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- Membre : Jon & Vangelis, Aphrodite's Child, Irène Papas & Vangelis

VANGELIS - Voices (1995)
Par GOUNOUMAN le 7 Août 2009          Consultée 3437 fois

Lorsqu’en 1992 est dévoilé au monde le film « 1492 – Conquest of Paradise » de Ridley Scott, c’est la surprise : une production titanesque dans un style très hollywoodien, des panoramas splendides, une mise en scène soignée… Et pourtant, le film ne marche pas. La faute, probablement, à un jeu d’acteur trop commun, un scénario pas assez poussé, que sais-je ? Toujours est-il que si aujourd’hui l’on évoque furtivement ce film, qui décidément n’aura pas marqué les mémoires, c’est 90% du temps pour faire référence à la bande-son qui l’accompagne. Bien loin de ce semi-échec cinématographique, l’album de Vangelis du même nom se vend à des milliers d’exemplaires, et son thème principal (que chacun d’entre vous doit fredonner sous la douche sans même plus s’en rendre compte) connaît un succès monumental (squattant même le trio de tête des charts allemands pendant plusieurs semaines en octobre 92 !). Le compositeur grec est à l’apogée de sa carrière, et « 1492 » s’inscrit définitivement au panthéon des plus belles, des plus magistrales, des plus mythiques bandes originales de film jamais composées. Dix ans après les « Chariots de Feu » et « Blade Runner » (presque aussi culte, et déjà dirigé par Ridley Scott), Vangelis peut donc prouver une nouvelle fois au grand public sa maestria et l’étendue de son génie.

Seulement, voilà. En 1995, si l’on excepte cette majestueuse B.O., en très grande partie responsable de la relative célébrité dont jouit Vangelis aujourd’hui, son dernier album studio remonte à plus de 5 ans. Entre temps, Warner sort un superbe coffret anniversaire de Blade Runner, et notre héros hellène collabore, de manière bien plus confidentielle, à d’autres bandes originales (comme celles de « The Plague » et « Bitter Moon » de Roman Polanski, plus tard compilées sur « Reprise 1990-1999 »). Mais globalement, Vangelis demeure, comme à son habitude, discret, voire secret. L’attente d’un nouvel album studio est d’autant plus grande que « The City » et « 1492 » voyaient le maître s’essayer avec brio à des styles diamétralement opposés. Que se cache donc derrière l’élégant rideau bleu de cet énième opus, sobrement intitulé « Voices » ?

Loin du jazz rock ambient nuancé de « The City » et de la grandiloquence pompeuse de « 1492 », « Voices » se pose comme un compromis. Nous voici embarqués, dès les premières secondes, dans un univers qui, s’il n’a rien perdu de sa grandeur ou de son onirisme, développe un aspect résolument plus intimiste, répandant sans retenue son charme délicat et évocateur. Ainsi, il serait présomptueux de juger l’album à l’aune de sa colossale pièce d’ouverture, même si celle-ci propose l’un des thèmes les plus bouillonnants, impériaux et accrocheurs de l’œuvre de Vangelis. Proche de la formule magique éprouvée lors de la réalisation de l’album précédent, le compositeur et multi-instrumentiste s’entoure d’un chœur masculin massif, interprétant avec force et conviction des mélodies qui collent immédiatement au cœur. Sur sept minutes presque trop courtes, les influences se mélangent, les exploits se succèdent. S’ouvrant sur une voix mystique évoquant les rituels shamaniques amérindiens, l’on s’aventure au gré du morceau en Ecosse au son d’une cornemuse, ou vers l’infini du cosmos, grâce à de magnifiques descentes de clavier très typiques des vieux albums comme « Spiral » ou « Albedo 0.39 ». Bref, je vais tenter de cesser là mon panégyrique : en un mot, « Voices » est un hymne au sens littéral, un drapeau flamboyant sous lequel l’on ne peut que se tenir coi, respectueux, fier, le cœur serré et l’œil humide.

Mais à ce moment précis, l’auditeur, perplexe s’interroge : Vangelis va-t-il persister dans cette grandiloquence tout le long de l’album, au risque de très vite s’avérer indigeste, trop emphatique pour maintenir notre attention ? Fort heureusement, il n’en sera rien, et c’est là que se situe l’exploit de « Voices » : c’est bien dans sa variété qu’il puise sa force. Car autant le dire tout net, les autres titres évoquent davantage de paisibles moments d’intimité, ou des visions éthérées de calmes et tristes paysages, plutôt qu’une marche conquérante. A la limite, « Messages » s’inscrit dans la continuité de « Voices » en terme de construction typiquement Vangelissienne et progression d’un thème sublime qui se voit progressivement agrémenté de nouvelles lignes mélodiques jusqu’à atteindre son sommet, mais ce morceau, malgré son côté également « universel », véhicule une émotion différente, davantage teintée de nostalgie.

Mais la réelle surprise de cet album, c’est le fait qu’il contienne des « chansons » ( ?!). Oui, vous avez bien lu ! Alors qu’ « Echoes » et « P.S. », titre transitif, se posent comme des prolongements à la fois opaques et aériens du thème principal du morceau-titre, et que les ambient/neo classiques « Prelude » (avec sa sublime montée de piano qui fille le grand frisson) et « Dream in an open place » s’inscrivent également dans la lignée de morceaux certes émouvants, mais plutôt classiques pour du Vangelis, d’autres illustrent le nom de l’album, et voient pour une fois le maestro mettre sa musique au service de talentueux vocalistes (et non l’inverse).

Gracieuse et enjôleuse, nimbée de discrètes influences celtiques ou occitanes, « Come to me », portée par la voix divine de Caroline Lavelle, est selon moi l’une des plus belles réussites de ce disque. Voici un morceau incroyablement évocateur, parfaitement mis en valeur par la production de l’album, ample, dynamique et pénétrante. La reposante et très « nature-inspired » « Ask the moutains », dont le thème sera plus tard repris dans une publicité pour un appareil éléctro-ménager (!), ressemblerait presque, quant à elle, à du… Emilie Simon ! Etrange traitement des vocaux sur ce titre, incroyablement éthérés, pour un résultat planant à souhait… Enfin, la troisième « chanson » de cet album, est la très triste, assez poignante « Losing Sleep », interprétée cette fois-ci par une voix masculine. Ces titres sont tous trois très différents, et quand bien même ils donneraient un petit charme pop et easy-listening à l’album, ils apportent vraiment leur touche personnelle à l’œuvre de Vangelis au sens large.

Et même si l’album s’inscrit dans son époque, force est de constater qu’il a très bien vieilli, et sait encore répandre sa douceur mélancolique avec beaucoup de persuasion. Et même si, dès le début des années 90, certains ne jurent plus que par son passé et regrettent franchement les expérimentations électroniques proposées par le maître dans les années 70, d’autres, comme moi, se réjouissent de ce retour on ne peut plus réussi, aussi bien en terme de créativité que de réalisation (comme toujours avec Vangelis). « Voices » est donc un très bel album, sans temps mort ni titre faible, et qui prépare très bien le terrain pour son successeur, assez proche dans l’esprit et qui paraîtra l’année suivante : « Oceanic ». Mais ceci est une autre histoire…

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- Vangelis - Tous Les Instruments
- Caroline Lavelle - Chant Sur 'come To Me
- Stina Nordenstam - Chant Sur 'ask The Mo
- Paul Young - Chant Sur 'losing Sleep'


1. Voices
2. Echoes
3. Come To Me
4. P.s.
5. Ask The Mountains
6. Prelude
7. Losing Sleep (still, My Heart)
8. Messages
9. Dream In An Open Place



             



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