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- Style : The Monkees , The Beatles , Paul Mccartney , George Harrison , Al Kooper, The Lemon Twigs
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Harry NILSSON - Knnillssonn (1977)
Par LONG JOHN SILVER le 4 Septembre 2016          Consultée 856 fois

Knnillssonn aurait dû permettre à Harry de revenir sur le devant de la scène par la grande porte, RCA ayant promis de le promouvoir comme un blockbuster. D’ailleurs, l’ami américain y avait bossé d’arrache pied, l’ayant produit et pour l’unique fois entièrement écrit seul*. Il y croyait dur comme fer, persuadé à l’époque qu’il venait d’accomplir son meilleur opus. Oui mais voilà t’y pas qu’Elvis choisit de quitter pour de bon le building, au moment de la sortie du disque. RCA se désintéresse alors totalement de Knnillssonn, trop pressée de mobiliser toutes ses équipes afin de récolter les dons des fidèles ébranlés par la sortie du King. C’est beau la compassion, et surtout ça rapporte. Elvis, mort sur son trône, on a pu largement récolter de quoi lui bâtir un mausolée en or massif. Réponse du berger à la bergère ? C’est sûr que la disparition du King a dû largement faire ch… Harry, quelque part les destins des deux étaient liés. L’Amérique pleurait la mémoire de son fils le plus aimé, fou de sa mère, au moment où un autre, nettement moins reconnu, marqué comme LENNON par l’absence du père dès la plus tendre enfance, tentait de se faire à nouveau remarquer.

Il utilise la symbolique tout d’abord, avec cette pochette, œuvre de Klaus Voormann**, qui rappelle la photo de l’écolier en noir et blanc de l’album Harry. Celui-ci est devenu adulte à présent. Le regard autrefois mutin est brouillé. La superposition des clichés renvoie, elle, directement à la pochette de Walls And Bridges de LENNON. Et puis ce titre, Knnillssonn, qui semble bégayer le nom de l’artiste, et non plus annoncer le prénom du gosse Harry, comme les clichés superposés le font sur son visage. On pense d’emblée aux loufoques Nilsson Schmilsson (le père), Son Of Schmilsson (le fils), bien plus qu’à A Little Touch Of Schmilsson In The Night (le grand aïeul plus que le saint esprit). Et pourtant.
Alors certes, RCA n’a rien fait pour promouvoir dignement ce disque, mais qu’en aurait-il été si le label avait agi autrement ? Probablement que Knnillssonn se serait un peu mieux écoulé, mais de là à casser la baraque, il est permis d’en douter. Parce qu’au fond il s’agit d’un album exigeant, très orchestré, imprégné de styles old school, un peu dans la lignée de ceux réalisés par Randy NEWMAN, nanti de textes Nilssoniens, empreints d’un humour particulier comme de nostalgie.

Bien entendu, on ne joue pas dans la même cour que le Elvis 70’s, un chanteur de variété pour ménagères écervelées. Le cœur de cible est déjà nettement plus restreint, d’autant qu’on ne trouve pas trace de rock ici non plus. Sur le plan artistique, Harry démontre un savoir faire assez éblouissant, comme lors de ses meilleures heures de la fin des 60’s et du tout début des 70’s. Le type a du génie or Knillssonn est probablement le disque où il le démontre le plus ouvertement. Sans complexe. Ses compos sont soignées, remarquablement arrangées. L’énergumène y pose une voix pleine de maturité. De ce point de vue, ses performances vocales sont fascinantes. La musicalité dont il fait preuve rattrape le fait qu’il n’est plus en mesure d’atteindre les pics immaculés de son début de carrière (et pour cause). Harry sait faire de ses blessures un atout. Chapeau l’artiste !

