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LAIBACH - Spectre (2014)
Par JOVIAL le 7 Avril 2014          Consultée 2482 fois

Soyons sérieux cinq minutes : depuis combien de temps n'avons nous pas pris notre pied avec LAIBACH ? À peine huit ans avec Volk ? Non, bel album certes, mais trop indigeste. Onze ans avec WAT ? Non, travail efficace certes, mais trop inégal. Allez, on se tente les vingt-deux ans avec Kapital ? Même pas, ici virage ingénieux, musique bien construite, mais il manque encore quelque chose. Non, on parle ici du vrai pied, de la grosse gaule quoi. Le disque dingue, la référence qui cogne et résonne encore. Non, on va pas remonter jusqu'à Opus Dei quand même ?

Et bien pourquoi pas ! Sans s'essayer à l'élaboration de comparaisons inutiles et foireuses, Spectre pourrait peut-être bien être du même niveau. Passé la déception visuelle d'une pochette sobrement naze (ou nazement sobre, je ne sais plus), la première écoute nous annonce d'emblée une très franche réussite. Enfin LAIBACH consent à nous produire un disque d'une durée raisonnable, d'une quarantaine de minutes au lieu de cette trop longue heure réglementaire depuis quelques temps, à laquelle personne n'était vraiment parvenu à s'habituer. Un premier point qui peut sembler superficiel, mais après l'ignominieux Laibachkunsterfuge et le parfois léthargique Volk, ce détail reste je vous l'assure important. Côté thème, Spectre s'inscrit dans la continuité des précédentes grandes œuvres du groupe, de Nova Akropola à Volk. Si dans les années 80 la critique de la dictature yougoslave fut le cheval de bataille de LAIBACH, c'est aujourd'hui une tout autre dictature que la formation slovène dénonce, celle du capitalisme et des États qui n'ont de démocraties que le nom. Spectre est donc un disque fédérateur, un encouragement à la révolte depuis une Europe en chute libre où les peuples défilent dans les rues (« Eurovision ») aux couloirs d'une Wall Street occupée (« Americana ») en passant par ces milliers de héros anonymes sur l'Internet ou le bitume des deux côtés de l'Atlantique (« The Whistleblowers », « No History », « Walk With Me »). Encore une fois, apprécions la qualité des textes, d'une ironie parfois difficile à saisir au premier abord : « Koran » est-il ainsi une ode au pacifisme de l'Islam, ou bien une satyre de l'aveuglement des intégristes ? Plus troublant encore, cette reprise de « Love on the Beat » de Serge GAINSBOURG, chantée en français s'il vous plaît et uniquement dispo sur l'édition bonus, où les cris de femme de la version originale ont été remplacés par des cris … d'enfants, le tout « renforcé » par une électronique perverse, qui ne manquera certainement pas d'en marquer plus d'un. Simple provoc', expérience de mauvais goût ou réelle diatribe de la pédophilie ? Quelqu'en soit la raison, cela n'aidera sûrement pas le groupe à entreprendre une tournée en France, dont les agences de presse refusent toujours de faire la promotion, censurant leur venue pour quelques obscures raisons morales jamais vraiment spécifiées. On s'arrêtera là.

Fédérateur dans ses textes mais également fédérateur dans sa musique, LAIBACH retrouve ici le goût pour les grands hymnes aux chœurs grandiloquents, menés de front pas l'indéboulonnable Milan Fras, impérieux chanteur dont la voix caverneuse n'a rien perdu de sa superbe, et sa seconde Mina Špiler, déjà présente sur Volk, qui fait ici de remarquables apparitions notamment sur l'excellentissime « Bossanova ». L'orchestration à son tour est à féliciter, l'EBM pratiquée sur ce Spectre massif et vigoureux nous rappellerait presque l'époque bénie mais plus brutale d'Opus Dei et Let It Be, avec son association toujours aussi bien maîtrisée entre arrangements symphoniques cuivres/cordes et électroniques neutres et mécaniques. On entame ainsi les hostilités avec l'héroïque « The Whistleblowers », caricatural mais pourtant diablement efficace – difficile d'ailleurs de se défaire de ses parties sifflées qui resteront longtemps en tête. Plus loin, c'est avec « Walk With Me » que LAIBACH renoue avec autant de bravoure, sur cette lente marche blanche se muant en véritable marathon guerrier sur l'incroyable « Bossanova ». L'immense « Resistance is Futile » et ces cuivres (rhaaaa) à tomber par terre que l'on fera suivre par « The Parade » (en bonus), assez similaire mais encore plus belliqueuse, sont ici les grosses bombes de la décennie pour LAIBACH qui n'est probablement jamais parvenu à un tel résultat d'excellence. Et même lorsque le tissu se fait uniquement électronique, comme sur « No History » ou l'apocalyptique « See That My Grave is Kept Clean », le tout fonctionne sans problème, on s'en prend plein la gueule, c'est la jouissance assurée.

D'une très grande cohérence, Spectre est un disque direct mais toujours capable de varier les ambiances. Si les plus sombres « Eurovision » et « Americana » ralentissent la cadence, le ton ne change pas, elles demeurent aussi graves et violentes, à leur manière évidemment, que le reste de l'album. Seul l'étonnamment dansante « Eat Liver! » semble vouloir échapper à la règle avec son propos plus léger, mais parvient dans le même temps à rester assez envoûtante et entraînante pour ne rien gâcher. Enfin, parmi les quatre morceaux bonus à retrouver sur la version CD de l'album, il n'y a bien que sur « Just Say No! », trop rébarbative, que LAIBACH accuse une baisse de forme, « The Parade », « Love on the Beat » et « See That My Grave is Kept Clean » continuant au contraire et à juste titre dans le génial et le furieux de la partie principale.

En y regardant de plus près, LAIBACH a accompli avec Spectre un véritable tour de force : produire un skeud nettement plus accessible que les précédents, sans pour autant simplifier une musique toujours aussi riche et remarquablement bien bâtie. Il y a bien longtemps qu'on n'était pas rentré aussi facilement dans un de leurs disques, c'est vous dire. Il y a bien longtemps aussi qu'on avait pas autant pris notre pied, Spectre est une merveille comme nos Slovènes en font tous les vingt ans. Car oui, il se pourrait bien que l'on tienne là l'album le plus abouti d'un LAIBACH qui signe contre toute attente son plus grand retour. « We are Laibach / Resistance is Futile » … on a même pas envie de résister, Spectre est colossal.

5/5
À écouter d'urgence : « Resistance is Futile », « Bossanova », « The Parade » et « The Whistleblowers »

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Non disponible


1. The Whistleblowers
2. No History
3. Eat Liver!
4. Americana
5. We Are Millions And Millions Are One
6. Eurovision
7. Walk With Me
8. Bossanova
9. Resistance Is Futile
10. Koran
11. The Parade
12. Love On The Beat
13. Just Say No!
14. See That My Grave Is Kept Clean



             



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