le coquillard, mais TRI YANN c'est autre chose...). Le groupe veut critiquer ici la façon dont le tout un chacun se fait une raison de cette catastrophe, le coté répétitif des évènements aidant. Les médias en prennent également pour leur grade pour cause de "reportages à sensation qui finissent en s'étiolant sur un petit coup télévisé d'allez-quand-même-passer-vos-vacances-en Bretagne", je cite. Le groupe souhaita donc immortaliser l'évènement de façon traditionnelle grâce à un texte empruntant à l'ésotérisme, tel que le faisaient "nos" ancêtres dans leurs légendes. La mélodie est aussi poignante que le texte est saisissant, le coté "nu" du chant a capella ne fait que renforcer le tout.

Je termine cette longue chronique en précisant donc qu'il s'agit, vous l'aurez compris, d'un de mes albums fétiches. Voici le joyaux rare qui parvient à réunir en une petite heure, quelques uns de mes genres musicaux préférés (folklorique ET folk, rock, métal, un peu de musique sacrée, sans oublier ce petit côté baroque propre au groupe). Malheureusement en cette année 2006, ce texte est vain, cet album est pour la plus grande honte de leur maison de disque, INDISPONIBLE! C'est pourquoi, je vous encourage à écrire à "Universal Music" qui détient actuellement les droits sur ce disque (et les autres, Urba n'est pas un cas isolé), pour les convaincre de rééditer ce chef d'oeuvre. En attendant, si jamais vous avez ce bijou dans votre discothèque, sachez qu'il s'agit aujourd'hui d'une rareté, sur le plan de la disponibilité comme celui de la qualité, merci d'en prendre soin, tout le monde n’a pas votre chance…

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   (3 chroniques)



- Bernard Baudriller (basse, vcelle, violon, flûte t., ...)
- Jean Chocun (guitares, accordéon, vocal)
- Jean-paul Corbineau (vocal, guitares, mandoloncelle)
- Gérard Goron (batterie, percus, guitares, vocal, ...)
- Jean-louis Jossic (vocal, bombardes, psaltérion, ...)


1. Trihori Médiéval
2. Le Vieux Laudia
3. Francez
4. Kerfank 1870
5. L'aimante à La Grand'messe
6. Hanter-dro Macabre
7. Branle De Saint Cyr-en-retz
- pilée
- rondoise
8. An Distro Euz A Vro-zaoz
9. Les Echevins De Nantes
10. Le Soleil Est Noir
11. Trihori Decadent



             



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