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Alpha BLONDY - Jah Victory (2007)
Par NESTOR le 5 Mars 2021          Consultée 135 fois

Je vous ai déjà parlé de l’axiome Alpha BLONDY qui veut que plus ses albums sont longs et rapprochés les uns des autres et plus il y a lieu de redouter le résultat.
Eh bien, pour la seconde fois, il me fait mentir.
La première fois cela était avec l’excellent Massada (1992) qui comportait 14 titres, record à battre avant ce Jah Victory, qui sonne comme un auto hommage à son premier disque, Jah Glory (1982).
Record pulvérisé car ce quatorzième album contient pas moins de 19 morceaux.

La qualité de cet album est peut-être à mettre au crédit de la seconde partie de l'axiome. Il s’est en effet écoulé cinq années entre celui-ci et son prédécesseur, le chanteur s’étant juré de ne pas sortir de nouvel album tant que la Côte d’Ivoire serait en guerre.
Cela explique certainement pourquoi malgré sa densité, ce Jah Victory se révèle aussi intéressant. Et surprenant.
Songez que l’album s’ouvre avec une reprise de… PINK FLOYD !
Il s’agit du "Wish you Were Here", tiré de l’album du même nom et présenté ici sous le titre "I Wish You Were Here" ! Et aussi surprenant que cela soit, le résultat est excellent. La superbe mélodie est relayé par une rythmique chaude et une cornemuse. L’indolence du Reggae colle à merveille à ce morceau.
Et ce n’est pas la seule surprise. "Demain t’appartient", avec son intro à la guitare et son flow typiquement rap (tendance NEG’ MARRONS) ne manque pas d’étonner. L’intervention de son compatriote Lester BILAL, réhausse et enrichit grandement ce morceau. La collaboration entre les deux musiciens avait commencé en 2005, lorsqu’Alpha BLONDY travaillait sur Akwaba, The Very Best Of Alpha Blondy. Il avait alors fait appel à plusieurs artistes, dont UB 40 et MAGIC SYSTEM. Mais également, le MOKOBE du 113, les NEG’ MARRONS, et Lester BILAL avec lequel il avait pondu une version très libre de "Sweet Fanta Diallo" sous le nom de "Sweet Sweet". Leur aventure ne s’arrêtera pas là puisque BILLAL sera présent dans la tournée qui suivra Jah Victory.

Cette soif de diversité, s’exprime également sur "Le bal des combattus" qui délaisse le Reggae pour épouser des styles bien plus africains, et qui lorgne un peu vers ce qu’ont pu faire les congolais Théo BLAISE et Pamelo MOUNKA.
Ces titres agissent comme des oasis de fraicheur au sein d’un album très dense et qui comprend bon nombre de morceaux purement Reggae à l’image de "Sankara", "Ranita", ou bien "Sales racistes" aux faux airs du "Burnin’ and Lootin" de Bob MARLEY (Album Burnin).
L’album bénéficie également de l’utilisation d’une large variété d’instruments qui contribuent à élargir la palette sonore mise en place par l’ex WAILER, Tyrone DOWNIE (Producteur) : kora, cornemuse, djembé, accordéon, guitares congolaises, scratches…

