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The CURE - Bloodflowers (2000)
Par RICHARD le 25 Avril 2020          Consultée 228 fois

En février 2000, lorsque Bloodflowers sort le lendemain de la Saint-Valentin, le moins que l'on puisse dire, c'est que le onzième album des Anglais n'était pas vraiment attendu au tournant. Il faut aussi avouer que les CURE n'avaient pas fait grand chose depuis ces dernières années pour y remédier. Wild Mood Swings (1996) la dernière galette en date si elle n'était pas artistiquement parlant aussi désastreuse que sa réputation le laissait entendre n'en demeurait pas moins un cruel échec commercial. Pour raviver la flamme et remplir un peu plus le compte en banque de la maison de disque sortit en 1997 la compilation Galore. Son seul et véritable intérêt résidait dans le pourtant insupportable inédit «Wrong Number» qui permettait de découvrir les extravagances stylistiques de Reeves GABRELS guitariste de BOWIE à l'époque et qui deviendra par un (mal)heureux hasard membre des CURE à partir de 2012. Pour couronner le tout, les Anglais lors de la tournée d'été 1998 des festivals donnèrent les pires prestations de leur histoire. Smith étant royalement bourré chaque soir sur scène. On avait beau aimer ce groupe essentiel de la pop, il fallait faire preuve de fidélité, voire d'abnégation pour espérer encore quelque chose de potable de sa part. Il n'y avait rien de très glorieux à mettre au crédit des cinq compères en cette difficile fin de siècle.

Pour le grand public, Robert Smith restait l'un des éternels symboles des années 80, l'homme au rouge à lèvres baveux et aux cheveux en pétard. Son groupe était passé de mode, ne suscitant que peu d'enthousiasme, passant même pour ringard. Smith conscient de sa valeur artistique avait peu goûté l'échec de Wild Mood Swings. Il incrimine Fiction le label, les médias, le public, un peu tout et son contraire. C'est plus simple et confortable que de s'apercevoir en fait que son groupe n'est plus si loin du processus fatal de fossilisation. Robert est terriblement ronchon et colère. Il suffit ! Piqué dans son amour propre,quoi de mieux alors que de chercher à faire plaisir à ses fans. Même si on sait pertinemment que rien n'a jamais pu être dicté ou imposé au grassouillet leader, Bloodflowers sent quand même bon un peu la concession. Légère, assurément, mais elle n'en demeure pas moins une. «Mon dernier album n'a pas été compris. Tant pis, je refais Pornography et Disintegration à la sauce nouveau millénaire» s'est dit sans doute Smith. Vraiment pas content le Robert. Il demande poliment (ce qui veut dire obligatoirement) aux autres membres de réécouter en boucle ces deux albums avant l'enregistrement pour se mettre en condition.Oui mais laquelle ?

Celle d'accepter assurément que leur leader vieillit et qu'il va reprendre de nouveau les rênes de la destinée du groupe en effectuant de bout en bout l'élaboration de Bloodflowers. Autocrate un jour, autocrate toujours. Les Cure, c'est Mon Précieux. A chaque décennie, sa crise pour Smith. Celle des vingt ans donna le nihiliste Pornography. Celle de la trentaine a été responsable du romantique Disintegration. Les quarante ans approchant donneront quant à eux ces neuf nouveaux titres. A un détail près et de taille.Le chanteur n'est évidemment plus animé ou rongé par cette rage toute adolescente et ses pulsions auto destructrices. De l'eau a coulé sous les ponts de la Tamise et notre Anglais comme tout le monde d'ailleurs a vieilli et l’expérience prévaut normalement maintenant.Si les doutes existentielles le tenaillent toujours autant et nourrissent son œuvre, ils sont beaucoup moins tranchants, moins visibles qu'auparavant.Ces fleurs de sang composent à l'évidence un album d'atmosphères. Il se révèle parfait pour des jours à la fois beaux et froids. Il demande à l'auditeur une immersion totale, une écoute attentive car en relief, mais seulement en relief, les morceaux semblent trempés dans une même encre. Une encre qui serait faite de spleen automnal, de mélancolie ouatée, d'éclairs de désespoir et de colère brûlante.

