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LAIBACH - Opus Dei (1987)
Par JOVIAL le 4 Janvier 2011          Consultée 2965 fois

Ce qui m’énerve avec Opus Dei, c’est qu’il est tellement génial que j’ai peur d’écrire une chronique qui ne soit pas à sa hauteur et d’être incapable de retranscrire sur papier tout le génie de LAIBACH et de sa musique. Car si cet album est actuellement considéré comme une référence de la musique industrielle, ce n’est pas juste à cause de son relatif succès, mais bien parce qu’en dessous se terre un disque monstrueux, un coup de massue aussi brutal que parfaitement exécuté, qui est loin, mais très loin de laisser indifférent le plus réticent des hommes. Cela commence par l'emballage en lui-même. La pochette présente un Slave au regard menaçant, torse nu, posant comme une sculpture d'Arno Breker. Mais c'est surtout son picture-disc qui choque l'opinion, car c'est bien une croix gammée que l'on découvre en ouvrant l'album. La presse s'empare de l'affaire et LAIBACH passe rapidement au rang de groupuscule néo-nazi, ce à quoi Milan Fras rétorque sans broncher : « Nous sommes autant fascistes qu’Hitler était peintre ». Bien peu ont reconnu en réalité la svatiska aux haches de l'artiste allemand John Heartfield, anti-nazi de la première heure. Côté musique, LAIBACH rentre dans une nouvelle ère et délaisse les morceaux d’ambient morbides et expérimentaux que l’on pouvait encore rencontrer sur Nova Akropola et Baptism, pour se diriger vers des compositions plus martiales, plus rock, imprégnées d’une rhétorique militaire implacable et d'une propension aux hymnes populaires grandiloquents.

Opus Dei débute d’une manière des plus inattendues, par des covers que l’on aurait pensé retrouver partout, sauf ici. Car ce que reprennent les morceaux « Leben Heißt Leben » et « Opus Dei » n’est autre que le tube « Live is Life » du groupe autrichien Opus. Cela pourrait en faire sourire certains, mais ces deux reprises sont pourtant impressionnantes et toutes deux très différentes : la première, lourde et pachydermique, nous enterre jusqu’au cou, tandis que la seconde, plus tranchante, nous déterre à coups de pioche. Le chant rauque est de rigueur, et c’est assez jouissif de voir comment LAIBACH transforme un hit de la pop music en deux tueries de la musique industrielle. Autre reprise, et non des moindres, celle de « One Vision », avec « Geburt Einer Nation », puissante, rythmiquement impeccable et véritable joyau au niveau des arrangements. Les claviers, maîtrisés à la perfection, imposent ce style volontairement décadent et menaçant, tout comme le modèle communiste au sein duquel les membres du groupe ont tous grandi. La première partie de l’album reste dans une veine brutale et sans concession mais d’une richesse incroyable. « Leben-Tod » et « How The West Was Won » nous écrasent de toute leur masse métallique rouillée, tandis que « F.I.A.T » (terme ambigu, à la fois religieux, militaire et économique) sonne comme une terrible prophétie adressée au monde entier : l’homme a toujours été l’instrument du pouvoir et cela ne changera jamais. « Trans-National » se démarque nettement par une composition plus agressive, aussi fulgurante qu’une charge de cavalerie prussienne sur l’armée française en déroute à Sedan. LAIBACH y fait évoluer sa musique vers d’autres directions et jette les bases d’un indus moins terre-à-terre, mais cependant plus difficile d’accès.

La seconde partie de l’album, dont les quatre derniers morceaux sont à l’origine issus du LP Baptism, voit LAIBACH produire une musique plus expérimentale, revenant à des compositions moins brutales, peut-être plus en rapport avec l’ambient des débuts, et bien entendu moins abordables. Si « The Great Seal », glorieux morceau, magnifique et prenant aux tripes tel un hymne national, passe sans difficulté, il vous faudra être patient pour les quatre suivants, excellentissimes mais réellement éprouvants. « Herz-Felde », à grands renforts d’ordres militaires en allemand, vous prépare à une fin encore plus repoussante : l’inquiétant « Jaegerspiel » bascule petit à petit dans une folie politico-militariste, s’affirmant nettement sur « Koza », où une voix glauque nous incite on ne sait trop guère à quoi. « Krst » enfin, termine l’album de façon démentielle, par une musique m’ayant toujours rappelé la terreur du 1984 de George Orwell. J’en frissonne encore.

Opus Dei est un album dont nul ne ressort indemne, et LAIBACH signe là un incontestable chef-d’œuvre. Un brûlot intemporel, provocateur, qui ne plaira pas à tout le monde, c’est certain, mais dont on ne peut contester la grandeur. Furieusement génial.

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- Milan Fras (chant)
- Dejan Knez (claviers)
- Ervin Markošek (batterie/claviers)
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1. Leben Heißt Leben
2. Geburt Einer Nation
3. Leben-tod
4. F.i.a.t.
5. Opus Dei
6. Trans-national
7. How The West Was Won
8. The Great Seal
9. Herz-felde
10. Jägerspiel
11. Koža (skin)
12. Krst(baptism)



             



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