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LAIBACH - Krst Pod Triglavom - Baptism (1986)
Par JOVIAL le 10 Janvier 2012          Consultée 2157 fois

Et si le NSK State, État imaginaire créé de toutes pièces par les membres du Neue Slowenische Kunst, n’était autre que la Slovénie ? Si aujourd’hui Milan Fras le considère comme un État de l’esprit, sans chefs et transnational, parasite de toutes les cultures existantes et avant tout utopique, il ne fait pratiquement aucun doute qu’avant 1992 ce même NSK State était la représentation virtuelle d’une Slovénie yougoslave, ne pouvant encore qu’aspirer à l‘indépendance complète. Ce nationalisme exacerbé, le NSK ne s’en cache pas vraiment et en fait même sa marque de fabrique. Mais son art est toujours très bien construit, fortement habile lorsqu’il s’agit de volontairement brouiller la ligne permettant de distinguer fascisme stupide et provocation politique de haut niveau. Krst Pod Triglavom (traduisez : « Baptême sous le Triglav »*) reste sans doute l’une de ses plus belles réussites en la matière. Il s’agit d’une sorte d’opéra, divisé en quatre actes, dont le fil directeur demeure assez obscur. Si par certains aspects, on pourrait croire à une rétrospective de l’histoire de la Slovénie, on ne peut s’empêcher d’y voir aussi en reflet les fantasmes totalitaires du NSK, l’ambigüité étant, comme d’habitude, très bien entretenue. Son metteur en scène, Scipion Nasice, souhaitant réaliser une pièce extrême et unique en son genre, ne tarde pas à faire appel au département musical du NSK, c’est-à-dire LAIBACH. Si la discographie de ce dernier ne compte pour l’instant que deux albums studios à son actif, les tons et couleurs rendus par sa musique conviennent parfaitement aux désirs de Nacise, et Krst Pod Triglavom sera donc le troisième album du groupe slave.

Maintenant que vous connaissez toute l’histoire, je me dois de vous prévenir, vous lecteurs, quant à ce que ce disque contient. Sans doute êtes-vous déjà passés pas les excellents Nova Akropola et Opus Dei, et pensez être préparé pour l’écoute de celui-ci. Il n’en rien, car Krst Pod Triglavom demeure l’œuvre la plus éprouvante et déroutante de la discographie de nos Slovènes. En un mot, personne ne pouvait s’attendre à un tel résultat. LAIBACH convertit sa brutalité en une violence faite de névroses dictatoriales et d’ambiances implacables, décalées ou fuyantes, où se succèdent les hymnes imposants, les ordres gueulés en allemand et tout un décorum nationaliste qui passerait presque pour être authentique. Krst Pod Triglavom incarne la terreur à la perfection, et sous toutes ses formes. Les morceaux « Valjhun / Waldung », « Delak » et « Apologija Laibach » symbolisent atrocement bien la vie d’une société militariste, qu’accompagne son florilège de lavages de cerveaux et autres propagandes de masse. Parfois, cette terreur devient plus pesante et s’immisce sournoisement dans les esprits, jusqu’à leur faire perdre la raison (« Koza / Die Haut »), ou bien se manifeste sous forme d’hymnes aux allures wagnériennes, décadents et presque trop grandiloquents pour être parfaitement sincères (« Jezero / Der See », « Bogomila - Verfuhrung », « Krst / Die Taufe, Germania »). Le folklore national devient à son tour un outil au service de l’État tout-puissant, qui en fait systématiquement ressortir le côté belliqueux et patriotique (« Crtomir, Jelengar »). L’illusion enfin, est abordé de manière plus qu’intelligente, comme si il fallait à tout prix montrer une once de bonheur faussement rendu au peuple soumis (« Jagerspiel », « Wienerblut »). Krst Pod Triglavom est beaucoup plus qu’un baptême, c’est l’adoubement de l’extrémisme politique, qu’il soit de droite ou de gauche, avec toute la violence qu’il implique forcément. À ce stade des choses se pose la question de savoir si cette terreur serait donc le modèle du NSK State, ou bien au contraire sa hantise. C’est maintenant qu’il faut se souvenir d’une des phrases favorites de Milan Fras : « Il faut combattre le Mal par le Mal ».

Contrairement à ses autres sorties des années 80, LAIBACH compose avec Krst Pod Triglavom une œuvre allant au-delà de cette musique industrielle martiale et sophistiquée qui a fait son succès. Ce troisième disque est avant tout très expérimental, bien que le résultat puisse paraître définitivement figé. Les morceaux d’indus/ambient font un retour remarqué, côtoyant des sonorités que Wagner et Carl Off n’auraient pas reniées. Mais quoiqu‘il en soit, ce Baptême sous le Triglav reste, comme je le disais déjà plus haut, une œuvre déroutante. Il y a fort à parier que l’opérette des années 30 sur « Jagerspiel » et les guitares méditerranéennes de « Wienerblut » en décontenanceront plus d’un. Tout comme également les dernières minutes de « Crtomir, Jelengar », où une voix féminine reprend le texte de « Die Liebe »** accompagnée d’une électronique étonnamment simple et lumineuse. Krst Pod Triglavom n’arrive jamais là où pourtant nous l’attendons au tournant. C’est ce qui fait toute sa force, mais aussi sa faiblesse, car il m’est aisé d’imaginer que cela puisse irriter certains auditeurs. Ces derniers pourront également déplorer quelques longueurs, surtout en tout début et en toute fin d’album, qu’il faut néanmoins amputer du fait que cette bande-son a été écrite pour accompagner une pièce de théâtre, et que le résultat final doit s’avérer bien différent. Un peu de patience sera nécessaire aux néophytes pour saisir l’ampleur et la qualité du travail de LAIBACH ici.

Krst Pod Triglavom - Baptism est difficile d’accès, je ne vous le cacherai pas. Et encore, la vérité est peut-être plus simple : cet album, on l’adore ou on l’abhorre. Même les amateurs confirmés du groupe n’y resteront pas insensibles. Ce disque est un ovni, dont je pense que seuls ses compositeurs en ont saisi le véritable sens. Le discours de LAIBACH était depuis longtemps subtil et violent, sans pour autant avoir toujours réussi à l’insuffler dans sa musique pourtant si particulière**. C’est maintenant chose faite avec Krst Pod Triglavom. Du grand art, et qui contrairement aux opus précédents, n'a pas pris une ride.

4/5, bien qu’une note n’ait pas beaucoup d’importance ici.

*Le Triglav est le plus haut sommet des Alpes slovènes ainsi que le symbole national par excellence du pays. On le retrouve d’ailleurs sur son drapeau.
**Cf. Nova Akropola
***Cf. le très moyen Laibach, premier véritable album du groupe.

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- Milan Fras (composition/chant)
- Scipion Nasice (composition)
- Dejan Knez (arrangemments)
- Ervin Markošek (batterie)
- + Théâtre Noordung
- + Autres ?


1. Jezero / Der See
2. Valjhun / Waldung
3. Delak
4. Koza / Die Haut
5. Jagerspiel
6. Bogomila - Verfuhrung
7. Wienerblut
8. Crtomir, Jelengar
9. Apologija Laibach /laibach - Apologie
10. Krst / Die Taufe, Germania
11. Rdeci Pilot / Der Rote Pilot



             



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