Si l’album demeure posé sur des tempi relativement pépères, il n’est en rien anesthésiant car la verve de son auteur maintient la tonicité, jouant sur les contrastes entre gris clair et gris foncé, délivrant une œuvre totalement personnelle qui maintient l’auditeur en alerte tout du long. « Perfect Day », une jolie sortie, vient clore en douceur un opus faussement lancinant sans qu’on n'ait jamais eu envie de bailler pour peu qu’on soit familier de l’univers de Nilsson. Clairement, il ne s’agit pas là du disque le mieux indiqué pour pénétrer l’œuvre du gaillard, mais il finit par s’imposer au fil des écoutes. Quasiment aussi bien que Nilsson Sings Newman et bien mieux que A Little Touch Of Schmilsson In The Night, albums dont il se rapproche le plus alors qu’il ne contient aucune reprise. « All I Think About Is You » installe une ambiance rétro dont il ne se départira jamais, entre chœurs élégiaques et violons. Au milieu de tout cela, une guitare acoustique et une basse apportent une touche pop/folk. Plus tard¨, on entendra une batterie légère sur plusieurs titres afin d’impulser un balancement tranquille dans un ensemble a priori suave mais sous tension.

Ce sont surtout les percussions qui font rebondir le propos comme sur « I Never Thought I’d Get This Lonely », alors qu’Harry démontre son talent de siffleur en guise de solo. « Who Done It? », un sommet du disque, est un titre calqué sur le modèle de « Coconut »*** : même rythme hypnotique/exotique sur un unique accord. Différents personnages (tous interprétés par Harry) y échangent des propos souvent absurdes.Le rendu est à nouveau totalement réjouissant. Plus loin « Old Bones » reprend ce principe rythmique sur une grille (légèrement) évolutive. « Sweet Surrender », sorte de pont entre la musique folk, le blues et le music hall, tout aussi faussement tranquille, résonne de claves savamment distillées. « Blanket For A Sail »**** est une autre réussite, un petit bijou d’écriture de berceuse qui aurait pu figurer sur la BO de The Point. On se rend compte que son enchaînement avec « Laughin’ Man » est parfaitement naturel, alors que l’album touche presque à sa fin. La force de cet opus étant justement que ses pistes sont disposées dans un ordre très précis, il n’existe aucun temps morts entre deux chansons. « Lean On Me » et « Goin’ Down » qui se suivent en fin de face A, sont de facture plus classique, au format pop, sur le registre ballade pour la première et tragico-burlesque pour la seconde. On ne peut que rester pantois en écoutant les mises en place des différents éléments qui les composent, avec l'efficacité qui laisse accroire que tout est affaire de simplicité.

Nilsson était clairement un phénomène de la musique pop, il l’a démontré de façon souvent déroutante au cours de son atypique carrière. Un type hyper talentueux, mais définitivement pas une vedette. Knnilssonn est sorti au mauvais endroit, au mauvais moment, soit. Néanmoins, il s’agit là d’une œuvre très personnelle, celle d’un conteur/songwriter accompli, d’un gars paradoxal qui aimerait goûter (à nouveau) au succès tout en n’en faisant qu’à sa tête, d'un gros branleur alcoolo doublé d’un artisan méticuleux, soigneux. Elvis, le modèle à plusieurs reprises pastiché par Harry, a choisi d’arrêter définitivement de roucouler, l’entraînant quelque part dans sa disparition. De son côté, RCA choisit de sortir une compilation (Nilsson Greatest Hits) sans consulter Nilsson. Écoeuré, il claque la porte du label. Cependant, nous n’en sommes pas encore à la fin de l’histoire.

*Sur album, car les BO de The Point et de Skidoo sont intégralement signées Nillson or la première possède la durée d’un EP et la seconde a énormément bénéficié de l’apport décisif de l’arrangeur George Tipton. Sans quoi l’album Duit On Mon Dei fut quasiment écrit par Harry seul mais contient tout de même un titre où Harry partage les crédits.
** Fidèle collaborateur de Nilsson, et des ex Beatles (sauf Macca), avait déjà créé la pochette de Revolver pour les fabs.
*** Chanson figurant sur Nilsson Schmilsson 1971
**** Il existe une version alternative de cette chanson qui sera publiée en 1991, sur une compilation Disney de chansons pour enfants enregistrées par des pop stars, au profit de la lutte contre le SIDA.

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   LONG JOHN SILVER

 
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1. All I Think About Is You
2. I Never Thought I Get This Lonely
3. Who Done It?
4. Lean On Me
5. Goin' Down
6. Old Bones
7. Sweet Surrender
8. Blanket For A Sail
9. Laughin' Man
10. Perfect Day



             



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