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LAIBACH - Opus Dei (1987)
Par JOVIAL le 4 Janvier 2011          Consultée 2668 fois

Ce qui m’énerve avec Opus Dei, c’est qu’il est tellement génial, que j’ai peur d’écrire une chronique qui ne soit pas à sa hauteur et d’être incapable de retranscrire sur papier tout le génie de LAIBACH et de sa musique. Car si cet album est actuellement considéré comme une référence de la musique industrielle, ce n’est pas juste à cause de son relatif succès, mais bien par qu’en dessous se terre un disque monstrueux, un coup de massue aussi brutal que parfaitement exécuté, qui est loin, mais très loin de laisser indifférent le plus réticent des hommes. Cela commence d’ailleurs par la pochette en elle-même : un Slave au regard menaçant, cachant un tatouage plus que dérangeant sur sa poitrine. Une croix gammée ? Une faucille et un marteau ? Une référence au très controversé NSK ? Ou tout simplement aucun des trois ? LAIBACH n’en est bien entendu pas à sa première provocation, mais l’écho que l’album aura dans le monde entier divisera les esprits quant aux positions politiques du groupe : de simples totalitaires, ils passeront très vite au rang de groupuscule néo-nazi, ce à quoi Milan Fras rétorquera : « Nous sommes autant fascistes qu’Hitler était peintre ». À chacun d’apprécier cette fantastique réponse… Côté musique, LAIBACH rentre dans une nouvelle ère, et délaisse les morceaux d’ambient morbides et expérimentaux que l’on pouvait encore rencontrer sur Nova Akropola et Baptism, pour se diriger vers des compositions plus martiales, imprégnées d’une rhétorique militaire implacable et d’une propension aux hymnes populaires grandiloquents.

Opus Dei débute d’une manière des plus inattendues, par des covers que l’on aurait pensé retrouver partout, sauf ici. Car ce que reprennent les morceaux « Leben Heißt Leben » et « Opus Dei » n’est autre que le tube « Live is Life » du groupe autrichien Opus. Cela pourrait en faire sourire certains d’entre vous, mais ces deux reprises sont pourtant impressionnantes, et toutes deux très différentes : la première, lourde et pachydermique, nous enterre jusqu’au cou, tandis que la seconde, plus tranchante, nous déterre à coups de pioche. Le chant rauque est de rigueur, et c’est assez jouissif de voir comment LAIBACH transforme un hit de la pop music en deux tueries de la musique industrielle. Autre reprise, et non des moindres, celle de « One Vision », avec « Geburt Einer Nation », puissante, rythmiquement impeccable et véritable joyau au niveau de ses arrangements. Les claviers sont maîtrisés à la perfection, et impose ce style volontairement décadent et menaçant, tout comme le modèle communiste au sein duquel les membres du groupe ont tous grandi. La première partie de l’album reste dans la veine, brutale et sans concession, mais d’une richesse incroyable. « Leben-Tod » et « How The West Was Won » nous écrasent de toute leur masse métallique rouillée, tandis que « F.I.A.T » (terme ambigu, à la fois religieux, militaire et économique) sonne comme une terrible prophétie adressée au monde entier : l’homme a toujours été l’instrument du pouvoir et cela ne changera jamais. « Trans-National » se démarque nettement, par une composition plus agressive, aussi fulgurante qu’une charge de cavalerie prussienne sur l’armée française en déroute à Sedan. LAIBACH y fait évoluer sa musique vers d’autres directions, et jette les bases d’un indus moins terre-à-terre, mais cependant plus difficile d’accès.

La seconde partie de l’album, dont les quatre derniers morceaux sont à l’origine issue du LP Baptism, voit LAIBACH produire une musique plus expérimentale, revenant à des compositions moins brutales, peut-être plus en rapport avec l’ambient des débuts, et bien entendu moins abordable. Si « The Great Seal », glorieux morceau, magnifique et prenant aux tripes tel un hymne national, passera sans difficulté, il vous faudra être patient pour les quatre suivants, excellentissimes mais réellement éprouvants. « Herz-Felde », à grands renforts d’ordres militaires en allemand, vous prépare pour une fin encore plus repoussante : l’inquiétant « Jaegerspiel », bascule petit à petit dans une folie politico-militariste, s’affirmant nettement sur « Koza », où une voix glauque nous incite on ne sait trop guère à quoi. « Krst » enfin, termine l’album de façon démentielle, par une musique m’ayant toujours rappelé la terreur du 1984 de George Orwell. J’en frissonne encore.

Opus Dei est un album dont nul ne ressort indemne, et LAIBACH signe là un incontestable chef d’œuvre. Un brûlot intemporel, provocateur, qui ne plaira pas à tout le monde, c’est certain, mais dont on ne peut en contester la grandeur. Furieusement génial.

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- Milan Fras (chant)
- Dejan Knez (claviers)
- Ervin Markošek (batterie/claviers)
- + Autres ?


1. Leben Heißt Leben
2. Geburt Einer Nation
3. Leben-tod
4. F.i.a.t.
5. Opus Dei
6. Trans-national
7. How The West Was Won
8. The Great Seal
9. Herz-felde
10. Jägerspiel
11. Koža (skin)
12. Krst(baptism)



             



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