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- Membre : Jon & Vangelis, Aphrodite's Child, Irene Papas & Vangelis

VANGELIS - Juno To Jupiter (2020)
Par AIGLE BLANC le 20 Octobre 2021          Consultée 362 fois

Si les derniers travaux de VANGELIS ne brillent pas particulièrement par leur génie, accusant même un essoufflement semble-t-il irréversible du compositeur, du moins offrent-ils une cohérence indéniable. Quand l'album Mythodea en 2001 commémorait la mission vers Mars dirigée par la NASA, Rosetta en 2016 rendait hommage à la sonde éponyme partie en 2004 à destination de la Comète 'Tchouri' et chargée de se mettre en orbite autour de celle-ci afin d'y envoyer un atterrisseur se poser dans le but de la filmer et d'en analyser le sol. Quant au petit dernier, Juno to Jupiter, il s'intéresse à la mission de la sonde Juno envoyée vers Jupiter pour poursuivre notre étude de cette planète gazeuse dont la composition, contrairement à celle de la Terre, n'a pas changé depuis le Big Bang, ce qui nous offre l'opportunité sans doute de mieux comprendre la formation de notre système solaire. A la différence des deux autres missions précitées, cette dernière n'est pas encore achevée à l'heure où paraît l'album de VANGELIS chez nos disquaires.
Le livret du disque montre des photos prises à l'occasion d'un Congrès de l'équipe de la Mission Juno qui s'est tenu en Grèce, la patrie du compositeur. On y voit VANGELIS aux côtés de scientifiques de la NASA envers lesquels une grande amitié semble le lier, passionné qu'il est depuis toujours par le Cosmos et, surtout, par l'avenir de l'humanité dont l'espace pourrait constituer une porte de sortie lui permettant de survivre au-delà d'une planète Terre déjà sérieusement malmenée par le genre humain. Une tel Credo ne saurait nous surprendre de la part du compositeur d'Albedo 0,39, de Blade Runner et même de celui d'Heaven & Hell dont l'ampleur cosmique hante encore nos mémoires musicales. C'est d'ailleurs une passion et un intérêt qu'il partage notamment avec son confrère français Jean-Michel JARRE dont Oxygene (1976) est resté lui aussi dans toutes les mémoires ainsi que son opus Rendez-vous (1986) où il rendait hommage à l'astronaute Ron McNair ayant péri avec ses coéquipiers "à bord de la navette spatiale Challenger le 28 janvier 1986". Juno to Jupiter est en quelque sorte lui-même dédié à l'astronome Richard Grammier, décédé récemment, et qui faisait partie de l'équipe de recherche de la mission Juno.

