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- Style : The Beatles , The Move , Electric Light Orchestra
- Membre : Bun E. Carlos
- Style + Membre : Robin Zander

CHEAP TRICK - Cheap Trick (1977)
Par JASPER LEE POP le 8 Mai 2016          Consultée 984 fois

Cheap Trick est un groupe punk.
Quoi ? Non mais, il est sénile le chroniqueur, il ne sait plus ranger ses groupes dans les bonnes cases dans sa maison de retraite ! Cheap Trick, ils jouent du power pop, papy ! Oui, ben non. Ça, ce sera dès le deuxième album avec le coup de vernis haute brillance que leur badigeonnera Tom Werman.

Ce premier album qui sort en 1977, année punk par excellence, est vraiment à part dans la discographie du groupe. D'abord, les quatre musiciens qui vont l'enregistrer ne sont déjà plus des amateurs depuis un bout de temps. Rick Nielsen, le guitariste bouffon aux gilets tricotés, aux nœuds papillon et aux casquettes de cycliste et Tom Petersson le bassiste à la douze cordes (à partir du 3e disque) jouent ensemble depuis 1967 dans plusieurs formations, dans leur fief de Rockford dans l'Illinois. Dont Fuse qui sortira un album éponyme en 1970 chez Epic (un heavy-rock psychédélique assez précurseur. Nielsen y est crédité à la guitare rythmique et aux claviers mais n'aurait semble-t-il pas joué de six-cordes. Une vraie curiosité en tous cas auréolée d'un petit statut culte). Les deux acolytes bourlinguent ensuite en Europe dans un groupe nommé Sick Men of Europe (clin d'œil, le nom sera celui d'un morceau de l'album The Latest en 2009). De retour au bercail, ils retrouvent le grassouillet batteur au look de comptable, éternelle cigarette au bec, Bun E. Carlos (de son vrai nom Brad Carlson) qu'ils avaient croisé dans une formation précédente. Le beau gosse blond Robin Zander succède rapidement à un premier chanteur et complète le line-up historique de Cheap Trick. Le groupe va écumer pendant de longues années tous les clubs de la région des grands lacs jusqu'à attirer l'attention de Jack Douglas qui va les présenter à Epic (dont le service A&R en charge de découvrir de jeunes talents est à l'époque dirigé par Tom Werman).

On n'est jamais mieux servi que par soi-même et c'est Jack Douglas qui va produire ce premier effort. Douglas a déjà un bon C.V à l'époque. Il a été ingénieur du son sur le Imagine de John LENNON, chez les NEW YORK DOLLS, a produit le Muscle of Love d'ALICE COOPER. Et surtout, c'est le producteur fétiche d'AEROSMITH depuis leur second album et dont l'immense Rocks vient de sortir. Le son de ce premier CHEAP TRICK a d'ailleurs une certaine parenté avec la galette de la bande à Tyler pour son côté brut de décoffrage. Mais l'effet de sécheresse est ici encore plus renforcé. Si Zander tient parfois la guitare rythmique, CHEAP TRICK est avant tout un groupe à une seule guitare et, même si Nielsen multiplie les pistes, les morceaux sont plus aérés et le son plus abrasif que chez les Bostoniens. Abrasif CHEAP TRICK ? Il déraille à nouveau, papy ! Sur ce premier vinyle assurément. Punk, vous dis-je.

