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1987 Opus Dei
1996 Jesus Christ Supersta...
 

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LAIBACH - Bremenmarsch (2020)
Par JOVIAL le 12 Décembre 2020          Consultée 426 fois

La sortie de Bremenmarsch vient combler un vide assez surprenant dans la discographie de LAIBACH. Des albums live, on en comptait déjà une dizaine, dont une moitié se concentre cependant essentiellement sur les premières années du groupe de 1982 à 1985, les autres s'éparpillant des années 1990 aux années 2000. Mais concernant la grande époque de la formation slovène, celle d'Opus Dei, il n'y avait absolument rien, hormis quelques inévitables bootlegs aujourd'hui bien introuvables. C'est pourtant à ce moment-là que LAIBACH commence véritablement à sortir de l'anonymat en Europe, avec à la clé une signature prestigieuse chez les Londoniens de Mute Records en 1986 et aussi ses premiers scandales. On se souvient notamment de l'intervention de la MANO NEGRA chez Michel Denisot en 1992, palabrant sur la « peste brune » et le groupe de Trbovlje. Exemple néanmoins plus symbolique que véritablement symptomatique de l'époque, car généralement les Slovènes tournent en Europe – de l'Ouest, évidemment – sans rencontrer la moindre difficulté.

Il faut imaginer ce que pouvait être un concert de LAIBACH dans ces années-là. Des projecteurs proprement aveuglants voire épileptiques, un volume sonore assourdissant et un groupe sans aucune considération pour son public. Aucun remerciement, aucun sourire, aucune communication même pour les quelques curieux venus se presser au pied de la scène. Des visages figés, implacables et un chanteur qui toise comme un petit chef, évoluant tous ensemble dans un décor grotesque, avec, en toile de fond, la gigantesque croix de Malévitch. Sur les côtés figurent déjà les bannières frappées du logo du groupe, une autre croix dans un engrenage. Des bois de cerf aussi, l'un des symboles du NSK State, État fictif créé par le collectif du Neue Slowenische Kunst. Une gestuelle également bien rodée, que le quatuor répète inlassablement à chaque représentation. Le but ? Provoquer le maximum d'émotions collectives et déclencher une réponse automatique des masses. La conséquence ? Discipliner un public révolté et aliéné, en réveillant le sentiment d'une totale appartenance et d'un engagement auprès d'un Ordre Supérieur. Le résultat ? En mettant de côté son intellect, le spectateur devient consommateur, réduit à un état d'humble repentir, d'aphasie collective qui devient à son tour le principe même de l'organisation sociale (1).

Pour autant, LAIBACH n'était pas vraiment réputé pour la qualité de sa musique en live, quittant la salle devant un auditoire souvent perplexe quant à la performance proposée.

Rien de plus normal cependant. Chez nos Slovènes, la prestation scénique passait avant tout chose, les musiciens se contentant alors de suivre les collages enregistrés en studio. Bremenmarsch, enregistré à Brême en décembre 1987, le rappelle à plusieurs reprises. Soli de guitare hasardeux, harmonica hors-sujet, cuivres à la limite de l'amateurisme et improvisations manquées, le groupe nous semble parfois un peu gauche, voire malhabile. Mais était-ce réellement de la maladresse ? Ne pourrait-on pas plutôt y voir une énième provocation destinée à moquer QUEEN et les autres dieux du genre (2) ? N'oublions pas que nous étions pour lors à l'apogée du stadium rock et de ses monstrueuses grand-messes, glorifiants les artistes tels des héros modernes. Le groupe établit un parallèle avec les immenses rassemblements des systèmes totalitaires. On pense évidemment à Nuremberg, notamment lorsque le leader annonce à la foule que "Machen wir Deustchland widier frei" (3) sur "Država", mais c'est aussi un discours de Tito que l'on entend sur le même titre.

Que serait donc LAIBACH sans Milan FRAS ? Difficile de l'imaginer à l'écoute de ce live. Le chanteur slovène est omniprésent, encourangeant, sermonant, menaçant le public, hurlant parfois jusqu'au délire. Sa performance est l'un des grands points forts de Bremenmarsch. Il faut aussi dire quelques mots sur le set-list, très bien construit, contenant surtout des titres de Nova Akropola et Opus Dei, dont les inévitables "Država", "Leben heisst Leben", "Geburt einer Nation", mais aussi des morceaux plus inattendues, tel "Krst" (Krst Pod Triglavom) ou bien deux inédits en 1987, "Agnus Dei" et "Wutachschlucht", à retrouver sur Macbeth. Notez encore une nouvelle version de "Krvava Gruda – Plodna Zemlja", très différente de l'original et assez peu convaincante. Le manifeste "Ti, Ki Izzivaš" provient quant à lui des expérimentations plus sombres de Rekapitulacija. Enfin, la qualité sonore est ici bien supérieure aux autres live (Ljubjana – Zagreb – Beograd en particulier), il est vrai plus difficile d'accès. En revanche, on ne saurait que trop conseiller l'écoute de celui-ci aux novices du groupe et ce pour toutes les raisons citées plus haut. Bremenmarsch est en quelque sorte le best-of live de la première décennie de LAIBACH, l'éclairant sous son meilleur angle, puissant, décadent et jubilatoire.

(1) Selon le groupe lui-même, comme rapporté dans l'excellent ouvrage d'Éric Dubois Industrial Musics (Camion Blanc – 2009)
(2) Sur Opus Dei, le groupe a d'ailleurs repris "One Vision" de QUEEN avec "Geburt Einer Nation", référence évidente au film "Naissance d'une Nation" de D. W. Griffith, mais aussi au programme fictif du NSK, créer une nouvelle nation slovène, voire une nouvelle nation slave ou européenne, autre clin d'œil à "l'homme nouveau" des systèmes totalitaires.
(3) "Rendons l'Allemagne libre à nouveau".

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1. Intro (radio Announcement)
2. Leben-tod
3. Država (machen Wir Deutschland Wieder Frei)
4. Trans-national
5. Krvava Gruda - Plodna Zemlja
6. Die Liebe
7. Ti, Ki Izzivaš
8. Krst
9. How The West Was Won
10. Leben Heisst Leben
11. Geburt Einer Nation
12. Agnus Dei (acropolis, Exil Und Tod)
13. Wutachschluch (fragment)
14. Life Is Life



             



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