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LAIBACH - Anthems (2004)
Par DARK PANDA le 20 Mai 2011          Consultée 1987 fois

Des chœurs ecclésiastiques saupoudrés d'incantations guerrières. Des mélodies spirituelles couchées sur des marches militaires. Une musique aux sonorités immaculées, réalisée au cœur d'un ancien complexe industriel soviétique. Voilà ce qu'est Laibach. Une machine de guerre redoutable, qui avance la fleur au fusil. Au propre comme au figuré.

Au propre tout d'abord : Laibach fait de la musique industrielle. Mais que ceux qui se sentent agressés par ce sous-genre de la musique électronique ne partent pas en courant ! Le groupe slovène est un génie de la création. Il ne se contente pas d'imaginer des mélodies dissonantes et expérimentales, mais y ajoute souvent, et avec tact, de réels instants de volupté sonore (chœurs, lignes aériennes de synthétiseur, orchestration symphonique). Pour le dire différemment, Laibach fait de la musique de propagande. Quelque chose de profondément militaire, dans tout ce que le terme peut englober en émotions : son œuvre possède le souffle de la guerre, dans toute sa brutalité (son industriel voir mécanique, voix toujours gutturale, combattante) et sa beauté (esprit épique, peuplé de trompettes victorieuses et de mélopées conquérantes).

Ce qui nous amène au figuré. Laibach, musique de néo-nazi ? Manqué. C'est justement tout le contraire. Le groupe, né dans une Slovénie encore satellisée à l'URSS, a en vérité fondé tout son art sur les thèmes du totalitarisme : musique aux accents militaires, costumes sobres plagiant les cadres de l'Allemagne hitlérienne, clips au dessein propagandiste. Une ironie complète qui permet à Laibach de combattre le Mal par le mal.

Chance pour nous, la preuve la plus flagrante de cette philosophie a donné les meilleurs morceaux d'Anthems, sorte de best-of du groupe : s'y trouvent en tête d'affiche ce que les Slovènes ont le mieux "détourné", à savoir d'incontournables tubes populaires. The Final Countdown par exemple, légende rock offerte par les Suédois d'Europe à la fin des années 80. L'air reconnaissable entre tous ne change pas d'un iota dans la version de Laibach, mais le morceau se transforme en hymne de transe/indus parfaitement maîtrisé : chants limpides, synthétiseurs ensorcelés, beats envoûtants recouverts par la voix gutturale du leader Milan Fras. A l'écoute de cette "parodie" brillamment menée, on se rend soudain compte du combat de Laibach : montrer à quel point ces hits possèdent en leur sein une capacité fédératrice, et donc totalitariste. L'étonnante démonstration se poursuit tout au long de l'album : "In the Army Now" de Statu Quo, "Get Back" des Beatles, "Opus Dei" (en vérité "Life is Life" d'Opus) ou encore "Sympathy for the Devil" des Rolling Stones.
Plusieurs reprises, à l'image de "The Final Countdown" marquent profondément les esprits. Parce qu'elles redynamisent voire améliorent les titres dont elles se sont inspirés.

Il en va ainsi de "Geburt einer Nation", sublime version du "One Vision" de Queen, aux paroles germanisées pour l'occasion. Sûrement le meilleur morceau de l'album. Laibach détruit la mollesse originelle du titre par une charge guerrière incroyablement puissante : des tambours combattants donnent la couleur - rouge sang - en début de morceau, très vite rattrapés par d'incandescentes trompettes. Celles-ci s'étoffent au gré des incantations rageuses de Milan Fras et explosent à la fin du titre en extase barbare : un crescendo de cuivres qui nous fait entrer en plein cœur d'un champ de bataille ou d'un défilé militaire. L'ampleur des trompettes, posée sur la rythmique ravageuse des tambours, est si sidérante qu'on oublie immédiatement la chanson de Queen. Même effet pour "God is God", reprise du groupe Juno Reactor : les deux œuvres n'ont presque rien à voir entre elles tant la version "laibachienne" va plus loin, cette fois au travers d'une électro/rock assez majestueuse : chœurs féériques, riffs de guitare dévastateurs, batterie percutante, tout sent une fois de plus la guerre. Mais une guerre formidable, aux mélodies millimétrées et aux envolées lyriques charmantes.

