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The CURE - Japanese Whispers (1983)
Par RICHARD le 26 Septembre 2019          Consultée 415 fois

Juin 1982. Vous venez d'assister au concert des CURE à l'OLYMPIA de Paris. Vos Creepers vous ont totalement écorché les pieds. Votre imper façon Inspecteur COLUMBO est trempé. Votre plumeau capillaire a perdu de sa superbe, mais qu'importe. Vous avez eu le souffle coupé par ces 90 minutes de tension extrême et vous ressortez avec la délicieuse sensation d'avoir vu sans aucun doute un concert historique. Décembre 1982. Plus que quelques jours avant Noël et en digne corbac, vous vous baladez Forum des Halles pour faire vos derniers achats pour votre maman bien aimée et dans un magasin, vous entendez un titre enjoué, très dans l'air du temps, avec une voix qui vous semble familière. Fébrilement, vous attendez la fin du morceau et par chance, l'animateur donne le nom du groupe et là, votre monde s'écroule littéralement. Oui, vous avez bien entendu, ce n'est pas une hallucination auditive, c'est « Let's Go To Bed », le nouveau single des CURE ! Pas les KIOURE, les CURE ! Comment ces Anglais qui il y a à peine six mois étaient les rois du spleen ont pu devenir en un si court laps de temps un groupe tendance synthpop pour OK PODIUM et SALUT ?

Voici une question qui a sans doute dû traverser l'esprit de toutes celles et ceux qui suivaient le groupe quasi-religieusement depuis 1978. Les CURE étant devenus en si peu d'années grâce à quatre albums et à des tournées épuisantes le parfait réceptacle des émotions adolescentes (mais pas que). Les voici maintenant prêts à être les maîtres des boîtes de nuit. Le réveil chez les curistes a été brutal, limite gueule de bois de sortie de week-end en pub. C'est donc « Let's Go To Bed » qui ouvre cette compilation de singles et faces B parue juste avant Noël 1983 pour engraisser (déjà) la maison de disques. De trio, le groupe est devenu duo. Le charismatique bassiste Simon Gallup ayant quitté l'aventure CURE après la dernière date de la tournée à Bruxelles servant de support au sombre et désespéré Pornography. Il fera son bougon pendant plus d'un an avant de reprendre contact avec Smith. L'amitié retrouvée autour de pintes de bières, ça n'a pas de prix, que voulez vous ? Robert quant à lui, maintenant, sourit ou grimace, on ne sait trop et Lol fait le touriste dans le Sud de l'Europe et abandonne opportunément la batterie pour les claviers. Mais tout le monde semble respirer, enfin. La tension et le malaise avaient atteint entre les trois compères un tel point que seule la rupture était à l'évidence la meilleure des solutions. D'ailleurs, Smith répétait à l'envie que les médias anglais n'attendaient qu'une seule chose : qu'il soit le nouveau Ian CURTIS. Smith ne leur donnera pas ce petit plaisir et vachard présentera durant la période fin 1982-1983 un nouveau visage : celui d'un homme apparemment apaisé, oui, mais en surface, et seulement en surface. Happy Robert ?

Japanese Whispers, ce sont d'abord et surtout trois singles qui permettront aux CURE de se lancer sur le marché américain (MTV oblige) et de conquérir les radios grand public dans le monde entier et par conséquent d'entrer un peu dans tous les foyers. C'est comme prendre un nouvel élan plus fun, plus coloré, so 80's en somme. Il y a également un heureux alignement des planètes. Prenez donc le premier titre. En 2019, il sonne quand même un peu daté avec ses synthés cheap, sa ligne de basse montante et descendante et sa boîte à rythme métallique. Smith dans l'espoir ironique de rentrer dans le Top 10 anglais le zèbre de paroles comment dire… déconcertantes. Qu'importe, épaulé par un vidéo-clip totalement loufoque où Tolhurst et lui surjouent à peine, vidéo réalisée pour la première fois par Tim POPE qui deviendra un fidèle compagnon de route de l'aventure CURE, le sautillant « Let's Go To Bed » devient instantanément un hit. Une pensée émue pour les curistes de Juin 1982. Mais qu'est devenu notre groupe chéri ? On ne va plus pouvoir faire la tête dans les cours de lycée et avoir l'air constamment habité par une sombre mélancolie. Remboursez ! Le leader semble néanmoins satisfait de cette blague qui tue et n'en a cure (je sais, elle est facile). Une preuve ?

