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- Style + Membre : Siouxsie And The Banshees

The CURE - Charlotte Sometimes (1981)
Par RICHARD le 13 Février 2021          Consultée 439 fois

C'est fou comme le temps peut parfois passer à une vitesse incroyable. C'est quelque peu étrange, voire, allons-y gaiement, carrément angoissant. En cette époque passée de l’ère du Jurazique, la musique pas comme les autres pouvait encore espérer effleurer le haut des charts, Robert Smith était jeune et la cold-wave commençait à s'épanouir un peu partout en Europe. Une autre époque, indéniablement. Pour exemple, "Charlotte Sometimes", cet emblématique single des atypiques Anglais, fêtera en cette fin d'année ses quarante bougies noires. Si j'ai décidé d'y consacrer quelques mots, ce n'est pas seulement à cause de son statut culte décerné dès sa sortie par les fans ou parce qu'il n'est extrait d'aucun album à l'exception notable de sa présence sur STARING AT THE SEA, la compilation tiroir caisse de 1986. Non, c'est nettement plus prosaïque, plus terre à terre. Ce titre est sans conteste l'un des plus beaux dans la touffue discographie des Anglais. Il se trouve qui plus est à la croisée de nombreux chemins qui constituent la longue histoire des CURE. Il permet dès lors un émouvant coup d’œil entouré de khôl dans le rétroviseur à souvenirs.

En octobre 1981, lorsque ce nouveau 45-Tours pointe discrètement son nez chez les disquaires et sur les ondes d'outre-Manche, Robert Smith est dans une impasse artistique et émotionnelle (cf la chronique de Faith). Le tourmenté leader sombre peu à peu dans un état dépressif, si ce n'est auto-destructeur. Les tournées mondiales incessantes (Europe, États-Unis, Océanie) et les excès d'alcool et de produits illicites en tout genre n'arrangent rien à l'affaire non plus. C'est quand même bien lourd tout ceci à porter lorsqu'on a à peine 22 ans. Les deux autres tiers du trio de Crawley, Laurence Tolhurst et Simon Gallup, guère en meilleur état, ne s'avèrent dès lors d'aucune aide. L'amitié, c'est fragile et les trois compères vont bientôt se regarder en chien de faïence, rongés par la frustration, la jalousie et un état second quasi-permanent. Les CURE sont devenus malgré tout et un peu contre leur gré les portes paroles des adolescents solitaires, des jeunes gens pas encore tout à fait modernes qui préfèrent le gris aux couleurs flashy des années 80 naissantes. Même si tout ne tourne pas rond et que les feux ne sont pas vraiment au vert, "Charlotte Sometimes" réussit à être l'une des plus convaincantes représentations artistiques du groupe.

Si j'évoquais à l'instant une croisée de chemins, c'est aussi parce que ces quatre minutes concentrent tout ce qui fait le charme de Smith et de ses compères. D'abord, ici comme ailleurs plus tard, ses mots. Il s'inspire donc de la nouvelle du même nom écrite par l'auteure britannique pour enfants Penelope FARMER qui est parue douze ans plus tôt. Le leader, grand lecteur devant l'éternel, transpose dans son œuvre ses émotions les plus marquantes. Camus, Sartre, Salinger ou Kafka par exemple se retrouvent ainsi dans son univers. Leurs pensées sont passées au tamis de sa prolifique imagination afin d'accompagner plus ou moins naturellement ses notes. Smith aime la littérature et cette histoire de rêve, de princesse effrayée, de larmes, d'absence et de mort sied à merveille à son humeur du moment. Les CURE dessinent les contours naissants d'un certain esthétisme gothique et la petite Charlotte en sera en ces temps quasiment la Muse. Les plus courageux d'entre vous peuvent jeter aussi un œil au clip risible qui se vautre avec classe dans cette idée de transposer en images les sentiments exposés dans la chanson. Le résultat est comme un improbable et curieux mélange de Murnau et d'Argento, mais vraiment de très très loin.

Si "Charlotte Sometimes" tient cette place à part dans le cœur des curistes, c'est parce que la force de ce morceau réside dans une prouesse paradoxale. En effet, le trio, pas totalement encore au bout du rouleau, réussit au-delà du caractère sombre de l'histoire, à l'enrober d'atours quasiment pop. Ces minutes ne sont pas encore étouffantes. Il y a même une douce lumière qui éclaire l'ensemble. Si le narrateur/narratrice semble littéralement transpercer les brumes de l’inconscient à coup de "Sometimes I'm Dreaming, Where All The Other People Dance", les musiciens ne mettent pas pour autant l'auditeur à genoux ou six pieds sous terre comme ce sera le cas avec le futur Pornography. Non, ici, il est plus question de prise de conscience, d'espoir encore tenu. La voix de Smith toujours adolescente et résignée partage l'espace de manière harmonieuse avec les notes. Écoutez-moi plutôt ces superbes nappes de claviers qui vous enveloppent avec délicatesse. Elles rassurent sans doute tout autant Charlotte qu'elles nous réconfortent. La basse de Gallup toujours aussi inspirante se fait sur ce morceau plus discrète. Si elle semble accompagner les errements de l’héroïne, elle ne sonne plus comme avant le glas fatidique et s'apparente à de simples pulsations. Ce sont les seuls coups mats du batteur Tolhurst qui empêcheront cette réalité floue de devenir un rêve palpable.

"Charlotte Sometimes" conjugue donc toute la force créatrice des CURE de l'époque. Tout s'articule avec minutie pour donner au final un titre à haute teneur émotionnelle. Superbe !

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   RICHARD

 
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- Robert Smith (chant, guitare, claviers)
- Simon Gallup (basse)
- Laurence Tolhurst (batterie)


1. Charlotte Sometimes (face A)
2. Splintered In Her Head (face B)



             



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