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RENAUD - La Bande à Renaud (2014)
Par GEGERS le 1er Juillet 2014          Consultée 2915 fois

On sait Renaud fatigué, usé par des années d'abus, buriné par la vie. Mais comment, ô diable comment , a-t-il pu cautionner, pire, soutenir, cette horrible entreprise qu'est La Bande à Renaud ? Lisez donc l'introduction du livret : « Merci beaucoup infiniment à vous tous, mes aminches, mes frangins, mes potos. Avec vous je ne suis plus une bande de jeunes à moi tout seul et vous êtes devenus mes chanteuses et chanteurs préférés (juste un tout petit peu après moi). Votre hommage me va droit au coeur et je peux repartir tranquille-peinard à la pêche à la ligne, certain que mes petites chansons ne marchent plus à l’ombre. C’est bon de s’asseoir sur un banc cinq minutes avec vous... ». Renaud...

Car cet album tient du « Génération Goldman », de la soupe immonde que nous servent les majors, sous couvert de redécouverte artistique, pour palper quelques biftons tant qu'il en reste encore à prendre. Renaud n'est pas un chanteur comme les autres. La voix n'est pas la finalité de sa musique, mais sert à donner vie aux textes splendides du bonhomme, à leur offrir une authenticité et un humanisme que l'on ne retrouve plus guère que chez les artistes de sa génération. De l'authenticité, cet album en est totalement dénué. De l'émotion de bas étages, surproduite et calibrée pour plaire à la ménagère, voici ce que vous allez bouffer.

L'idée de mêler les générations et les univers n'était pourtant pas si mauvaise. L'image de Renaud en tant qu'artiste multi-générationnel, d'un artiste aux textes dont l'actualité brûlante n'est pas à démontrer, coule de source. Pourtant, les jeunes se plantent, les moins jeunes se fourvoient et les vieux sont à côté de la plaque. A commencer par Jean-Louis Aubert, qui dénature totalement « Manu » en cassant le phrasé du morceau et en le rendant bancal, saccadé, loin de la beauté simple de l'original. Dans la même catégorie d'âge, Hubert-Félix Thiéfaine s'en sort mieux avec sa version de « En cloque ». Un piano, une guitare folk, un harmonica reprenant le motif de la mélodie, et la voix inimitable du chanteur qui, sans forcer, fait passer la pilule.

Reste que ces deux reprises, si elles sont loin de marquer les esprits, sont un véritable bonheur si on les compare à certains autres « hommages » présents sur cet album. L'exemple le plus flagrant de l'ignominie de l'opus est sans aucun doute « Laisse béton », repris par un rappeur du nom de Disiz. Un banjo répétitif sans inventivité supporte cette version horripilante, sur laquelle le rappeur juge bon d'insérer d'horribles ajouts entre les phrases (« ouais », « ok », « et ? », « carrément ») qui rendent le titre à la fois ridicule et risible. « La médaille », dénaturée par un Grand Corps Malade qui pense sans doute que la profondeur de sa voix grave suffit à donner vie à l'un des plus beaux textes de Renaud, échappe de peu à la palme de l'horreur, tout comme le collégial « Dès que le vent soufflera », repris par l'ensemble des participants, qui se fait un titre folk youkaidi-youkaida d'une superficialité désespérante. Renaud, ils t'ont tué !

Coeur de Pirate et Elodie Frégé, qui « oeuvrent » respectivement sur « Mistral Gagnant » et « Il pleut » minaudent et se lamentent. Mais qu'est devenue la pudeur et la retenue de Renaud dans ce déversement de pathos ? Anéanties par le nivellement par le bas de la scène musicale francophone, bien entendu. « La ballade nord-Irlandaise » chantée, forcément, par Nolwenn Leroy, se fait légèrement plus convaincante, offrant un côté solennel pas désagréable.

Le reste alterne entre le moyen et l'anecdotique. Dans cette dernière catégorie, les versions de « C'est quand qu'on va où » par Carla Bruni et « Pierrot » par Raphaël rentrent par une oreille et sortent par l'autre sans que l'on en retienne quoi que ce soit. Benabar, dans son rôle de narrateur, s'en sort avec les honneurs sur « La pêche à la ligne », dont le texte semble taillé pour son univers mélancolique. La fausse nonchalance de Benjamin Biolay sur « Deuxième génération » se fait également une modeste réussite, le chanteur parvenant à offrir un coup de jeune pas désagréable à ce titre originellement rock, ici électro, qui propose un texte fort, emblème de l'intemporalité de Renaud. Finalement, il n'y a guère que Nicolas Sirkis qui s'en sort bien. De manière surprenante, le chanteur d'Indochine donne un coup de fouet bienvenu à « Hexagone », dont les arrangements électro-acoustiques s'accordent parfaitement à la voix du chanteur. La seule réussite indéniable de cet album.

Renaud, reviens. Ne les laisse pas dans la lumière, sous prétexte de rendre hommage à ton patrimoine musical. Le choix des morceaux est judicieux, mais c'est bien l'interprétation qui est ici totalement à la ramasse. Ce genre de reprise serait acceptable sur un album-hommage à Pascal Obispo ou Patrick Fiori, mais réduire notre Renaud à ces pitreries de saltimbanques, c'est salir le répertoire d'un auteur-interprète rare et précieux. Surtout, ne cautionnez pas cette escroquerie à l'affection et allez plutôt écouter Renaud, le vrai, et diffusez sa musique autour de vous. Ce sera là le meilleur hommage à lui rendre.

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   (2 chroniques)



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1. Manu (jean-louis Aubert)
2. Mistral Gagnant (coeur De Pirate)
3. La Pêche A La Ligne (bénabar)
4. Laisse Béton (disiz)
5. Il Pleut (Élodie Frégé)
6. Chanson Pour Pierrot (raphaël)
7. Hexagone (nicola Sirkis)
8. Deuxième Génération (benjamin Biolay)
9. La Ballade Nord-irlandaise (nolwenn Leroy)
10. En Cloque - Hubert (hubert Félix Thiéfaine)
11. C'est Quand Qu'on Va Où ? (carla Bruni)
12. Je Suis Une Bande De Jeunes (alexis Hk, Renan Luce
13. La Médaille (grand Corps Malade)
14. Dès Que Le Vent Soufflera (la Bande A Renaud)



             



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