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Alpha BLONDY - Grand Bassam Zion Rock (1996)
Par NESTOR le 30 Décembre 2020          Consultée 601 fois

Il est peu dire que c’est avec appréhension que l’on peut aborder ce Grand Bassam Zion Rock, dixième album d'Alpha BLONDY. Ce, pour deux raisons. La première de celles-ci est à trouver dans ce que l’on peut appeler le "théorème BLONDY". Une règle qui veut qu’un album de longue durée de l’ivoirien, qui au surplus succède rapidement à son prédécesseur, est bien souvent de piètre qualité. Et ici, c’est bien la durée du disque qui suscite une certaine inquiète, puisque que pour la première fois dans sa discographie Alpha dépasse l’heure de musique. Le second sujet d’appréhension réside dans le fait que le chanteur lui-même porte un regard sévère sur cet album qu’il juge inabouti et mal produit. Selon lui, sa maison de disque aurait décidé de le sortir dans la précipitation sans lui laisser la possibilité d’effectuer les derniers arrangements. La pochette, kitsch au possible, aurait de même été sélectionnée sans son consentement.

Pourtant l’entame de Grand Bassam Zion Rock est plutôt une bonne surprise : "Ragga Gangstar" est un Reggae mâtinée de Rock dynamique et efficace. Contrairement à ce que l’on pouvait déplorer dans Dieu (1994), son précédent album, la voix est ici présente, vivace. L’ivoirien semble impliqué, il déclame ses lyrics avec passion et conviction. Impression qui est confirmé par "Alpha Kaya", un Reggae plus lent sur lequel le chant est mixé très en avant. Et l’on se doit de constater que le son est plus que correct. Tout au plus un léger écho sur les vocaux pourrait légèrement gêner certains auditeurs. De fait, les réticences du chanteur au sujet de cet album s’avère surprenantes, tant les chansons sont bien mieux mis en valeur que dans le précité Dieu. Et surtout tant Alpha BLONDY semble concerné. Son chant est nerveux, vif, incisif. "Zion Love", et ses belles parties de guitares, se révèle également assez convainquant.

Et de fait, si toutes les compositions de Grand Bassam Zion Rock ne donnent pas dans l’exceptionnel, il flotte presque toujours un vent de fraîcheur et de passion bien agréable. Même les textes, qui sont parfois chez Alpha BLONDY un peu simplistes (ou tout au moins qui donnent parfois le sentiment d’avoir été insuffisamment creusés) sont ici bien plus travaillés que par le passé. A l’image de "Course au pouvoir" qui ne se contente pas de slogans réducteurs répétés à l’envie. On retrouve cependant un peu de la schizophrénie d’un Alpha BLONDY. L’homme étant capable, dans le même album de critiquer les tenants du pouvoir dans "Course au pouvoir", tout en remerciant dans le livret le président de la Côte d’Ivoire de l’époque, Henry KONAN BEDIE, pour son support financier… Un remerciement qui manque de plus d'un peu de tact, alors que "Unité Nationale", un des titres de Grand Bassam Zion Rock, prône la réconciliation entre les différents partis et clans ivoiriens…

Une ambiguïté que l’on retrouve dans la citation de Pierre DAC et Francis BLANCHE (tirée de l’Almanach de l’os à Moelle) qu’il reprend à son compte sur le livret du disque : "si Dieu existe, qu’il le dise, et s’il n’existe pas qu’il ait le courage de l’avouer". Quand on connait l’importance de la religion pour lui, cette petite pointe d’humour a de quoi surprendre. Le titre "Grand-Bassam" (la ville historique et l’ancienne capitale de la Côte d'Ivoire) est également un bon moment : un Reggae moderne et dynamique doté de chœurs sympathiques. Alpha BLONDY rend hommage à Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké un théologien et poète du début du 20ème siècle qui s’opposa à la colonisation française, dans le morceau qui porte son nom. Un Reggae lent et hypnotique sur lequel un harmonica se pose parfois, mais qui aurait gagné à être un peu plus évolutif.
Comme il l’avait fait dans Apartheid is Nazism (1985) et dans Revolution (1987), Alpha BLONDY consacre un nouveau à Félix Houphouet-Boigny, président historique de la Côte d’ivoire. A l’instar de "Jah Houphouet Boigny nous parle" (Revolution), il s’agit essentiellement d’un long discours de l’ancien Président posé sur un riddim nonchalant. Pas désagréable, mais l’effet de surprise est un peu passé.

Enfin, l’album se termine par une autre « redite ». Alors qu’il avait repris le "War" de Bob MARLEY dans Dieu, là il s’attaque à l’adaptation de "Natural Mystic" (Exodus - 1977) de la figure tutélaire du Reggae mondial, qui devient "Mystère naturel". Une fois de plus le titre est traduit et repris de manière assez fidèle. Amusant et anecdotique. Loin du désastre annoncé, ce Grand Bassam Zion Rock est un disque agréable et qui possède de très bons morceaux. Délesté de trois ou quatre titres dispensables, il aurait même pu être considéré comme un classique du chanteur. Notamment du fait de la fraîcheur et de la nervosité positive qui l’anime.

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- Alpha Blondy (chant)
- Abou Bass (basse)
- Christian Polloni (guitare)
- Dennis Bovell (guitare)
- Mao Otayek (guitare)
- Amy Bamba, Didier Ahizi Angel, Roselyne (chœurs)


1. Ragga Gangstar
2. Alpha Kaya
3. Zion Love
4. Course Au Pouvoir
5. Ya Fohi
6. Valerie
7. Grand-bassam
8. Mo
9. Cheik Amadou Bamba
10. Sefon Dance
11. Unite Nationale
12. Silence Houphouet D'or
13. N'kabourou
14. Mystère Naturel



             



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