Comparé à Rosetta, Juno to Jupiter envoie des signaux un peu plus engageants, perceptibles dès la première écoute : des climats plus variés naviguant de l'ambient 'expérimentale' ("Atlas' Push") à des envolées épiques réminiscentes du Vangelis cinématographique ("Out of Space"), en passant par le chant opératique ("Juno's Tender Call"), et même certains passages plus pop dans le sens jarrien du terme ("Inside Our Perspectives"). Cette variété des climats et des styles musicaux abordés aide à rendre l'écoute de l'album plus intéressante dans sa continuité.
Cela suffit-il à en faire ne serait-ce qu'un bon opus? La réponse malheureusement débouche sur le constat amer de l'impuissance de VANGELIS a retrouver son génie d'antan. Soyons clair : le compositeur grec, à 78 ans, affiche un âge des plus respectables lui donnant droit à une retraite amplement méritée. On ne saurait le blâmer d'avoir perdu l'éclat de son ramage bien émoussé depuis ces dix dernières années, mais dans la mesure où il nous appâte avec ses albums-concept résultat de ses collaborations avec la NASA (c'est même elle qui lui avait commandé la musique de Rosetta pour accompagner la mission de ladite sonde), et orientés vers la glorification de l'astronomie autant que du cosmos, thématique qu'il maîtrisait à la perfection autrefois, la déception n'en est encore une fois que plus prégnante.
L'album ne décolle jamais vraiment, ou de manière si sporadique que l'auditeur a le sentiment frustrant que le compositeur ne lui offre que les miettes du pauvre. Un tel sentiment se voit renforcé par la propension du musicien à ne se livrer qu'à des formats courts, lui qui pourtant savait intuitivement affronter une composition de 8 ou 10 minutes. Ce n'est pas tant la brièveté des titres qui déçoit (après tout, VANGELIS était passé maître également du format 5 minutes), mais le caractère inabouti de chacun, comme si l'album ainsi exposé n'était en réalité que le condensé d'un opus à venir. Pourquoi VANGELIS ne s'efforce-t-il plus de soigner la structure de ses compositions, lesquelles n'offrent plus ni début ni fin, ni introduction ni conclusion ? Cela ne poserait pas tant de problème si le compositeur se cantonnait à de l'ambient, mais Juno to Jupiter ne cesse, de plage en plage, de lancer des pistes mélodiques séduisantes, à défaut d'être exceptionnelles, comme autant d'invitations alléchantes que rend caduques un sentiment d'inachevé regrettable.
Si les mélodies ne manquent pas, bien qu'amoindries par le déclin du talent de VANGELIS, en revanche, les arrangements, jadis suprême atout du compositeur, ont perdu leurs éclat et finesse. Si l'armada des claviers orchestraux est toujours présente, doublée par la cohorte des percussions, le son quant à lui est devenu totalement désincarné, comme si VANGELIS n'ayant plus recours à ses instruments traditionnels se voyait condamné à n'empiler que des samples de ces derniers. Il est étonnant d'entendre quelquefois, lors des passages les plus symphoniques comme "Hera/Juno Queen of the Gods", des sons de claviers rappelant ceux du compositeur japonais TOMITA, preuve que la technologie n'a pas particulièrement évolué depuis les années 70. Cela donne une production propre et sans bavures, sans faute de goût non plus, la tendance au pompiérisme ayant par bonheur quasiment disparu.
La mission que raconte le programme affiché par les titres offre à VANGELIS l'occasion de glorifier non seulement l'aventure humaine que constitue les voyages astraux, mais aussi, par l'analogie à laquelle invite la nomenclature des planètes et le nom de la sonde en question, l'amour céleste des deux plus grands dieux de l'Olympe, j'ai nommé Jupiter et son épouse Junon, alias Zeus et Hera dans la mythologie grecque. L'aventure de la sonde Juno à destination de Jupiter peut être assimilée à celle de la déesse Junon voyageant des années pour rejoindre son époux Jupiter, histoire palimpseste enrichissant la thématique de l'album.
Le voyage musical de Juno s'avère plus généreux que celui de Rosetta grâce à une panoplie d'idées plus fourmillantes jetant un peu de poudre aux oreilles à défaut d'éblouir l'esprit et le cœur. L'album n'est pas mauvais en soi, mais il souffre, comme Rosetta, d'une absence totale de titre fort, de ceux qui donnent toujours envie de remettre le disque, ne serait-ce que pour ses passages les plus fameux. Or, Juno to Jupiter, sans comporter nul faux pas discriminant, aligne une uniformité de médiocres compositions, de sorte que l'auditeur n'en retient aucune en particulier.

L'attrait de VANGELIS pour la voix humaine ne date pas d'hier : on se souvient des sublimes interventions de la soprano Vana Veroutis (Heaven & Hell, La fête sauvage), de ses deux collaborations avec Irene Papas (Odes et Rapsodies) et de son album Voices, justement, consacré aux chants de Caroline Lavelle, de Stina Nordenstam et de Paul Young. On se souvient également de sa collaboration avec la chanteuse Mary Hopkins (Blade Runner) qu'on aurait tant souhaité voir poursuivie au-delà du titre unique ("Rachel's Song").
Le musicien nous a habitués à travailler avec les grandes voix lyriques que sont celles de Montserrat Caballé (El Greco), Jessye Norman et Kathleen Battle (Mythodea), il n'est guère étonnant alors qu'il ait fait appel à la soprano Angela Gheorghiu pour incarner Junon dans trois titres vocalisés de Juno to Jupiter. Malheureusement, son amour des voix féminines opératiques confine encore une fois à la mollesse, ses compositions ne se montrant jamais à la hauteur des organes magiques de ces grandes divas. Angela Gheorghiu en fait à son tour les frais, risquant de s'attirer les foudres des mélomanes puristes possiblement outrés de l'absence totale d'ambition de sa performance, VANGELIS ne lui réservant que des lignes mélodiques épurées d'une mièvrerie confondante.

L'album n'est pas déshonorant, mais peine à s'élever au-delà de l'anecdote et parfois de l'insipide. Vous pouvez y glisser une oreille curieuse sans trop de risque, mais une oreille seulement afin de préserver l'autre d'une déception trop envahissante.

Note affinée : 2.5/5

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   AIGLE BLANC

 
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- Vangelis (tous les instruments, arrangements et compositions)
- Angela Gheorghiu (chant titres 9, 3 et 16)


1. Atlas' Push
2. Inside Our Perspectives
3. Out In Space
4. Juno's Quiet Determination
5. Jupoiter's Intuition
6. Juno's Power
7. Space's Mystery Road
8. In The Magic Of Cosmos
9. Juno's Tender Call
10. Juno's Echoes
11. Juno's Ethereal Breeze
12. Jupiter's Veil Of Clouds
13. Hera/juno Queen Of The Gods
14. Zeus Almighty
15. Jupiter Rex
16. Juno's Accomplishments
17. Apo 22
18. In Serenitatem



             



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