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INDOCHINE - La République Des Météors (2009)
Par RICHARD le 5 Mars 2019          Consultée 472 fois

INDOCHINE en 2009 est revenu incontestablement de toutes les guerres. INDOCHINE a tout vu, tout entendu. Peu de groupes en bien comme en mal d'ailleurs peuvent se targuer d'avoir connu une trajectoire identique à la sienne. Des victoires rapides et euphorisantes des années 80 aux défaites cinglantes de la décennie suivante, Nicolas Sirkis, l'inoxydable leader a même embrassé le triomphe en 2002 avec l'album opportuniste de tous les records Paradize. Le problème parfois, c'est qu'il est difficile de s'arrêter alors en si bon chemin. Avec certaines conquêtes faciles, la tentation de voir encore plus grand, d'aller toujours plus loin est prégnante et attention dès lors au cruel revers de fortune. INDOCHINE n'a plus rien à prouver, c'est certain, mais que vaut vraiment dix ans après sa sortie ce onzième album, La République des Météors ?

Comme pour chaque nouvelle exposition discographique, le groupe suscite encore et toujours autant de passion. Celle-ci n'a pas fait exception. En effet, entre les fans totalement transis qui disent amen à chaque parole indochinoise (Saint Nicolas priez pour nous) et les critiques féroces, le plus souvent simplement par principe, le recul est nécessaire. Le juste milieu est-il possible ? Premier rapide constat, ce disque est gourmand, sans doute trop. C'est incontestablement le syndrome post Paradize qui oblige chaque nouvelle livraison à dépasser allègrement les 60 minutes. Il en résulte comme une désagréable sensation d'inutile remplissage. Pourquoi ne pas aller à l'essentiel ? Les meilleurs albums d'INDOCHINE (à l'exception du magistral Dancetaria) ne dépassent jamais les 45 minutes et ce n'est certainement pas qu'une question de durée d'enregistrement vinyle/CD. Déjà un signe ? de mauvais augure ?

Sirkis a donc tout son temps pour développer sa thématique. Pour cet album, il choisira l'absence. Le point de départ était la lettre de rupture «Prenez soin de vous» de Sophie CALLE qu'il découvrit à la Biennale de Venise. Prolixe et imaginatif, l'auteur déviera alors sur la perte d'un être cher. Elle sera dès lors principalement liée aux horreurs de la guerre et plus particulièrement à celles des deux conflits mondiaux. Ceci ne l'empêchera pas d'élargir pour autant ce sujet et de placer encore une fois ses marottes de prédilection (ambiguïté sexuelle, syndrome de Peter PAN). Ce n'est donc pas à proprement parler un concept album mais INDOCHINE développera cette idée jusqu'à l'excès avec force clips en noir et blanc et superbes prestations scéniques avec images d'archives à profusion, façon ECPAD.

INDOCHINE depuis le succès de l'année 2002 souffre d'un mal, l'excès. C'est bien le principal reproche que je lui adresserai. On est d'accord, on ne pourra évidemment et heureusement jamais brider la fibre artistique, mais quand même. Selon la classique formule, quantité n'est pas qualité. De fait, La République des Météors part aussi bien sur le plan textuel que musical un peu dans tous les sens. Les émotions auraient pu se développer, subtilement, restreintes dans leur nombre mais non dans leur intensité. Elles sont parasitées par des titres sans aucun intérêt, si ce n'est celui de dire que l'album a encore plus de quinze morceaux au compteur. Sirkis toujours épaulé par le fidèle compositeur Olivier Gérard (qui ne sera définitivement jamais Dominik Nicolas dans son approche variée et mélodique) voit encore grand et se prend sans surprise littéralement les pieds dans le tapis. Lorsque j'évoquais un pêché indochinois de gourmandise, cet album en déborde ! C'est dommage car Sirkis avec ce thème initial de l'absence particulièrement fort aurait sans conteste proposé un album d'excellente facture si au moins une grosse moitié des titres n'était pas sur cette galette.