Cette sensation sera confirmée par le fait qu'aucun single ne sera extrait de cet album.
Bloodflowers est un bloc émotionnel. Il devra donc être accepté comme tel au risque d'en être exclu. Pour y entrer pleinement, l'auditeur se devra simplement de supporter stoïquement les onze minutes épuisantes de «Watching Me Fall» l'un des pires titres des CURE jamais composé toutes époques confondues. On suit Smith dans ses errances nocturnes où se mélangent sexe et douloureuse introspection. Le leader hurle plus qu'il ne chante et le magma sonore composé entre autres de guitares agressives qui fait office de musique vous laisse totalement désabusé, puis exténué. Si Smith ne désire plus faire de concession conséquente dans l'espoir vain de vendre, il risque néanmoins avec ce type de titres le sabordage et le naufrage directs. Heureusement, si on fait fi de cette bouse, sans être du très grand CURE, les huit titres restants ne sont pas loin d'être du grand CURE. Comme toujours avec lui, les entrées sont soignées. «Out Of This World» par son rythme quasi neurasthénique et la voix de Smith comme totalement épuisée rendent palpables le temps qui passe inexorablement. Bienvenue dans le monde d'un homme qui voit les années filer entre ses doigts. Les CURE allient ici guitares tristes et claviers du plus bel effet. On l'aura rapidement compris, Bloodflowers est un album testament. Le quintet désire refermer le livre de son histoire sur ce qui serait l'essence de son son, son âme.

Pour ce faire, le combo de Crawley alterne de nouveau et avec réussite longues plages monotones et titres rongés par un fatalisme désormais adulte. Smith est toujours plus que pertinent lorsqu'il recherche une forme d'épure. «There Is No If» conforte bien ce sentiment. C'est limite une chanson feu de camp pour les enfants de l'ombre où le leader par la simplicité de l'ensemble émeut en toute sincérité et sans fioriture. Un peu comme avec «The Loudest Sound» que je considère comme l'un des plus beaux morceaux des CURE. On y retrouve ces sonorités que l'on aime tant où les guitares aux arpèges cristallins partagent l'espace avec les mots concis de Smith qui n'ont jamais aussi bien croqué l'usure des relations, probablement celles d'un couple. C'est un spleen idéalement accueillant. Pour qui suit les CURE, on ressent cette fois-ci une profonde honnêteté dans les paroles du leader. C'est l'heure du bilan. Ce dernier revêt ses plus attrayants atours. Ils sont le plus souvent émouvants comme le soulignent avec douceur les mélancoliques «The Last Days Of Summer» ou «Where The Birds Always Sing». La limite entre ennui et morosité est tenue, c'est certain, mais Smith réussit à tisser de belles toiles dans lesquelles les émotions viennent se fixer pour ne plus s'en extraire. Smith égrène avec savoir faire le chapelet du parfait dépressif.Il y sera question de soleil qui brille encore, de monde qui meurt et d'espoir de renaissance. Du Smith tout craché qui à travers ces ambiances maussades réussit encore à toucher notre corde sensible sans que ceci sente un quelconque réchauffé opportuniste. Smith revient à ses premières amours, et nous avec, avec plaisir.

Si le désespoir destructeur qui irriguait Pornography n'est plus d'actualité, Bloodflowers reste néanmoins parfois secoué par des soubresauts qui révèlent encore l'agitation intérieure qui anime le leader. «39» avec son introduction surpuissante rappelle qu'il en a toujours sous le pied. Même s'il a fait des efforts, promis des choses, la moitié de sa vie est partie en flamme et il n'y a presque plus rien à brûler. Terrible constat, pauvre Robert. L'ambiance de flammes (de l'enfer ?) se marie parfaitement avec ce sentiment amer. Ce titre lourd démontre encore une fois que les CURE lorsqu'ils sont bien inspirés sont capables de nous proposer des ambiances qui marient aussi bien la lumière que les ténèbres. Smith se retourne derrière lui et comme dans l'enlevé et réussi «Maybe Someday» constate une nouvelle fois qu'il patauge dans sa misérable condition. C'est un morceau qui allie une envie irrépressible de pogoter à celle de cogiter. Qui dit mieux ? Celles et ceux qui désiraient ardemment un retour à des titres plus oppressants seront naturellement servis avec le superbe morceau-titre. S'il ne devait en rester qu'un, ce serait celui-ci. Une progressive montée qui démarre sur un son CURE typique, ces claviers discrets distillant une tristesse certaine et tout à coup,cette explosion de guitares et Smith qui douloureusement se rend compte que le bonheur n'est définitivement pas pour lui.

Bloodflowers est un grand album des CURE. On aurait pu légitimement craindre de Smith opportunisme et redite. Il n'en est rien. C'est un nouveau tourbillon d'émotions, un remède efficace contre le prêt à consommer, l’immédiateté jetable. Ces fleurs de sang sont en définitive un superbe bouquet. Vingt ans après, elles ne sont toujours pas prêtes de se faner

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   (2 chroniques)



- Robert Smith. (chant,guitare,basse,claviers)
- Perry Bamonte. (guitare, basse)
- Simon Gallup. (basse)
- Roger O'donnell. (claviers)
- Jason Cooper. (batterie, percussions)


1. Out Of This World
2. Watching Me Fall
3. Where The Birds Always Sing
4. Maybe Someday
5. The Last Day Of Summer
6. There Is No If...
7. The Loudest Sound
8. 39
9. Bloodflowers



             



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