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- Membre : The Velvet Underground , John Cale , Lou Reed And John Cale , Metallica, Antony And The Johnsons, Reed, Anderson, Zorn

Lou REED - Ecstasy (2000)
Par LE BARON le 23 Décembre 2016          Consultée 512 fois

La vie de rocker est épuisante. Les années passent et il faut remettre sa guitare en bandoulière, la brancher dans l'amplificateur et tâcher de retrouver l'énergie brute de ses 20 ans. Pas pour rien que le passage en studio se fait de plus en plus rare au fil du temps, le rocker fatigué préférant souvent monnayer ses succès passés à grands coups de compilations ou d'enregistrements Live proposant toujours la même liste de chansons. Mais Lou REED, à l'approche de la soixantaine et embourgeoisé, a encore quelques trucs à dire.

« Paranoia Key Of E » entame le disque avec une basse lourde, cradingue, qui ouvre un rock posé, mesuré, sorte de base solide permettant à REED de déployer son art du talk-over. Et il le fait non seulement avec talent, mais avec conviction. Il faut quand même connaître parfaitement son métier pour parvenir à vous embarquer avec une mise si sobre. La section de cuivres qui finit par entrer enrichit parfaitement le propos, et au bon moment. L'ensemble, délicat, révèle une certaine classe. On peut alors passer à côté du texte, savoureuse adresse à une femme par un homme en colère. Colère froide, ironie réfrigérante, le tout balancé avec l'air de ne pas y toucher. La classe, ai-je écrit.

Il est beaucoup question d'histoires de couples tout au long de l'album, d'ailleurs. Couples qui s'aiment, se déchirent. Ce n'est en soi guère passionnant, mais Lou REED reste un excellent peintre de l'instant et de la contradiction intérieure. Alors, même marié de nouveau, cette fois à Laurie ANDERSON, il évite l’écueil de la célébration stupide du bonheur conjugal dont il nous avait déjà gratifié par le passé*. Lou REED a gagné en dignité ce qu'il a perdu en spontanéité, avec le temps. Cela lui va bien.

 « Ecstasy », la chanson titre, est une autre belle surprise. Cela commence une fois de plus par une ligne de basse, cette fois ronde et chaloupée. Quelques discrètes percussions s'y adjoignent, puis la guitare de Mike RATHKE, et la voix si chaude de Lou REED, qui vient nous raconter sa rencontre avec une femme, prénommée Ecstasy. Quels que soient les doubles sens que l'on y mettra, c'est excellent.

Il y a aussi « Tatters », qui sort du lot, et ce « Rock Minuet » dont la musique n'est pas du meilleur goût, mais dont le texte renoue avec plusieurs sujets phares de REED : un personnage en tue un autre à coup de couteaux dans une ruelle, en pensant à son propre père. Le talent de Lou REED permet que l'on soit happé par cette sombre histoire, alors qu'elle aurait pu s'avérer ridicule, caricaturale, et même auto-parodique. Mais la noirceur de Lou REED est habitée, une fois de plus, et son écriture ciselée, sèche, fonctionne d'autant plus qu'il nous délivre l'histoire avec la distance d'un véritable narrateur. Difficile de ne pas penser à « Street Hassle », l'emphase – et le speed – en moins.

Ecstasy est donc formé de chansons rock faussement tranquilles. La sobriété de la musique ne doit pas masquer le très grand talent du groupe. La qualité d'interprétation de REED atteint un sommet, et son trio d'accompagnateurs** est excellent. Même si certaines chansons sont plus faibles, Lou REED n'a pas à en rougir. Plus sombre que Set The Twilight Reeling, Ecstasy ne se présente pas comme les coups de poing qu'ont pu être certains albums passés. Ce n'est pas non plus de l'ordre de la caresse, ou alors au gant de crin. Mais il faut se plonger dedans pour s'en rendre compte, et se retrouver happé. Débarrassé de sa fureur, Lou REED est d'autant plus convaincant qu'il ne met plus de personnage en scène, juste lui-même et son grand et noir talent.



* Je pense par exemple à «Heavenly Arms», sur The Blue Mask, qui nous les brisait tout de même menues.

**On retrouve Mike RATHKE, Fernando SAUNDERS et Tony « Thunder » SMITH

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Lou REED
Street Hassle (1978)
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   LE BARON

 
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- Lou Reed (voix, guitare, percussions sur'white prism')
- Mike Rathke (guitare)
- Fernando Saunders (basse, chœurs)
- Tony 'thunder' Smith (batterie, percussions, chœurs)
- Don Alias (percussions sur 'ecstasy')
- Laurie Anderson (violon électrique sur 'white prism', 'rouge', 'roc)
- Steven Bernstein (trompette, arrangements cuivres)
- Doug Wieselman (saxophones ténor et baryton)
- Paul Shapiro (saxophone ténor)
- Jane Scarpantoni (violoncelle)


- ecstasy
1. Paranoia Key Of E
2. Mystic Child
3. Mad
4. Ecstasy
5. Modern Dance
6. Tatters
7. Future Farmers Of America
8. Turning Time Around
9. White Prism
10. Rock Minuet
11. Baton Rouge
12. Like A Possum
13. Rouge
14. Big Sky



             



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