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Bruce SPRINGSTEEN - Letter To You (2020)
Par MARCO STIVELL le 17 Novembre 2020          Consultée 677 fois

Nous sommes en 2020 et Letter to You vient, à-propos, confirmer une fois de plus la cohésion du E STREET BAND, son apport essentiel à la musique et aux personnes qui l'admirent, ne serait-ce que par besoin de valeur grande à défaut d'être sûre, de chaleur humaine. La pochette, par ailleurs très hivernale avec un Bruce SPRINGSTEEN en rassurant papa sur le chemin de retour, ne trompe personne : si un crédit solo apparaît avec le nom du Boss sans rien derrière, c'est un véritable disque de groupe (et quel groupe !) comme on n'en a pas eu depuis au moins onze ans. L'esprit de toujours, pérenne en live, avait dû en termes de création faire face au temps, à des productions discutables ou surchargées, quand ce n'étaient pas des parenthèses diverses comme High Hopes (essentiellement fait de reprises/refontes) ou encore un Western Stars trop propret, l'année dernière.

Bruce SPRINGSTEEN a dépassé les 70 ans, comme ses deux vétérans Garry Tallent et Roy Bittan. L'année prochaine, ce sera le tour de Steve Van Zandt, de Max Weinberg et de Nils Lofgren (Clarence Clemons s'était arrêté "à temps"). Rien ne semble pourtant aussi évident à l'écoute de ce nouveau disque, Letter to You, où les rides s'estompent grandement afin de laisser ressurgir le passé de plus belle. Il faut d'ailleurs citer l'apport lui aussi essentiel de Bob Clearmountain, ingénieur du son qui fait briller l'ensemble depuis belle lurette. Idem pour la production de Ron Aniello ; employé depuis 2010, celui-ci peut enfin se vanter d'avoir donné ses propres lettres de noblesse au E STREET BAND le plus intègre, sans rien de superflu, à travers un album entier, comme l'ont fait Jon Landau et (dans une moindre mesure) Brendan O'Brien autrefois.

Dans le studio-grange désormais familial de Thrill Hill dans le New Jersey, à mi-chemin entre Long Branch et Freehold (respectivement ville de naissance de SPRINGSTEEN et celle où il a grandi), le groupe des sept, neuf en incluant les occasionnels Patti Scialfa-Springsteen et Jake Clemons, se concentre sur l'essentiel donc. Letter to You permet à Bruce de mettre de côté ses discours virulents anti-Trump et de proposer un album fragile, empli de nostalgie, d'amitié ; chose qui éclate en beauté dans l'excellent single éponyme avec son folk-rock sautillant très prisé depuis 20 ans.

Particulièrement marqué par le décès (en 2018, suite à un cancer) de George Thiess, ancien co-leader des CASTILES avec le Boss dont c'était le premier groupe en 1966, le deuxième extrait "Ghosts" rend hommage aux compagnons disparus, dont naturellement Clarence "Big Man" Clemons et "Phantom" Danny Federici. Avec sa batterie massive en intro à la "We Take Care of Our Town", le titre se rapproche davantage du classique "Don't Look Back" dans la suite d'accords avec un peu plus d'influences trucker. Les deux singles présentent de bons clips vidéos en noir et blanc centrés sur le E STREET BAND pendant l'enregistrement de l'album, avec les images archives rajoutées pour "Ghosts", à voir !

Pour continuer dans le passé, trois chansons semi-inédites datent de 1973, à savoir "If I Was the Priest", "Janey Needs a Shooter" et "Song for Orphans", enregistrées pour certaines par d'autres artistes (Warren ZEVON, sommité du rock américain, ou encore Allan Clarke, chanteur du groupe anglais The HOLLIES). Les deux dernières en effet sont très proches dans leur ambiance ballades de bars et rappellent fortement à l'auditeur cette époque où Bruce avait une verve toute "dylanienne", bavarde mais dans le bon sens (pas toujours, mais ici oui !).

Idem pour le "New Jersey Sound" dont les pionniers étaient de la rue E, où le piano de Roy Bittan régnait en maître, où les choeurs de Steve Van Zandt se greffaient naturellement aux refrains, où le solo de guitare succédait à l'harmonica, où on étirait sur plusieurs minutes, où on créait des "relances"... Fort en 1978 sur Darkness on the Edge of Town, tout cela est de nouveau possible en 2020, pour notre plus grand bonheur ! Bruce porte un "Janey Needs a Shooter" gorgé de soul à merveille, tandis que "If I Was the Priest" s'impose comme la perle cachée de ce disque.

Disque qui reste cependant nourri également des productions pop plus récentes comme Magic (2007), quand le nouveau E STREET BAND était bien installé, ralenti par l'âge mais sans cordes cette fois, les choeurs ici venant tous du groupe, y compris Max, Garry... L'épuration totale d'un point de vue apport extérieur rend aux boys leur meilleur éclat, et le sax de Jake Clemons, d'une grande lignée on le sait, s'invite sur une poignée de titres de façon remarquée, comme son aïeul le faisait.

SPRINGSTEEN aujourd'hui, c'est de la facilité parfois bonne et parfois contestable. En entendant "House of a Thousand Guitars" et sa mélodie sucrée hyper-répétitive, la première fois, j'ai cru qu'on allait retomber dans les écueils comme on les a connus depuis treize ans, mais à la réécoute, le titre passe bien. Le tandem "Last Man Standing"/"The Power of Prayer", ballades façon Magic, offrent à Jake Clemons une belle assise. Et quelle brillance toujours dans les interventions de piano, d'orgue Hammond, des guitares qui portent la musicalité !

Cette fraîcheur, complétée par l'enjoué "Burnin' Train" (le seul titre rapide de l'ensemble et mon favori, avec le banjo de Nils Lofgren en fond !) ainsi que le très beau "I'll See You in My Dreams" en guise de final, laisse place à deux titres plus amples. "One Minute You're Here" renvoie aux fantômes du crépuscule présents en 1982, 1995 et 2005, les années magistrales du SPRINGSTEEN conteur en acoustique (frissons garantis avec chant grave, cordes-synthé, tambourin). La surprise vient du massif "Rainmaker", sorte d'incantation blues où Bruce rugit et semble réinventer son mode d'écriture...

Letter to You, c'est un peu de bon et beaucoup d'excellence ; un album réussi d'un bout à l'autre. La légende continue de s'écrire !

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   (2 chroniques)



- Roy Bittan (piano, claviers, choeurs)
- Jake Clemons (saxophone, percussions)
- Charles Giordano (orgue hammond, claviers, choeurs)
- Nils Lofgren (guitares, banjo, choeurs)
- Patti Scialfa (choeurs)
- Bruce Springsteen (chant, guitares, harmonica)
- Garry Tallent (basse, choeurs)
- Steven Van Zandt (guitares, choeurs, mandoline)
- Max Weinberg (batterie, choeurs)


1. One Minute You're Here
2. Letter To You
3. Burnin' Train
4. Janey Needs A Shooter
5. Last Man Standing
6. The Power Of Prayer
7. House Of A Thousand Guitars
8. Rainmaker
9. If I Was The Priest
10. Ghosts
11. Song For Orphans
12. I'll See You In My Dreams



             



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