« ELO Kiddies » inaugure les hostilités avec un solide pattern de Carlos tournant de façon hypnotique sur lequel Nielsen va mouliner des power chords. La cloche de récréation au début du morceau et le refrain chorale d'écoliers rappellent "le School's Out" de Cooper et Zander, l'homme aux mille voix, chante ici effectivement à la manière du père Alice dans un registre vocal plus puissant. Le texte est typique de tous ceux de l'album dans le sens où il se prête à de nombreuses interprétations toutes plus sombres les unes que les autres. Profitez de la jeunesse et éclatez-vous les enfants parce que ça ne va pas durer, le monde est pourri. Et de fait, fondu enchaîné sur des bruits d'élèves qui jouent pour lancer « Daddy Should Have Stayed in High School », une chanson sur un pédophile qui fait la sortie des collèges (« J'ai trente ans mais j'ai l'impression d'en avoir seize. Tu voudrais pas des bonbons ? »). Les paroles sont glauques à souhait, assénées comme si de rien n'était. La structure du morceau est elle aussi tortueuse, on ne sait plus où est le refrain, où est le couplet. Tout le monde frappe ses instruments sans la moindre retenue, c'est du grand art. « Taxman, Mr Thief » la joue plus mélodique en empruntant le thème du méchant inspecteur des impôts au « Taxman » des Beatles (en les citant dans les paroles histoire d'assumer le clin d'œil). La bande de Liverpool est l'influence revendiquée de CHEAP TRICK et celle-ci se fera ressentir pendant toute la carrière du groupe. On sent dès ce troisième morceau une structure récurrente dans les compositions : les breaks qui suivent les deuxièmes refrains remplacent le traditionnel solo obligatoire et se développent de façon très intéressante. Ce sont des morceaux dans le morceau et on se demande à chaque fois comment le groupe va retomber sur ses pattes. Principal compositeur, Rick Nielsen ne tombe jamais dans l’esbroufe et se rapproche par là d'un Pete Townshend (tous deux également grands moulineurs à tours de bras sur scène). « Cry Cry » est un blues plus lent cosigné par Zander et Pertersson et accuse un petit coup de fatigue. « Oh, Candy », plus poppy, sera sans surprise (et sans succès) le single de l'album. Mais là encore, sous un air entraînant, la chanson traite du suicide de Marshall Munts (M&M, d'où le bonbon du titre), un ami photographe du groupe. Le morceau plus sucré que les autres laisse entrevoir la direction que Nielsen & co prendront bientôt.

On quitte la face A du vinyle et on attaque la face... 1. Etait-ce une erreur d'impression ou une façon audacieuse de dire que l'album était homogène et ne contenait pas de titres faibles ? Toujours est-il que ça repart sur les chapeaux de roue avec « Hot Love », un rock up-tempo avec une basse maltraitée comme il se doit. « Speak Now or Forever Hold Your Peace » est une reprise de Terry Reid qui vaut pour sa montée en puissance qui fonctionnera à merveille en live. « He's a Whore » traite à priori d'un gigolo, un sujet scabreux pour l'époque même si d'après Nielsen l'image de la prostitution peut tout autant s'appliquer au business de la musique. À noter que Johnny Ramone a déclaré s'être inspiré du riff de CHEAP TRICK pour pondre « KKK Stole My Baby Away ». Qui a dit Punk ? « Mandocello » est une superbe et sombre ballade emmenée par la basse ronde et métallique de Petersson. Zander y côtoie les anges et Nielsen sort le grand jeu, slide, arpèges et solo. Un bijou. L'album se termine en apothéose avec « The Ballad of TV Violence (I'm Not the Only Boy) », une bluette contant les aventures du tueur en série Richard Speck finissant dans un déluge sonore.

Rien à jeter dans ce premier album nihiliste, sombre jusqu'à la pochette de CHEAP TRICK, véritable brûlot servi par la production idéalement rugueuse de Jack Douglas. Le disque sera salué par les critiques mais ne réalisera pas de bonnes ventes. Epic entrevoit déjà une autre direction pour le groupe et on ne retrouvera jamais plus ce côté subversif, tranchant et dangereux chez CHEAP TRICK. Que ceux qui ne connaissent pas le groupe s'empressent de le découvrir. Et que ceux pour qui ce n'est qu'un groupe de power pop redonnent une chance à cet album, ils y feront la rencontre d'un groupe... punk.

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   JASPER LEE POP

 
  N/A



- Robin Zander (chant, guitare rythmique)
- Rick Nielsen (guitares)
- Tom Petersson (basse)
- Bun E. Carlos (batterie)


1. Elo Kiddies
2. Daddy Should Have Stayed In High School
3. Taxman, Mr Thief
4. Cry, Cry
5. Oh, Candy
6. Hot Love
7. Speak Now Or Forever Hold Your Peace
8. He's A Whore
9. Mandocello
10. The Ballad Of Tv Violence (i'm Not The Only Boy)



             



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