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LAIBACH - M.b. December 21, 1984 (1997)
Par JOVIAL le 13 Novembre 2014          Consultée 555 fois

Après la sortie du monstrueux Ljubljana-Zagreb-Beograd en 1993, LAIBACH poursuit toujours son travail de déterrage en 1997, exhumant cette fois-ci une autre tournée des entrailles de ses archives, celle de l’année 1984. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre, M.B December 21, 1984 ne concerne aucunement un seul concert en particulier, mais est en fait une compilation de plusieurs extraits enregistrés à Ljubljana, Zagreb et Berlin en 1984 et 1985 (1). Ce live s’inscrit donc dans la suite logique de Ljubljana-Zagreb-Beograd, nous sommes ici quelques deux années après le suicide de Tomaz Hostnik et l’arrivée de Milan Fras au chant, période charnière pour LAIBACH dont la musique restait néanmoins très marquée par ses premières expériences. Entre indus morbide et expérimentations électroniques, ce vieil héritage des Anglais de THROBBING GRISTLE était là poussé jusqu’à son paroxysme et teinté, comme chacun sait, d’une dimension politique très ambigüe. L’attitude du régime yougoslave à l’égard de la formation n’avait par ailleurs pas changé à la mort d’Hostnik et LAIBACH se voyait toujours interdit de représentation, aussi bien en Slovénie qu’ailleurs sur le territoire de la Fédération. Les concerts étaient donc clandestins et annoncés en ville par d’immenses affiches reproduisant la Croix noire de Kasimir Malevitch, ici en artwork.

À l’instar de Ljubljana-Zagreb-Beograd mais aussi de Rekapitulacija 1980–1984, M.B December 21, 1984 est un voyage à travers les abysses de la folie contemporaine. Ce live est littéralement carcéral. On reste attaché à sa chaîne de montage, peu importe que la cadence s’emballe et nous épuise, on subira jusqu’au bout les ordres hurlés dans les haut-parleurs sans parvenir à fuir. Travaille pour le peuple, pour la liberté, pour une nouvelle ère de prospérité et de bonheur, donne ta force et ton humanité, tu n’es plus qu’un robot au service de la Patrie. Les mécaniques rouillées nous broient le dos, les chants stridents des soudeurs nous rendent fous, les fumées noires et toxiques nous désorientent. M.B. December 21, 1984 est la chronique d’un cauchemar futur, que LAIBACH pressent et dénonce à la fois. La Yougoslavie du début des années 1980 n’est plus celle de Tito. Si la Fédération n’est certes pas l’URSS ou la Pologne, la situation s’est grandement dégradée. La pauvreté augmente, les tensions s’exacerbent entre les nations, le pouvoir change de main chaque année, le parti unique aveugle mène le pays droit dans le mur. Varsovie ne vient-elle pas de proclamer la loi martiale ? LAIBACH craint le pire et imagine la suite. Sera-ce un durcissement du régime (« Ti, Ki Izzivas ») ou bien la révolte (« Sila ») ? Les nuages s’accumulent dans le ciel des Balkans, la guerre n’est pas loin (« Sredi Brojev »), on court au massacre (« Dokumenti »). La conclusion se veut pessimiste. La paix après le bain de sang, la « Nouvelle Acropole » s’élevant au-dessus des cadavres des milliers d’ouvriers et de paysans, les colonnes de marbre enfonçant les crânes dans le sol, le défilé des bottes cirées ouvrant une autre ère d’asservissement et de désolation. Ironiquement, il n’y a bien qu‘un discours de « Tito » pour nous remettre dans le « droit » chemin, comme si LAIBACH regrettait le temps où le culte voué à Josip Broz évitait à tous de s’inquiéter pour l’avenir.

M.B. December 21, 1984 est une performance qui rappelle on ne peut plus Ljubljana-Zagreb-Beograd. Milan Fras imite Tomaz Hostnik, son chant rauque si caractéristique n’est encore que hurlements déformés par le grésillement de son micro. Toute la musique n’est que cuivres déchirants, sons métalliques tranchants que peine à contenir une batterie martiale, adoptée comme pour se donner l’illusion d’un contrôle sur sa propre production. LAIBACH improvise, expérimente en temps réel et ne semble jamais vraiment savoir comment le morceau se terminera. Tout cela s’en ressent à l’écoute, ce live est une rude épreuve. La série des « Dokumenti » et son attirail électronique particulièrement oppressant reste étonnamment la plus supportable, alors que « Sredi Bojev » souffre de quelques longueurs au contraire éprouvantes. LAIBACH accommode sa musique industrielle de sonorités qui n’auraient pas déplu aux cousins allemands d’EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN à la même époque : bruits de tôles, guitares distordues à l’extrême et autres sifflements odieux ponctuent chaque morceau. L’ambiance est étouffante, le public pris au piège, la dictature referme ses griffes.

LAIBACH est un groupe aussi habile en studio que sur scène, mais il est sans doute difficile d’apprécier un enregistrement live sur disque que de le voir en vrai. La performance visuelle ajoute une autre dimension que l’auditeur simple ne retrouve pas à l’écoute de M.B. December 21, 1984, à l’instar de ce qu’on avait pu dire pour Ljubljana-Zagreb-Beograd. Ce dernier est cependant supérieur à celui-ci pour deux raisons. La première est que M.B. December 21, 1984 manque parfois du feu qui animait le précédent live, qui prenait aux trippes et surprenait lorsque Hostnik laissait le coma se muer en une fureur épouvantable et toute fortuite. La seconde raison réside dans le choix des certains morceaux, que trop entendus sur les trois premiers albums studios, loin de l’inédit que Ljubljana-Zagreb-Beograd pouvait représenter. Mais au sein de la kyrielle de lives que compte la discographie de LAIBACH, M.B. December 21, 1984 est nettement au-dessus du lot, malheureusement composé en grande partie de disques de mauvaise qualité ou simplement inutiles, et reste donc à ce titre un indispensable pour tous ceux qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances du groupe slovène. Excessif et violent certes, mais bien plus surprenant et immersif que beaucoup des dernières productions.

Note réelle : 3,5/5

(1) Les quatre premiers titres proviennent effectivement d’un concert à Ljubljana le 21 décembre 1984. Le reste est plus tardif puisqu’enregistré en février 1985 pour Berlin, en avril pour Zagreb.

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- Milan Fras (chant)
- Dejan Knez (claviers/guitare)


1. Sodba Veka
2. Ti, Ki Izzivas
3. Sila / Dokumenti
4. Sredi Bojev
5. Nova Akropola
6. Dokumenti Ii
7. Tito
8. Dokumenti Iii
9. Dokumenti Iv



             



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