A côté de cette multitude de reprises, Laibach propose une sélection d'œuvres personnelles. Car si les Slovènes possèdent le don de revisiter la musique des autres, ils savent aussi en composer ! Et il y en a pour tous les goûts. Tout d'abord du lourd et adipeux avec "Das spiel ist aus" ou "Tanz mit Laibach", deux chars d'assaut industriel lancés à 200 kilomètres à l'heure sur une route cabossée : quelques obstacles techno, plusieurs nids de poule symphoniques et beaucoup de virages lyriques salvateurs, sortis tout droit d'un opéra baroque. Bref, une réussite. De l'effrayant ensuite : la fin de l'album est marquée au fer rouge par des titres plus atmosphériques, baignés par la haine et la peur. Un mélange une nouvelle fois guerrier, qui plonge l'auditeur en première ligne d'une bataille rangée. Les trompettes dissonantes de "Die Liebe" semblent retracer la fureur d'un combat total, celles de "Panorama" la panique suintante d'un conflit naissant. Ces lignes de cuivres épiques, toujours noyées dans un torrent de percussions hantées, atteignent leur paroxysme sur "Drzava", autre pièce maîtresse d'Anthems : les trompettes s'y étirent et s'y tordent en cris lancinants, sur des vagues ambient de synthétiseur et les rares clameurs d'une population revancharde. Le chant de Milan Fras, quant à lui, semble sortir des tréfonds d'une radio de propagande soviétique. Un travail d'orfèvre qui offre une musique véritablement originale, à la fois dérangeante et prophétique, dissonante et solennelle, profondément mécanique et immanquablement gracieuse.

Finalement, Anthems possède toutes les caractéristiques d'une épopée livresque dans le désordre : le souffle violent de la guerre industrielle ("Tanz mit Laibach", "Die Liebe") illustrerait différentes péripéties, la pesanteur de certains climats sonores ("Panorama", "Drzava") de longues descriptions de paysages ensorcelés, la majesté brillante de certaines reprises ("The Final Countdown", "Geburt einer Nation") un épilogue épique et victorieux. Mais l'intérêt majeur de cette compilation réside aussi dans ses paradoxes : en voulant critiquer le totalitarisme, Laibach adopte en fait l'ensemble de ses caractéristiques. Et c'est cette contradiction qui donne à la musique des Slovènes toute sa pertinence et son efficacité. Ainsi Laibach dénonce la guerre, mais semble être né pour la faire. Second paradoxe, l'aspect profondément viril rendu par les compositions est rattrapé par la qualité créatrice des musiciens. En clair, cette virilité est sans cesse contre-balancée par la grâce des constructions musicales. Sous le costume du soldat se cache donc celui de l'homme-artiste, continuellement tiraillé entre sa forme martiale (voix gutturale, tambours caverneux, trompettes fiévreuses) et son fond romantique (choeurs d'opéra, plages symphoniques, mélodies atmosphériques voir poétiques).
Tout était déjà écrit : Laibach est une machine de guerre redoutable, qui avance la fleur au fusil.

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- Milan Fras (chant)
- Janez Gabriè (batterie)
- Luka Jamnik (électronique)
- Iztok Turk (électronique)
- Primož Hladnik (électronique)
- Ivan Novak (électronique et voix)
- + Invités


1. Das Spiel Ist Aus
2. Tanz Mit Laibach
3. The Final Countdown
4. Alle Gegen Alle
5. Wirtschaft Ist Tot
6. God Is God
7. In The Army Now
8. Get Back
9. Sympathy For The Devil
10. Leben Heisst Leben
11. Geburt Einer Nation
12. Opus Dei
13. Die Liebe
14. Panorama
15. Drzava
16. Brat Moj
17. Mama Leone



             



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