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Nicolas PEYRAC - Je T'aimais, Je N'ai Pas Changé (1978)
Par MARCO STIVELL le 4 Décembre 2021          Consultée 212 fois

Si certains albums de chanson française ne restent pas à la postérité, faute de tube ou de morceau porteur, il est injuste de les laisser dans l'aspect commun d'une production discographique très rapprochée. Le cinquième effort de Nicolas PEYRAC est de ceux-là.

On n'y trouve en tout et pour tout que trois morceaux 'enlevés', l'artiste pouvant difficilement renoncer à une forme d'adaptation imposée ou non par sa maison de disques. Cela vaut surtout, en cette fin d'années 70, pour "De Montréal à Fidji", au tempo disco et à l'orchestration en bonne et due forme : cordes, cuivres, claviers… L'argument voyage cher à PEYRAC est ici un peu poussé et se retient d'abord pour les images du Québec enneigé, l'évocation de Robert CHARLEBOIS de retour au pays (comme il l'a chanté lui-même deux années plus tôt sur "Je reviendrai à Montréal"). La formule est cependant en demi-teinte, un peu comme "La panthère" et son esprit décalé pour singer la chasse en Afrique australe, PEYRAC usant d'un accent local. Avec banjo et tuba pour un shuffle bien balancé, ce titre s'avère être plus intéressant et meilleur que les moments New Orleans du deuxième album en 1976. Ce n'est, une fois de plus, pas ce que l'on retiendra du chanteur, mais l'envie de faire autre chose n'est pas incongrue, surtout pour un talent exigeant.

Il n'est guère étonnant donc d'imaginer que la part belle est faite aux ballades, mais cela concerne également l'idée de réussite. Mis à part "Un mot de trop", où la femme aimée et perdue est sensible à la défense des animaux (pour changer un peu et faire le lien avec le dernier morceau susmentionné), elles méritent toutes de compter parmi les plus belles de l'artiste, s'il y avait un regroupement à faire. "Et se ferme la porte doucement", slow simple mais joli ; "Je t'aimais, je n'ai pas changé", avec ses superbes orchestrations made in Roland Romanelli (ah, ce couple accordéon-synthé sifflant !), côtoient le magicien "Dans une ville un peu fragile" et son "tour du monde des regrets".

Encore plus saisissantes demeurent deux autres chansons plus universelles, dont "Les remparts de Gorée", où PEYRAC puise dans l'histoire d'une île au large du Sénégal tristement célèbre car liée à l'époque de la traite esclavagiste. Beaucoup d'images ici sont mystérieuses et appartiennent à l'auteur, mais c'est une force d'ensemble qui agit, y compris en musique grâce aux sons veloutés et arpèges de guitare acoustique trop rares sur ce disque. L'autre morceau qui surclasse un peu tout cela, évoque "Les mots que l'on apprend à 10 ans", un piano-voix qui revient vers la critique des adultes qui ont oublié les belles notions censées se développer durant l'enfance, mais pas n'importe lesquels. Le chanteur pense aux racistes de tous bords, mentionne le nazisme, les dictateurs en Amérique du Sud… Un cri du cœur mêlé d'argot, et un chef d'œuvre.

Place à un Nicolas PEYRAC moins timide et qui diversifie ses cibles quand il conteste, en le faisant de manière un peu moins subtile. À l'écoute de "Goodbye California", on peut penser sans mal que le rêve hippie nostalgique de "So Far Away From L.A." est terminé. Sur une country sautillante avec harmonica mais aussi clavecin et basse 'ouin-ouin', pour garder la touche variété en vogue chez nous, le chanteur clame avec hardiesse son désamour de la Californie, désacralise le rêve d'Hollywood et Beverly Hills, surfaits de stars 'victimes', de dollars… Il dit alors préférer Paris, tout en pointant du doigt certains coins en Normandie "où plane la même folie" (Deauville ?). Comme toujours cependant, la nuance est de mise, et peut-être cet ancien amour-là reviendra-t-il un jour. Un morceau rafraîchissant et bien écrit, bien senti.

Un autre titre parle de Paris mais avec la légèreté d'entre-deux-guerres ("La tour Eiffel" toute en valse musette et cordes splendides) tandis qu'un dernier retrouve les côtes normandes : il s'agit de "Cherbourg", avant-dernière escale du Titanic en 1912 et celle qui aura permis le plus de rescapés au final ! La peinture de la ville est plutôt une chronique sociale d'époque, magistralement servie par des claviers aériens, une spatialisation typiquement fin de seventies.

Le cinquième album de Nicolas PEYRAC ne dépareille pas du précédent question qualité, il est juste plus hétéroclite et classique dans sa forme, sa production. Il va sans dire que pour une personne voulant découvrir l'artiste, outre le premier album de 75, cette période 77/78 reste incontournable, même si l'époque des tubes est déjà révolue !

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   MARCO STIVELL

 
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1. Goodbye California
2. Les Mots Qu'on Apprend à 10 Ans
3. De Montréal à Fidji
4. Et Se Ferme La Porte Doucement
5. Les Remparts De Gorée
6. Je T'aimais, Je N'ai Pas Changé
7. La Tour Eiffel
8. Cherbourg
9. La Panthère
10. Un Mot De Toi
11. Dans Une Ville Un Peu Fragile



             



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