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- Membre : The Velvet Underground , John Cale , Lou Reed And John Cale , Metallica, Antony And The Johnsons, Reed, Anderson, Zorn

Lou REED - Magic And Loss (1992)
Par LE BARON le 26 Octobre 2016          Consultée 702 fois

1992 : après New-York et Songs For Drella, Lou REED, dont la mue est décidément permanente, a atteint un nouveau stade. A 50 ans, il est désormais – enfin ?- un auteur à part entière. Ses deux derniers disques ont eu du succès, et notamment une reconnaissance critique inespérée mais largement méritée après les errements années 80. Il faut dire qu'il a su se renouveler une fois de plus et, pour le meilleur, renouer avec ce qu'il fait de mieux : écrire.

Magic And Loss est un album particulier. Il est entièrement consacré à la maladie et à la mort, le tout agrémenté de pincées de philosophie, voire de mysticisme. Comme toujours, Lou REED s'inspire de sa propre expérience, ici son accompagnement de deux amis qui mourront du cancer : Doc Pomus* et Rita**. En véritable auteur, Lou REED transpose ce qu'il a observé et vécu. Cela donne des chansons abordant la maladie de différents points de vue ou à différents moments : dans « Magician », Lou REED imagine le dialogue intérieur du mourant, la souffrance, les regrets, le refus de mourir. « Sword Of Damocles » parle de chimiothérapie. « Goodby Mass et « Cremation » évoquent bien sûr les funérailles. Viennent ensuite des chansons sur l'absence et les remords de ceux qui vivent encore : « No Chance », « Gassed and Stoked ». Ces sombres histoires sont de plus introduites et conclues par des textes plus généralistes sur la vie, et la mort bien sûr !

Bon, j'imagine que pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas cet album, la description que j'en fais peut donner à croire que l'atmosphère est un peu lourde. Eh bien non. Car Lou REED nous raconte l'ensemble à sa manière, c'est à dire simplement, à hauteur d'être humain, prenant en considération toutes les émotions qui peuvent traverser quiconque passe par ce type de drame intime. Il y a de la tristesse, oui, mais également de la colère, du désarroi, de l'humour, et pour finir une certaine sérénité.

Le sujet est pesant, certes, mais la façon dont Lou REED en explore les différentes facettes de manière lucide, parfois à la limite du regard clinique sur lui-même, est formidable. Et en excellent raconteur d'histoires, il nous fait vivre ses émotions, mais toujours en creux. Plutôt que d'évoquer, par exemple, l'absence en tant que telle, il chante la façon dont il se remémore une chaise rouge, dans laquelle s'asseyait le mourant. Ou bien il imagine comment le mort, commentant sa crémation à venir, pourrait dire quelque chose comme : « demain, je pars en fumée ». Il s'agit donc d'esquisser les choses, pas de les expliquer ni de se complaire dans l'introspection. Et cela laisse à chaque auditeur la possibilité de former ses propres images, au regard de ce qu'il a vécu. Comme toujours lorsqu'il est bon, Lou REED n'impose rien, il propose.

Au fond, il est désormais un moraliste. Si la forme littéraire qu'il emploie n'a rien à voir avec La Rochefoucauld ou Chamfort, le fond en est proche. Il observe la vie, et se permet d'en tirer des conclusions, mais elles restent ouvertes. « What's Good », second morceau de l'album, et véritable introduction du propos, est du Lou REED pur sucre, montrant si bien l'absurdité de la vie et à quelle injustice il faut faire face, mais, encore une fois, sans aucune emphase. Lou REED dépeint les choses par leur contour. Sculpteur, il taillerait des pierres pour ôter le trop-plein de matière. Peintre, c'est l'eau-forte qui lui conviendrait.

Disons également un mot de « Magic And Loss », la chanson titre, qui clôt l'album par ce qui reste un excellent résumé de l'ensemble. Après avoir traversé toutes les émotions fortes et souvent tragiques de l'existence, Lou REED en arrive à cette conclusion : « There's a bit of magic in everything / and then some loss to even things out*** ». Ite missa est.

Je ne peux pas ne pas dire un mot de la musique, tout de même ! Eh bien sans surprise, elle est sobre, et n'est là que pour soutenir le texte, c'est à dire à la bonne place. Même lorsque Lou REED dégaine sa guitare comme sur « Dorita », c'est sans excès. Mike RATHKE, qui accompagnera encore longtemps Lou REED, a su canaliser l'animal. L'autre belle surprise de l'album, c'est la présence de l'immense Little Jimmy SCOTT, dont la voix est si troublante sur « Power And Glory ».

Alors bien sûr, nous sommes loin, très loin de « Sweet Jane ». Pas de riff ravageur, pas de bon vieux rock qui pousserait à se trémousser. Cet album est intense, mérite d'être écouté attentivement, et intégralement. Lors de la tournée suivant la sortie du disque, Lou REED le jouera d'ailleurs en entier, et n'en a jamais joué d'extrait lors des tournées suivantes. Tout, ou rien. Très Lou REED comme posture, mais cela se comprend. Œuvre à part chez ce musicien qui l'est déjà, ce disque est un sommet.


*De son vrai nom Jerome Solon Felder, chanteur mais surtout prolifique auteur de chansons, il a notamment écrit pour Elvis PRESLEY, Ray CHARLES, Dusty SPRINGFIELD, etc. C'est lui qui fera travailler Lou REED au début des années 60, avant le VELVET UNDERGROUND.

**De son vrai nom Kenneth Rapp, Rita fréquentait la Factory de Warhol. Lou REED l'a déjà mentionnée dans « Halloween Parade », sur l'album New-York.

*** « Il y a un peu de magie en chaque chose / et puis vient la perte qui remet tout en place. » J'emprunte la traduction à François Gorin. Le texte est en effet traduit en français, entre autres, dans le livret, preuve que Lou REED sait qu'il tient du lourd ! Cela peut d'ailleurs permettre aux non-anglophones de se plonger dedans.

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   LE BARON

 
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- Lou Reed (voix, guitare acoustique et électrique)
- Mike Rathke (guitare acoustique, électrique et casio)
- Rob Wasserman : Contrebasse électrique 6
- Michael Blair (percussions, batterie, chœurs)
- Roger Moutenot (choeurs sur 'what's good')
- The Legendary Little Jimmy Scott (choeurs sur 'power and glory')


- magic And Loss
1. Dorita - The Spirit
2. What'good - The Thesis
3. Power And Glory - The Situation
4. Magician - Internally
5. Sword Of Damocles - Eternally
6. Goodby Mass - In A Chapel Bodily Termination
7. Cremation - Ashes To Ashes
8. Dreamin' - Escape
9. No Chance - Regret
10. Warrior King - Revenge
11. Harry's Circumcision - Reverie Gone Astray
12. Gassed And Stoked - Loss
13. Power And Glory Part Ii - Magic - Transformation
14. Magic And Loss - The Summation



             



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