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- Style : The Beatles , The Move , Electric Light Orchestra
- Membre : Bun E. Carlos
- Style + Membre : Robin Zander

CHEAP TRICK - In Color (1977)
Par JASPER LEE POP le 10 Mai 2016          Consultée 846 fois

« Accusé Tom Werman, levez-vous ! Reconnaissez-vous avoir eu la main lourde en produisant le In Color de Cheap Trick ? »
« Je concède volontiers que je n'y suis pas allé avec le dos de la cuillère, monsieur le président. Mais qui sait si le groupe aurait cartonné au Japon avec un son plus mordant ? »
« Mouais, c'est pas faux. Dans le doute, je lève les charges d'outrage au rock'n'roll qui pèsent contre vous et vous autorise à reprendre vos activités hôtelières*. »

Depuis le milieu des années 90, Nielsen et ses collègues ne manquent pas une occasion de vilipender le producteur Tom Werman en lui reprochant le son trop propret de In Color. Mécontents du résultat en studio et obligés de repartir en tournée une fois l'enregistrement bouclé, on leur aurait promis que le mixage corrigerait le tir. Le résultat fut au contraire encore plus mou du genou et les quatre de Rockford se sentirent trahis. Mais alors pourquoi le groupe a-t-il rappelé Werman pour les deux albums suivants (indisponible, il aurait même dû s'occuper du fameux live au Budokan) s'ils étaient si peu satisfaits de ses services ? Plus troublant encore, le son de CHEAP TRICK serait encore plus aseptisé dans les années 80. Il faudrait savoir, les gars.

Ce qui est surprenant, c'est que le deuxième album de CHEAP TRICK qui nous occupe ici sort la même année que son prédécesseur. Un monde sépare pourtant les deux et pas uniquement à cause de la production. On voit bien avec le recul que le changement de direction obéissait à une stratégie marketing d'ensemble et il suffit déjà pour s'en convaincre de jeter un coup d'œil à la pochette. Là où celle du premier disque nous montrait le groupe au complet, celle d'In Color annonce la tendance pour les prochaines galettes et fait le tri : le recto avec les deux beaux gosses Zander et Petersson pour plaire aux filles et le verso avec les deux trublions Nielsen et Carlos. Pas bête, le groupe saura à chaque fois désamorcer l'artifice commercial un peu gros avec une bonne dose d'humour. Ici, les deux Apollons trônent sur des grosses cylindrées rutilantes sur une photo en couleur tandis que les deux zèbres chevauchent deux pétrolettes sous-dimensionnées sur un cliché en noir et blanc imprimé à l'envers.

Musicalement ensuite, les compositions de Nielsen vont prendre un coup de rabot. À l'exception de « Downed » qui affiche 4 minutes et 12 secondes, toutes les chansons font plus ou moins trois minutes. Terminés les breaks trop aventureux du premier albums, on veut du concis, du calibré pour les radios américaines. Et puis on y revient, le tout nous est servi dans une production sacrément lustrée. Exit le côté punk mal appris de l'opus précédent mis en avant par un Jack Douglas soucieux de rendre justice au groupe qu'il avait découvert sur scène. Ici, les chromes brillent de partout, les guitares sont moins acérées, la batterie de Carlos est cartonneuse, la basse est moins métallique, davantage dans les médiums et l'accent est mis sur les chœurs (et si on peut faire des reproches à Werman, le boulot sur les chœurs est sublime).

N'empêche que stratégie commerciale ou pas, il s'agirait de ne pas de bouder son plaisir parce que les dix compos d'In Color font mouche. L'expéditif « Hello There » (1,41 minute) est le morceau parfait pour ouvrir un album et leur servira aussi pour ouvrir leurs concerts pendant des années à venir. Nielsen explique l'avoir composé dans ce but, le groupe ne disposant pas toujours de soundcheck, il valait mieux ne pas prendre de risque en démarrant avec un morceau plus mélodique. The Hives nous referaient il y a peu de temps exactement le même coup avec « Come On » sur l'album Lex Hives. L'enchaînement avec « Big Eyes » drivé par la basse ronflante de Petersson est diablement efficace. « Downed » s'aventure en terre psychédélique avec des paroles classiquement floues pour se prêter à différentes interprétations. Et puis arrive « I Want You to Want Me », ritournelle bubblegum aux accents country avec piano honky tonk qui commence par le refrain histoire d'enfoncer le clou d'entrée de jeu. Composée par Nielsen plus pour rigoler qu'autre chose et laissée de côté lors du premier album, elle sera le second single extrait d'In Color. Sur ce coup-là, Werman en a vraiment fait des tonnes et la chanson dégouline de guimauve. Échec aux states, elle va cartonner au Japon où le groupe ira enregistrer un album live de référence et c'est la version en concert de cette chanson tout à coup moins vulgaire qui les fera exploser dans leur propre pays. Le reste de l'album est de haute volée entre un véloce « Clock Strikes Ten », premier single et hommage lointain au « Rock Around the Clock » de Bill Haley et « Southern Girls », clin d'œil aux Beach Boys propulsé par la batterie de Carlos. On finit en beauté avec « So Good to See You », probablement la chanson la plus Beatlesque de toutes avec un travail splendide sur les harmonies vocales.

Les trente-et-une minutes de l'album arrivent à leur terme et on est bouche bée devant autant de facilité à pondre des mélodies aussi imparables. Ah, si seulement ces morceaux avaient pu bénéficier d'une production moins aseptisée, se dit-on. Quoi, vous en rêviez ? Eh bien ils l'ont fait. En 1998, le groupe s'enfermait en studio avec Steve Albini pour ré-enregistrer In Color avec l'intention de sortir le produit de ces séances. Ça ne se fera pas. Sauf qu'un employé des studios fait fuiter les bandes et qu'elles flottent depuis sur le net. Il faut comparer ce qui est comparable et vingt ans séparent les deux enregistrements. Et puis surtout, les bandes piratées ne sont pas finalisées, ce sont des prises lives avec quelques overdubs et les chœurs font cruellement défaut. Certains morceaux retrouvent une vraie jeunesse mais si on est content de retrouver des guitares tranchantes, celles-ci bavent paradoxalement un peu trop comme souvent chez Albini. Bref, le mix idéal serait entre les deux et reste à faire. On trouve en outre sur les bonus de ce pirate une version du « I'm Losing You » de John Lennon histoire de rappeler que Nielsen et Carlos avaient participé aux séances de Double Fantasy avant d'être mystérieusement congédiés par la dictatrice Yoko Ono.

Malgré la patine de Werman, In Color ne décollera pas dans les charts US mais on l'a vu, le groupe à la côte au Pays du Soleil Levant. Patience...

* Véridique. Tom Werman a mis fin à sa carrière de producteur et tient depuis un B&B de luxe dans le Massachusetts (Stonover Farm). Ça n'est pas très bon marché alors si je pouvais avoir une nuit offerte contre cette publicité...

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   JASPER LEE POP

 
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- Robin Zander (chant, guitare rythmique)
- Rick Nielsen (guitares)
- Tom Petersson (basse)
- Bun E. Carlos (batterie)


1. Hello There
2. Big Eyes
3. Downed
4. I Want You To Want Me
5. You're All Talk
6. Oh, Caroline
7. Clock Strikes Ten
8. Southern Girls
9. Come On, Come On
10. So Good To See You



             



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