Ces apports s’inscrivant à merveille dans cet album qui repose sur la solide paire rythmique des mythiques SLY et ROBBIE. Il faut dire que les stakhanovistes Robbie SHAKESPEARE (basse) et Sly DUNBAR (batterie) ne sont pas des novices puisqu’ils ont la réputation d’avoir joué, ou produit, plus de 200 000 chansons ! Un section rythmique qui fait ses preuves et apporte une assise sûr aux titres sur laquelle elle intervient, à l’image de "Bahia".
Ce dernier titre est symptomatique des qualités et des défauts de cet album. La musique et les arrangements sont sérieux, efficaces, convaincants, mais les paroles… n’auraient pas souffert d’un peu plus de travail et de réflexion.
Parce qu’il n’est pas du tout certain que « Elles sont sexy et pata pata, ça nous donne la patata » ("Bahia") permette à Alpha BLONDY de marcher sur les traces de Bob DYLAN pour ce qui est d’obtenir un Prix Nobel de littérature.
Entendons-nous bien, toutes les paroles ne sont pas du même acabit, et certains titres disposent de textes intéressant, mais parfois le Reggaeman se laisse aller à quelques facilités assez surprenantes, limites choquantes au regard de son expérience et de son aura de « sage ». C’est surtout le cas du titre de "Mister Grande Gueule", dont il se dit qu’il s’adresse à son compatriote Tiken Jah FAKOLY avec qui il se serait senti en compétition. Quelque fut sa cible, le moins que l’on puisse dire est que la manière de clamer son opposition manque singulièrement de classe : « Monsieur grande gueule, rend moi un service ferme ta sale gueule […] tu crois que t’es cool, mais t’es con […] j’aime pas ta gueule, j’aime pas ta sale gueule ».
L’histoire dit que les deux figures de proue du Reggae africain se sont réconciliés depuis, ce qui n’empêche pas Alpha BLONDY de maintenir ce morceau sur certaines de ses set-list…

Dans une tout autre mesure, le texte de "Sankara" a également fait grincer quelques dents. Thomas SANKARA, qui est devenu Président du BURKINA FASSO suite à son coup d’état en 1983, est en effet considéré par beaucoup comme un leader progressiste. Il est appelé par certains le Président des enfants ou celui des pauvres. Son discours contre la dette est devenu un classique pour les mouvements luttant pour l'abolition des dettes « illégitimes ». Alors, lorsqu’Alpha BLONDY le flagelle en lui reprochant la manière qu'il a utilisée pour prendre le pouvoir, cela fait office de mini scandale. quoi qu'il en soit, son argumentaire, du type, « la fin de justifie pas les moyens » et plutôt à contre courant de l'opinion publique, est plus que courageux pour un chanteur qui se veut le porte-parole du peuple et notamment de la jeunesse.
Mais sur certains textes, on est parfois bien loin de la posture de sage que la chanteur reflète habituellement. Loin également de morceaux bien plus réfléchis à l’image de l’éthéré "Les salauds", où la voix d’Alpha BLONDY, mixée très en avant, résonne de manière prophétique.

On le voit cet album très dense provoque des réactions contrastées. Mais, au-delà de certaines maladresses regrettable, il faut surtout retenir qu’il est le témoignage d’un artiste bien vivant qui est encore capable de surprendre et de charmer. Et puis, il contient une floppée de très bon titres ("I Wish you Were Here", "Ranita", "Ne Tirez pas sur l'Ambulance", "Demain t'appartient", "Cameroun", "Le Bal des Combattus", "Les Salauds", "Sales Racistes"…), qui ont l’étoffe pour devenir des classiques du bonhomme.

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   NESTOR

 
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- Alpha Blondy (chant)
- Alejandro Barcelona (accordéon)
- Amy Bamba, Cali, Olysa, Akila (chœurs)
- Mickael Cozien (cornemuse)
- Aboubass (basse)
- Robbie Shakespeare (basse)
- Julien Goualo (djembe)
- Rishasha (batterie)
- Charles Laube (batterie)
- Sly Dunbar (batterie)
- Earl 'china' Smith (guitare)
- Julien Lacharme (guitare)
- Lucas Martinez (guitare)
- Tyrone Downie (claviers)
- Moussa Conde (kora)
- Sticky (percussions)
- Dj Eanov (scratches)


1. I Wish You Were Here
2. Sankara
3. Ranita
4. Ne Tirez Pas Sur L'ambulance
5. Demain T'appartient (feat Lester Bilal)
6. Bahia
7. Mister Grand Gueule
8. Africa Yako
9. Cameroun
10. Jah Light
11. Le Bal Des Combattus (feat Didi Kalombo)
12. Tampiri
13. Les Salauds
14. Sales Racistes
15. Ikafo
16. Jesus
17. Gban-gban
18. La Planète
19. La Route De La Paix



             



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