Les tirs à boulet rouge ou l'essai d’objectivité sont de sortie, c'est selon, mais baissez néanmoins la tête. Voici les piètres morceaux. La galette démarre plutôt mal. Comment peut-on écrire à 50 ans ce type de texte ? "Go RIMBAUD, Go !" met terriblement mal à l'aise. Extirper une phrase de Horses de Patti SMITH (l'idole de Sirkis) n'excuse pas tout. Autre titre malaîsant comme diraient les ados actuels. «Play Boy». Sur fond d'électro pouet pouet, le leader se paye notre Jojo national et ressasse encore le thème de l’identité sexuelle. Sa plume a souvent été plus fine, proposant plusieurs niveaux de lecture pour qui désire vraiment l'entendre. Ici, les détracteurs de Sirkis ne pourront être que légitimement confortés. Il donnerait le bâton pour se faire battre qu'il ne ferait pas mieux.

On continue? "L World", malgré son bon riff à la PLACEBO, n'apporte rien, tout comme "Republika" qui à l'exception de sa jolie formule «On sera républicain de loin» tournent une nouvelle fois en rond. On en deviendrait indochinois de loin. Les toujours simili grosses guitares ne font pas nécessairement du rock. On est avec ce type de titres boursouflés plus gagné par l'ennui que par un véritable sentiment d'urgence. Ce ne sont pas les invités, de l'écrivaine Chloé DELAUME (très grande fan du groupe) sur le téléphoné et plat "Les Aubes sont mortes" à Suzanne COMBO du groupe aujourd'hui disparu PRAVDA sur le lourdaud "Un Ange à ma Table" qui changeront quelque chose à ce beau ratage artistique. Bérézina lorsque tu nous tiens. C'est long et ennuyeux. Sensations équivalentes à celles de la Retraite de Russie : glaciales.

Mais tout n'est quand même pas perdu ! INDOCHINE a néanmoins de la bouteille et est encore capable de sursauts d’orgueil vraiment beaux, salvateurs rebonds qui prennent comme souvent avec ce groupe les tripes. Oh, bien sûr, ils ne sont pas vraiment nombreux mais renforcent paradoxalement par leur intérêt cette évidente sensation de gâchis. Hasard ou pas, ce sont justement ces titres qui évoquent la perte qui sont les plus émouvants. On mettra de côté « Je t'aime tant » puisqu'il s'agit de la reprise des géniaux ELLI et JACNO, mais Sirkis s'en tire plutôt pas mal. La suite, c'est le toy piano de "Junior Song" et son petit côté déglingue qui fait toujours son petit effet, même si "La vie est pourrie". INDOCHINE lorsqu'il trouve le petit gimmick qui rentre dans la tête est vraiment bon. Que ce soient les guitares que ne renierait pas INTERPOL sur "Le dernier jour" (inspiré entre autres du film La Chute), la pépite instantanée qu'est "Little Dolls" et son slogan définitif "J'attends mon âge", il y a quand même de quoi secouer enfin l'auditeur.

Sirkis a lu et il désire encore le faire savoir. De fait, on y retrouve un clin d’œil surprenant au ukulélé à DORGELES ("Le Grand Soir") ou enfin au Dormeur du Val façon Sirkis ("Le Lac"). Ces chansons émouvantes et vraiment bien ficelées permettent aux Indochinois de patauger un peu moins dans les tranchées boueuses. S'il faut retenir un seul titre, ce sera pour finir la douce "La lettre de Métal", poignant message d'un père partant à la guerre à son fils. Possible cohérence thématique sur laquelle INDOCHINE aurait du broder d'autres tableaux sonores de la même trempe, il n'en est rien, loin de là. Dommage.

La République des Météors est particulièrement symptomatique des années 2000. INDOCHINE est le plus souvent dans la redite, voire l'auto caricature, et il lui manque une chose essentielle : une âme belle et franche. Une décennie après sa sortie, cet album ne fait aucunement illusion. Il est bien une incontestable et cruelle défaite.

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   RICHARD

 
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- Nicolas Sirkis (chant,guitare, claviers)
- Olivier Gérard (guitare, claviers, piano, ukulélé)
- Boris Jardel (guitare)
- Marc Eliard (basse)
- François Soulier (batteries)
- François Matuszenski (claviers, piano)


1. Republika Meteor Ouverture
2. Go,rimbaud Go !
3. Junior Song
4. Little Dolls
5. Le Grand Soir
6. Un Ange à Ma Table
7. La Lettre De Métal
8. Le Lac
9. Republika
10. Play Boy
11. L World
12. Je T'aime Tant
13. Bye Bye Valentine
14. Les Aubes Sont Mortes
15. Union War
16. Le Dernier Jour



             



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