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- Membre : The Velvet Underground , John Cale , Lou Reed And John Cale , Metallica, Antony And The Johnsons, Reed / Anderson / Zorn

Lou REED - Street Hassle (1978)
Par LE BARON le 7 Juin 2016          Consultée 1908 fois

Sur la photo, Lou a remis ses lunettes noires. Il les avait ôtées le temps d'un Rock And Roll Heart pas très convaincant, il les remet. Bon signe. Cet album est un des meilleurs. Il reste pourtant largement méconnu du grand public, qui se cantonne généralement à Transformer, Berlin, et parfois New-York. Alors bien sûr, Street Hassle est plus âpre, plus rugueux. Mais si la musique, plutôt rock, est lourde et lente, elle dégage tout l'espace nécessaire pour Lou REED, sa voix et ses textes. De plus, c'est un enregistrement mi live mi studio utilisant la technique du binaural.

Le binaural est une tentative de reproduction du son au plus proche de la réalité. Plutôt qu'un microphone, on en utilise deux, distants de l'équivalent de l'espace entre deux oreilles. C'est supposé reproduire la spatialisation du son, c'est à dire le phénomène qui nous permet de savoir d'où il provient (non seulement de gauche ou de droite, mais également à quelle distance il se trouve). Je ne suis pas sûr que la technique soit aussi réussie que cela, mais cela donne en revanche une grande proximité avec le chanteur. Au casque, cela donne l'impression que Lou est dans votre tête. Ce qui est en soi une expérience.

L'album démarre par "Gimmie Some Good Times". Rock mid-tempo, mais début fracassant. Lou REED se parodie lui-même, reprenant les paroles de "Sweet Jane", en les commentant, comme s'il était un autre : "Hé, si c'est pas le Rock'n'Roll Animal lui-même ? (…) Sans déconner !", etc. Et cela enchaîne sur ce que l'on pourrait traduire par "Donne-moi du bon temps, donne-moi de la douleur, peu importe que tu sois si laid, pour moi cela revient au même". La voix est blanche, un peu bancale, presque geignarde. Elle est doublée et imparfaite, ce qui informe sur le type de "bon temps" que l'on peut passer avec Lou.

"Dirt", écrite pour son ancien avocat et manager est une merveille. On pourrait croire au retour de la teigne, mais non. Il ne s'agit pas ici de violence verbale. Lou se montre surtout hautain, voire méprisant. Encore une fois, le texte est bien écrit et plutôt drôle, mais c'est le ton de la voix qui emporte l'adhésion complète : toujours blanche, comme à bout de souffle, mais pleine de fiel et de mépris. Notons également la mention de "I fought The Law", de Bobby FULLER, celle-la même qui sera reprise par The CLASH. Lou atteint un sommet d'arrogance à la fin du morceau, lorsqu'il chante "You're just Dirt, that's all you're worth, cheap, cheap dirt".

Vient ensuite "Street Hassle", le morceau titre. Il s'agit en fait de 3 textes mis bout à bout : "Waltzing Matilda" narre, sur un motif répété pour cordes, la rencontre entre une femme et son gigolo. C'est évidemment très sexuel, cru et détaillé. Mais pas sordide. La rencontre est tarifée mais sans violence, et laissera un bon souvenir à chacun. "Street hassle", en revanche, est beaucoup plus dure. Et montre une fois de plus le talent de conteur de Lou. Il s'agit d'un monologue : Une fille ne respire plus, elle a pris trop de quelque chose, il faudrait la faire disparaître, la remettre dans la rue, parce-qu'expliquer tout à la police pourrait être problématique, etc. La scène comprend la fille morte, la personne qui l'a amenée, et un troisième larron qui encourage le deuxième à la remettre dans la rue. Lou REED a déjà agi ainsi : il fait parler le témoin plutôt que celui qui est directement concerné. Cela permet de montrer que le témoin n'est pas non plus très clair, bien qu'il s'en défende et cherche à rejeter la culpabilité sur l'autre. Une pépite. Dernier "mouvement", "Slipaway", très belle "Torch-song". La surprise, c'est l'interprète : Bruce SPRINGSTEEN, qui passe par là, et que Lou emploie sans doute pour sa sincérité. L'interprétation de Bruce est en effet très premier degré, dénuée de toute ironie. Le texte devient donc touchant et beau.

La deuxième partie de l'album (et face B du LP) est plus légère, mais également de très bonne tenue. "I Wanna Be Black" est très drôle. Lou reprend tous les clichés possibles sur les noirs (avoir une petite amie appelée Samantha, une écurie de prostituées, être tué au printemps, comme Martin Luther King, et en avoir une grosse, bien sûr ! Tout cela plutôt que d'être un lycéen de la classe moyenne, etc.) et les reprend à son compte. Un peu comme s'il voulait être un personnage des films de baxploitation. C'est évidemment très décalé.

Notons également "Real Good Time Together", et son incroyable réverbération. On est dans le goût de Lou pour les chansons simples et souvent stupides. Beaucoup plus réussi que les essais de Rock And Roll Heart, parce-que Lou y déploie réellement l'énergie propre au rock.

Les trois derniers morceaux sont moins forts, mais ils ne sont nullement désagréables. Et il est probable que leur relative "faiblesse" provienne avant tout de leur place dans la set-list. La première partie est effet tellement puissante qu'il est difficile de maintenir le niveau. Prenons donc la fin de l'album comme une tentative de Lou REED de nous remettre sur pieds passé le choc du début. Il clôt d'ailleurs l'ensemble par un "Wait" pop tout à fait agréable. A croire que Lou s'adoucit finalement avec le temps ? Peut-être.

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   LE BARON

 
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- Lou Reed (guitare, basse, piano, chant)
- Stuart Heinrich (guitare, chœurs)
- Michael Fonfara (piano)
- Marty Fogel (saxophone)
- Steve Friedman (basse, chœurs)
- Jeffrey Ross (guitare, chœurs)
- Michael Suchorsky (batterie)
- Aram Schefrin (arrangement cordes)
- Jo'anna Kameron, Angela Howard, Christin (chœurs)
- Bruce Springsteen (chant sur street hassle: slipaway - non crédité su)


- street Hassle
1. Gimmie Some Good Times
2. Dirt
3. Street Hassle (1.waltzing Matilda / 2.street Hassl
4. I Wanna Be Black
5. Real Good Time Together
6. Shooting Star
7. Leave Me Alone
8. Wait



             



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