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Alpha BLONDY - Eternity (2022)
Par NESTOR le 18 Juin 2022          Consultée 357 fois

Dix-huit morceaux et pas moins de une heure trente de musique, c’est peu dire qu’Alpha BLONDY ne s’est pas moqué de nous pour fêter son dix-neuvième album studio en quarante années de carrière discographique ! Il faut dire que cela faisait quatre ans que le Rastaman ivoirien ne nous avait régalé de nouvelles compositions. Bien sûr, comme à son habitude il a glissé quelques reprises ou adaptations surprenantes dans le lot.

Cette fois-ci, c’est CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL qui est à l’honneur (après, entre autres, PINK FLOYD, MOUSTAKI, LED ZEPPELIN Serge GAINSBOURG, FREE, ou Hugues AUFFRAYS) avec son "Have You Ever Seen The Rain". Ainsi que l’emblématique Bob MARLEY qui voit son "Soul Rebel" être transformé en "African Rebel". Mais il n’en reste pas moins que nous avons là un album massif doté d’énormément de nouveau matériel. Et ce, même si les deux derniers titres durent à eux seuls plus de vingt quatre minutes.

Un album qui allie tradition et nouveautés. Tradition dans le sens où le père BLONDY pratique toujours ce Reggae africain aux tempi lourds qui semble écrasé par un soleil de plomb ("Éternity (Le Chant Du Pèlerin", "Jamming in Ouagadougou"…) et ces morceaux plus légers et entrainants ("Koun faya koun", "Grand Bassam"…). Tradition également dans le sens où l’on retrouve les habituelles reprises citées plus haut. Tradition encore avec "Épistémicide" (qui signifie meurtre, réduction au silence, ou dévalorisation d'un système de connaissances), un morceau fleuve qui reprend une formule déjà utilisée par le passé ("Jah Houphouet Boigny nous parle", "Silence Houphouet d'or") en mettant en musique des discours à connotation politique.

Mais ici, la chose est bien plus captivante puisque, sur dix-sept minutes, il s’agit là de la mise en avant de conférences ou de discours de Cheikh Anta DIOP (feu homme politique sénégalais qui fait ici référence au discours de Dakar de Nicolas SARKOZY), de Aminata DRAMANE TRAORE (femme politique malienne et écrivaine), et de Fatou DIOME (écrivaine franco-sénégalaise). Le fond est réellement intéressant et bien moins "consensuel" que les éloges au président BOIGNY. Cela apporte un éclairage "nouveau" sur les relations Europe / Afrique et cela se laisse écouter, et réécouter, avec plaisir.

Mais au-delà du respect de ces formules immuable, Alpha BLONDY fait également preuve d’innovation. Notamment au travers de partenariats avec d’autres artistes. C’est ainsi le cas sur "Love Power" un morceau sur lequel il invite STONEBWOY, un jeune chanteur originaire du Ghana qui avait fait un featuring avec Sean PAUL sur "Guns Of Navarone" en 2018, et qui apporte une touche de modernité Ragga. Alpha BLONDY raconte que celui-ci est venu à son studio lors d’une visite promotionnelle à Abidjan, alors qu’il travaillait sur ce qui allait de venir "Love Power".

Il en va de même avec le chanteur malien, Sidiki DIABITE qui vient épauler BLONDY sur "Layiri - Le serment"
Ces apports permettent à un album aussi dense de rester frais, varié et digeste. Pour cela, et comme c’est souvent le cas avec lui, Alpha a également incorporé de belles parties de guitares, notamment sur "Grand Bassam" et "Élections présidentielles", qui rappellent l’époque où il s’attachait les services de Patrick RONDAT.

Au-delà de la musique, il y a également les engagements d’Alpha BLONDY qui ponctuent son propos. Ses indignations contre la guerre, comme cela peut être le cas avec "Pompier Pyromane", le premier single, qui pourrait avoir été écrit en référence avec la guerre en Ukraine, bien que le chanteur s’en défende en précisant que le texte a été conçu en pensant à l’Afrique. Indiquant que ce qui est désolant c’est qu’il peut malheureusement s’appliquer a bien d’autres situations actuelles. Contre l’excision, comme l’avait déjà fait Tiken Jah FAKOLY en 2007 avec "Non à L’excision". A ce sujet, Alpha raconte, qu’étant jeune, il a été choqué par l’excision d’une de ses cousines ( le cri qu’elle a poussé résonne encore dans ma tête). Comme cela a été le cas avec STONEBWOY, sur ce morceau, la présence de Clinton FEARON serait née d’une coïncidence, ce dernier étant de passage dans le studio d’Alpha BLONDY lors de l’enregistrement de ce titre.

Le chanteur a également la dent dure contre la corruption et l’arrivisme, avec l’efficace "Élections présidentielles", ou au sujet de la crise des migrants avec "Immigrés (La Méditerranée n'a pas pitié )".
Alors soit, tout n’est pas renversant sur cette heure et demi de musique, et quelques titres passent doucement dans nos oreilles sans trop accrocher l’attention ou bien en donnant le sentiment de déjà-vu ("Ambe gnongon nan", "New Bahia").

Mais à aucun moment on ne sombre dans le médiocre ou le totalement dispensable. Et il en résulte un album qui évite l’écueil de l’ennui malgré sa longue durée, et qui nous montre que, quarante ans après ses débuts, Alpha BLONDY a toujours des choses à dire. Et il les dit de belle manière.

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   NESTOR

 
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- Alpha Blondy (chant)
- The Solar System (groupe)


1. Éternity (le Chant Du Pèlerin)
2. Love Power (avec Stonebwoy)
3. Koun Faya Koun
4. Layiri (le Serment) (avec Sidiki Diabaté)
5. Jamming In Ouagadougou
6. Have You Ever Seen The Rain
7. Pompier Pyromane
8. Petit Palabre
9. Grand Bassam
10. Excision (female Genital Mutilation) (avec Clinton
11. African Rebel
12. Anga Teria
13. Sunshine In Rwanda
14. Immigrés (la Méditerranée N'a Pas Pitié)
15. Ambe Gnongon Nan
16. Élections Présidentielles
17. New Bahia
18. Épistémicide



             



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