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LAIBACH - Laibach (1985)
Par JOVIAL le 9 Juillet 2011          Consultée 2226 fois

L’histoire de LAIBACH a toujours été une affaire très sombre. Le groupe se forme vers 1980 à Trbovlje, triste ville industrielle et minière des montagnes slovènes, sur les cendres de Salte Moral, premier projet du claviériste Dejan Knez, bientôt rejoint par le chanteur Tomaz Hostnik, ainsi qu’un petit nombre d’autres musiciens, dont pour la plupart, on ne sait pratiquement rien. Les choses se précipitent dès 1984, avec la fondation du fameux NSK (ou Neue Slowenische Kunst), collectif d’art politique, vouant une passion morbide au totalitarisme et au nationalisme, dont LAIBACH sera le bras musical. Très vite, le groupe est interdit. Les autorités yougoslaves voient en eux de dangereux agitateurs nationalistes slovènes, militants d’extrême-droite, proches des milieux néo-nazis. Mais le groupe n’en démord pas, et un premier album sort en 1985. En l’écoutant, on comprend vite pourquoi le régime communiste de l’époque ne pouvait en effet accepter une engeance pareille sur le territoire de la fédération. LAIBACH pue l’extrême-droite, le nazisme. « Laibach » n’est-il pas d’ailleurs l’ancien allemand de Ljubljana ? Et cette première chanson, « Cari Amici », où Tomaz Hostnik hurle en italien à ses chers amis que « le temps de la paix est terminé », ne rappelle-t-elle pas le douloureux passé du pays, du temps où les soldats du Duce défilaient dans la capitale slovène ? Et cette croix noire que le groupe porte en brassard, cette croix de Malevitch, un anti-communiste de la première heure, n’est-ce pas la preuve que LAIBACH éprouve une certaine sympathie à l’égard des anciens régimes fascistes ? Et que dire cet ambigu discours sur la seconde version de « Panorama » : « Ceux de l’Ouest et de l’Est doivent comprendre que nous ne prenons pas la même route qu’eux […], que nous avons notre propre route […], notre propre politique, notre propre point de vue. » Pas de doutes, LAIBACH est nazi.

Comme le dit très bien Milan Fras, les gens voient ce qu’ils veulent voir. Malevitch n’était pas anti-communiste, il était antistalinien. Le discours sur « Panorama », tant décrié par les autorités yougoslaves, est en réalité un discours datant de 1948 et écrit par … Tito. L’œuvre de LAIBACH est à double-tranchant. Il faut toujours faire très attention avec ce que l’on entend, pour comprendre très vite que ce premier album du groupe slovène n’est pas une apologie du totalitarisme, mais une critique du totalitarisme. En somme, une attaque directe contre la dictature yougoslave, que d’ailleurs le groupe ne se prive pas de ridiculiser. En témoignent ces titres caricaturaux tel que « Mi Kujemo Bodočnost » (« Nous bâtissons l’avenir »), directement inspirés des slogans du parti communiste yougoslaves. Parfois, LAIBACH délaisse les mots, qu’il manie pourtant à merveille, et s’en remet uniquement à sa musique, pour dénoncer l’illusion du communisme : ces cris sourds d'ouvriers, ployant sous le fouet de leurs contremaîtres (« Sila »), ou ce terrifiant paysage, dévasté par la répression armée de la MUP (« Sredi Bojev »). Que l’on aime ou non, il est certainement difficile de ne pas reconnaître la qualité du message délivré par les Slovènes, qui considèrent l’art comme fondamentalement politique. Et cet aspect ne peut jamais être mis de côté pour LAIBACH. Côté musique, cet album n’a pas vraiment de style bien défini, car naviguant encore entre l’indus et l’ambient. Mais, en l’écoutant, on pourrait presque dire que Laibach est la métaphore, mais seulement la métaphore, de la musique dite « industrielle ». En effet, tout tend à nous rappeler l’univers de l’industrie, le monde prolétaire, avec ses bruits de tôles, ses sonneries d’alarmes et ses chaînes de montages (« Sila » en particulier). Tandis que les discours lointains de politiciens corrompus résonnent entre deux coups de feu sur « Sredi Bojev », LAIBACH compose également des morceaux aux ambiances malsaines, malodorantes, sur lesquels on s’étouffe et se soumet immédiatement à la voix froide et insensible de Milan Fras (« Mi Kujemo Bodočnost », « Brat Moj »), plus évocatrice que jamais.

Mais dans l’ensemble, ces premières compositions me laissent de marbre. On comprend où veut en venir LAIBACH, créer des morceaux volontairement sombres, qui, par leur minimalisme et leur électronique glaciale, seraient capables de nous terrifier. Mais nos Slovènes n’y parviennent pas. Ou trop peu. Si dans certains cas, les premiers instants sont en effet assez prenants, l’ennui s’installe très rapidement. La faute au groupe, qui laisse traîner trop longtemps son propos. Seul « Mi Kujemo Bodočnost » arrive à captiver de bout en bout. Les morceaux les plus « indus », « Država », « Panorama » et « Dekret » sont peut-être les plus intéressants ici, quoique « Dekret » s’avère être rapidement répétitive, et que je préfère « Država » dans sa version plus dépouillée de Nova Akropola.

Bref, inutile de s’étaler plus longtemps, je pense que vous avez compris que ce premier album de LAIBACH n’avait en vérité rien de très palpitant. Pas un disque raté non, mais manquant cruellement de conviction, en terme musical j’entends. Son propos politique, qui me passionne réellement, remonte la note de l’album, qui aurait sans doute pu terminer à une seule étoile, et qui reste très dispensable dans la discographie du groupe slovène. Passer d’abord par Nova Akropola est un choix plus judicieux, car réunissant les meilleurs travaux de LAIBACH à l’époque.

2/5

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- Milan Fras (chant)
- Dejan Knez (claviers)
- + Autres ?


1. Cari Amici
2. Sila
3. Sredi Bojev
4. Država
5. Dekret
6. Mi Kujemo Bodočnost
7. Brat Moj
8. Panorama



             



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