Smith remet le couvert au début de l'été 83 en sortant le dansant et très pop « The Walk ». Plus que d'hypothétiques similitudes avec le « Blue Monday » de NEW ORDER comme il fut dit à l'époque, on pourra surtout retenir la voix de Smith qui toujours adolescente prend une nouvelle tournure ouvertement pop avec l'apparition de ses futurs classiques petits miaulements. La promenade nocturne est tentante et on suivra sans aucune hésitation les deux Anglais dans leurs nouvelles pérégrinations synthétiques. L'effusion de joie passablement factice se clôtura avec le jazzy et décontracté « The Lovecats » où Smith inspiré par les ARISTOCHATS et Charles AZNAVOUR laisse libre court à son imagination fertile, nous emmenant avec lui dans une ronde féline endiablée. La face B « Speak My Language » vaut elle aussi son pesant de magic mushroom (consommés en belle quantité par Fat Bob) et laisse déjà entrevoir un petit aperçu de ce que sera The Top, le prochain grand album psychédélique du groupe. Smith avait peur de décontenancer les fans de la première heure et voulait par respect pour eux sortir ses singles sous le nom de THE RECU. Il n'en fit rien. Il n'était pas à une contradiction près. Une pensée désespérée et à présent définitive pour les curistes de Juin 1982.

Même si ces trois titres sont devenus des classiques, cette compilation pourrait sembler un peu paradoxalement pâlichonne malgré les couleurs flashy qu'elle développe. Smith est intelligent. Un peu opportuniste ou têtu également, voire tout ceci et assurément bien plus encore. Il désire bien gagner le cœur des midinettes de Los Angeles ou Rome mais pour préserver son honneur artistique ne renie pas totalement son noir passé. C'est bien en ça que Fat Bob est tout bonnement fascinant. Il devient à ce moment un touchant équilibriste. Il façonnera dès lors une pop subtile, agitée plus ou moins épisodiquement par de noirs tourments. Le morceau le plus intéressant est sans conteste le poignant « Lament » qui fut initialement composé durant l'été 1982 avec SEVERIN le bassiste des BANSHEES. Il baigne dans les eaux troubles d'une cold wave agonisante et Smith n'a jamais été aussi persuasif dans la douleur grâce à sa voix plaintive et cette guitare qui vous perce l'âme. Pas de pathos artificiel, juste un homme tiraillé par une intégrité artistique sans faille et le fait de proposer un univers plus accessible sans pour autant faire de trop grosses concessions. La santé physique et mentale d'abord, non mais. Même sentiment avec le lancinant « Just One Kiss » qui rappelle simplement pourquoi les Anglais se sont trouvés fut un temps pas si lointain les porte-paroles des jeunes confinés dans leur chambre, amoureux de leur propre désespoir. Smith avec une rythmique héritière des années de glace balance une spéciale dédicace à l'artiste Lydia LUNCH, la Queen of Siam, le vieux monde n'est donc pas totalement abandonné. Un pied dans le passé, un dans le présent, et pour le reste ? Le futur ?

Décembre 1983. Japanese Whispers arrive dans les bacs et personne à l'époque ne sait vraiment quoi en penser. Colorée ou plus sombre, cette compilation offre un visage de CURE totalement indécis façon JANUS new wave. Smith en bon taquin qu'il est lui confère ce caractère éminemment bancal. C'est bien l'un de ses nombreux charmes.

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   (2 chroniques)



- Robert Smith (guitare, chant, basse, clavier)
- Laurence Tolhurst (claviers)
- Steve Goulding (batterie titres 1 et 3)
- Phil Thornalley (contrebasse titres 6 et 8)
- Andy Anderson (batterie titres 6 et 8)


1. Let's Go To Bed
2. The Dream
3. Just One Kiss
4. The Upstairs Room
5. The Walk
6. Speak My Language
7. Lament
8. The Lovecats



             



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