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LAIBACH - Let It Be (1988)
Par JOVIAL le 23 Octobre 2011          Consultée 2103 fois

Succéder au chef d’œuvre que fut Opus Dei n’était pas une mince affaire pour LAIBACH. La barre avait été mise très haut, et il aurait été difficile de la dépasser en s’enfermant dans le même style. Nos Slovènes l’ont bien compris, c’est pourquoi leur 5ème opus sera tout à fait différent. Vous avez sans doute déjà pu le constater par vous-même en contemplant cette pochette, ce titre et cette tracklist, interloqué par le fait de savoir si il y avait un rapport ou non avec les Beatles. Le projet semble osé, voire dangereux, mais vous avez tout bon : LAIBACH a bel et bien décidé de reprendre le dernier album des Fab Four à la sauce indus. Cette reprise n’est cependant pas intégrale, quelques morceaux originaux manquent à l’appel, et en particulier le titre éponyme « Let it Be », qui donne pourtant son nom à l’album. Est-ce par simple provocation ou alors par respect que le groupe a choisi de l’écarter de son projet ? Mystère, Dejan Knez et Milan Fras sont toujours restés muets sur ce sujet. Peut-être aussi que l’atmosphère de « Let it Be » ne convenait pas à cet album de reprises. Enfin, peut-on réellement parler de reprises ? LAIBACH a massacré l’œuvre originale, fusillé les gentils morceaux de Lennon et McCartney et nous propose une version méconnaissable des « Get Back » et consorts. On pourrait presque dire que la seule chose à être vraiment reprise, ce sont les textes, scrupuleusement respectés. La musique elle, est signée Dejan Knez et ses sbires, qui délaissent d’ailleurs l’univers brutal d’Opus Dei, pour se diriger vers des compositions plus complexes, ou du moins plus diversifiées. Ne vous attendez pas pour autant à entendre un LAIBACH assagi : puissance et violence insidieuse sont encore, et heureusement, les maîtres mots de cette musique si particulière.

Alors que les Beatles l’avait relégué à un morceau de seconde zone lorsque « Let it Be » fut écrite, LAIBACH fait de « Get Back » son morceau d’ouverture. Démarrant au quart de tour (peut-être trop ?), c’est le prélude d’une longue marche infernale pour tous les fanatiques des quatre garçons de Liverpool qui s'y risqueraient. « Two of Us », « Dig a Pony » et « I Me Mine » basculent très vite dans une sorte d’opéra grandiloquent, avec son chant, ses chœurs et ses claviers d’une décadence presque caricaturale, faisant ressortir un petit côté mortuaire assez dérangeant, mais finalement bien orchestré. Car, même quand le groupe souhaite faire un morceau simple, en apparence « normal », il arrive toujours à y introduire un petit élément plus sombre, plus malsain, qui fait qu’une chanson peut très vite devenir beaucoup plus significative en deuxième approche, lorsque les thèmes chers à LAIBACH s’y révèlent. La musique devient un outil de propagande, un art au service du pouvoir, le pont entre le politique et la masse, véritable vecteur d’idées toutes faites qui sans peine germeront dans nos esprits. Ainsi, « Maggie Mae », qui reprend en réalité « Auf der Lüneburger Heide & Was gleicht wohl auf Erden »*, devient un hymne patriotique et militaire de très mauvais goût, tandis que « One After 909 », qui préfigure d’ailleurs le metal indus, ridiculise tous les prétendus grands artistes de hard rock de l’autre côté du Rideau de Fer, avec son riff volontairement simpliste, ses soli sans âme à la Van Halen et son petit clin d’œil à Deep Purple, que vous retrouverez sans mal de vous-même.

Après le massacre organisé de « Dig It » et les chœurs féminins de l’insupportable « Across the Universe », LAIBACH pousse ses reprises encore plus loin. « I’ve Got a Feeling » se voit métamorphosé en un faux live d’une puissance jouissive, où un Milan Fras fédérateur se penche au-dessus d’une vaste foule venue l’acclamer, en totale osmose avec la guitare de Dejan Knez, qui décidément gagne en importance sur cet album. Peut-on d’ailleurs le lui reprocher ? Personnellement, j’avoue ne pas être complètement fanatique de ces mélodies plus rock, qui s’éloignent dans l’esprit de l’indus plus martiale des disques précédents, bien que cette évolution musicale ne soit pas complètement mauvaise. En témoignent l’excellentissime « For You Blue », qui rend hommage au compositeur américain Moondog, en lui reprenant avec brio sa fameuse « Crescent Moon March », ainsi que l’incroyable « Two of Us », déjà évoquée plus haut. En résumé, avec ce 5ème album dans l’idée plutôt osé, voire insensé, LAIBACH réussit à éviter presque tous les écueils qu’il a lui-même dressé sur sa route. Il faut un certain temps avant de s’en rendre compte, surtout si l’on sort tout juste d’un Opus Dei, dans les termes radicalement différents. Néanmoins, si j’ai encore du mal à considérer ce Let It Be comme une très grande réussite musicale, peu de morceaux sont au contraire à dénigrer : à part « Across the Universe » qui ne me revient toujours pas, et « Maggie Mae » dans le fond un peu ridicule, l’album en lui-même s’avère généralement bon. Il y a juste un petit pas à sauter, pas évident pour tous le monde il est vrai.

3,5/5

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- Milan Fras (chant)
- Dejan Knez (claviers)
- Ervin Markošek (batterie/claviers)
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1. Get Back
2. Two Of Us
3. Dig A Pony
4. I Me Mine
5. Across The Universe
6. I've Got A Feeling
7. The Long And Winding Road
8. One After 909
9. For You Blue
10. Maggie Mae



             



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