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VANGELIS - Blade Runner (adaptation Orchestrale) (1982)
Par AIGLE BLANC le 15 Mai 2017          Consultée 375 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Lorsque paraît en 1982, dans les bacs des disquaires (toute une époque, les disquaires !) la Bande Originale du Film Blade Runner, les premiers fans ayant eu l'honneur de le découvrir la même année sur les écrans de cinéma jubilent et se précipitent pour l'acheter, emportant fièrement leur trophée sous le bras (et oui l'époque du vinyl !) jusqu'à le poser sur leur platine, impatients de le savourer dans l'alcôve ouatée de leur canapé préféré.

Quelques mois plus tôt, le chef-d'oeuvre de Ridley Scott leur a infligé une claque dont ils ne se remettront jamais tout à fait, convaincus qu'ils étaient d'avoir découvert un classique instantané du 7°art. Quant à moi, pauvre collégien de douze ans ayant vu le film au Capitole (la doyenne des salles de cinéma avignonnaises) avec mes parents, totalement sonné par la virtuosité des décors et la magie des éclairages, et anéanti par la beauté de la musique de VANGELIS, je n'avais pas les mots pour traduire la déflagration émotionnelle et artistique qui s'était emparée de moi et m'avait hissé à un degré d'élévation comme je n'en avais jamais vécu auparavant. Il a fallu que j'attende 1989 pour acheter la cassette-audio de la BO du film, mon premier achat compulsif... et ma plus cruelle déception ! Pourtant, ceux qui avaient les moyens de s'offrir la version vinyle ont pu se délecter devant la belle pochette montrant au recto l'affiche française du film et au verso quelques images dont l'inoubliable poursuite dans les rues de Los Angeles entre Rick Deckard et l'une des réplicantes.
Un élément de la pochette, tellement voyant qu'il disparaissait derrière mon enthousiasme (en même temps, j'ajoute à ma décharge que la pochette minuscule de la cassette-audio le noyait littéralement) aurait dû m'avertir. Si j'avais bien regardé cette fameuse pochette, je n'aurais pas acheté la cassette de Blade Runner. Et j'y aurais lu, en tout petits caractères sous le gros titre, les mots suivants (que je traduis ici en Français) : "Adaptation orchestrale de la musique composée par VANGELIS. Exécuté par le New American Orchestra."

Voilà l'espoir qui s'évapore, anéanti par cette triste vérité. La seule version que les premiers fans de Blade Runner ont pu se mettre entre les oreilles est cette lamentable mascarade. Le plus atterrant reste la promotion autour de l'album vendu à l'époque comme l'enregistrement authentique de la BO du film.
L'affront et la désillusion n'ont été lavés qu'en 1994, soit 12 ans après la sortie internationale du film, lorsque VANGELIS a daigné faire paraître l'enregistrement officiel de son score originel. Et encore, la saga des auditeurs déçus et frustrés n'était pas arrivée à son terme. Mais ça, vous le savez déjà après avoir lu les chroniques que Maniac Blues et Arp 2600 ont consacrées à cette précieuse édition de 1994.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis cette tragédie (parole de fan scandalisé), les passions se sont quelque peu apaisées et il est possible aujourd'hui d'écouter sur Youtube toutes sortes d'éditions "pirates" de la musique complète de Blade Runner. On est en droit de revenir à tête reposée sur cette version orchestrale. Après tout, les transpositions orchestrales ne datent pas d'hier (rappelez-vous celle du Tubular Bells de sir OLDFIELD) et ne sont pas forcément toutes mauvaises non plus. Sauf que...

Sauf que celle de Blade Runner se révèle incapable, aujourd'hui encore, de traduire la richesse, l'originalité, la profusion baroque de la partition de VANGELIS. La faute principale en incombe aux trois orchestrateurs en charge de l'adaptation. Eddie Karam signe les arrangements des "Main Title" et "End Title", en passant par "Blade Runner Blues" et "Farewell". Autrement dit 4 des titres essentiels de la BO. Et il réussit le tour de force d'affadir à ce point les compositions de VANGELIS qu'on a l'impression d'en écouter une version lounge et easy listening tout juste bonne à être diffusée dans les ascenseurs, version aseptisée d'un académisme stérile.
Étrangement, Eddie Karam réussit l'adaptation de "One More Kiss, Dear", très proche de l'originale, grâce à un esprit rétro dans lequel se fond avec bonheur la voix de crooner de John Balher. Le résultat est aussi bon, voire meilleur, que la version originale de cette chanson.
L'adaptation de "Blade Runner Blues" n'est pas non plus une totale catastrophe, le synthé lead si caractéristique du son de VANGELIS étant remplacé judicieusement par un bugle*.
C'est Patrick Williams qui s'est chargé de l'adaptation du célèbre "Love Theme" en laissant la parole évidemment au saxophone alto de Tom Scott pour un résultat honorable mais bien en-deçà de la version du film.
Quant au merveilleux "Memories of green", Angela Morley en propose une version édulcorée qui annihile tout ce que ce titre comportait d'ambiance rétro-futuriste, notamment en supprimant les scintillements électroniques de l'arrière-plan. Une déception !

Les claviers électroniques ne sont pas pour autant absents de cette version orchestrale . Ils sont tenus par Ian Underwood, connu pour avoir travaillé au sein des Mothers of Invention de Frank ZAPPA avant de devenir un musicien de studio, notamment pour Quincy JONES, Barbra Streisand, Lalo SCHIFRIN et pour les BO de Maurice JARRE durant les années 80. Mais traités à égalité avec l'orchestre, ils sonnent complètement aseptisés et inodores.

J'ai chroniqué cette adaptation orchestrale de Blade Runner afin d'alerter les fans potentiels qui pourraient se laisser abuser par la pochette du disque et courir au-devant d'une cuisante déception.

*bugle : C'est un instrument de la catégorie des cuivres livrant un son proche mais plus rond et plus doux que celui de la trompette. Il est plus connu sous son nom anglais de "flugelhorn".

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   AIGLE BLANC

 
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- Tom Scott (saxophone alto 'love theme')
- Michael Lang (piano, piano électrique 'fender rhodes')
- Richard Tee (piano 'memories of green')
- Bill Watrous (trombone)
- John Bahler (chant 'one more kiss, dear')
- Chuck Finley (bugle 'blade runner blues')
- Ian Underwood (synthétiseurs)
- Steve Schaeffer (batteries : titres 1,3,5,8)
- Neil Stubenhaus (basse : titres 1,3,5,8)
- Tommy Tedesco (guitare : titres 1,3,5,8)
- Endre Granat (chef d'orchestre)
- Diana Lee (choriste : titres 2,3,5,8)
- Debbie Hall (choriste : titres 2,3,5,8)
- Sandie Hall (choriste: titres 2,3,5,8)


1. Love Theme
2. Main Title
3. One More Kiss, Dear
4. Memories Of Green
5. End Title
6. Blade Runner Blues
7. Farewell
8. End Title Reprise



             



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