Recherche avancée       Liste groupes



      
INDUS/ME  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

 Site Officiel (389)
 Guide Laibach (221)

LAIBACH - Kapital (1992)
Par JOVIAL le 7 Février 2013          Consultée 1554 fois

« Kapital est haïssable, Kapital est détestable, Kapital est exécrable, Kapital est lamentable, Kapital est déplorable, Kapital est méprisable, Kapital est imbuvable, Kapital est effroyable […] il est abominable ».
Jean Yanne, in « J'aime pas Kapital », 1992.

Sans exagérer, voici comment Kapital fut accueilli à sa sortie. Pour beaucoup, ce neuvième opus enterre définitivement l'espoir de voir LAIBACH ressortir un jour un « Opus Dei-bis » : Kapital signe la fin d'une époque, l’effondrement d'une formation qui jusqu'à présent avait presque réussi un sans-faute, et c'est d'ailleurs ainsi que je l'ai tout d'abord considéré au terme de ma première écoute. Indubitablement, le groupe slovène tourne ici une page importante dans sa carrière, mais n'est aucunement à l'agonie. Bien au contraire, il s'agit là d'un renouveau complètement inattendu. Pour le comprendre, remontons voulez-vous quelques années en arrière. Depuis 1988, LAIBACH oscille entre une volonté de se reposer sur les acquis d'un magistral Opus Dei et une irrésistible envie d'explorer des nouveaux territoires musicaux. Let It Be avait plutôt bien fonctionné, mais déjà sur Sympathy For The Devil et surtout Macbeth quelques faiblesses laissaient entrevoir des années 90 plus que décevantes. Que pouvait donc faire LAIBACH ? Continuer sur la même route au risque de se casser la gueule ou bien entamer un virage à 180°C en laissant de côté ces imbéciles de puristes qui allaient de toute façon râler dans les deux cas ?

Vous l'avez compris, c'est bien la seconde option que la division Milan Fras aura retenu.

Depuis quatre ans, la musique électronique européenne a considérablement évolué. L'acid house, l'IDM et le trip-hop dominent de plus en plus les débats et LAIBACH, comme à son habitude, va s'intéresser de très près à ces nouveaux courants, non pas pour les contrefaire, mais bien pour se les approprier, les déglutir à sa sauce tout en restant toujours à la tête de l'avant-garde. Les rythmiques brutales, invairablement binaires et massives que l'on pouvait encore entendre sur Macbeth ont disparu pour laisser place à des beats tout droit inspirés des styles musicaux énoncés plus hauts. Quant aux arrangements, absolument sublimes, c'est brillamment qu'ils parviennent à concilier expérimentations électroniques à une armée de cordes décadentes et au chant spectrale de Milan Fras, ce dernier restant toutefois plus en retrait. Kapital a été pensé comme un album très cohérent et, malgré une belle diversité dans les compositions, l'auditeur est abandonné dans un univers froid, sombre et subtilement violent, que LAIBACH explore dans ces moindres détails. Alors que « Le Privilège des Morts » , « Torso » ou « Codex Durex » calment le jeu, le groupe montre les crocs avec des morceaux plus frontaux, tels que l'imposante « The Hunter's Funeral Procession » ou la surprenante « Hymn To The Black Sun », sur laquelle sont samplés des couplets hip-hop.

Les ambiances sont soigneusement travaillées pour donner à l'ensemble de l'album un paysage futuriste, bétonné, poutrelles métalliques ruisselantes apparentes, au milieu duquel ne surgit qu'au crépuscule une once de vie humaine, parfaitement symbolisée par les rares violons harmonieux ou les chants désespérés d'un « Kinderreich ». Le reste de l'Humanité ne se divisent plus qu'entre vieillards à l'article de la mort (« Le Privilège des Morts ») et jeunes révoltés déjà condamnés (« Hymn To The Black Sun »), dominés par la dictature militaire de l'insidieux Milan Fras se posant de nouveau en un Big Brother sans âme ni compassion.

LAIBACH a changé, c'est indéniable, mais n'est pas pour autant transfiguré. L'unique problème est que l'on identifie systématiquement la musique de nos Slovènes à son rythme lourd et martial, en oubliant bien souvent la complexité et l'ingéniosité de ses orchestrations, qui ne diffèrent pourtant guère en terme de qualité et de richesse sur Kapital. Si bien sûr l'album reste perfectible, notamment du fait de sa durée (plus d'une heure!), il reste une admirable expérience musicale, à l'image d'un Opus Dei tant réclamé, avec qui certains morceaux de Kapital peuvent aisément rivaliser en terme d'intensité (« Decade Null », « Codex Durex », « Young Europa »), de morbidité (« Illumination »), de puissance (« The Hunter's Funeral Procession ») ou de gravité (« Entartete Welt »), malgré des procédés résolument moins brutaux.

Un neuvième disque à côté duquel il serait donc dommage de passer, en dépit de tout le mal que Jean Yanne et sa secte de puristes auraient pu en dire, car c'est sans aucun doute la meilleure œuvre du LAIBACH des tristes années 90.

4/5
Morceaux favoris : « Decade Null », « Hymn To The Black Sun », « The Hunter's Funeral Procession » et « Entartete Welt ».

A lire aussi en MUSIQUE ELECTRONIQUE par JOVIAL :


FEVER RAY
Fever Ray (2009)
Album de l'Année 2009




TRISTESSE CONTEMPORAINE
Tristesse Contemporaine (2012)
Belle réussite d'un atypique et mystérieux trio.


Marquez et partagez





 
   JOVIAL

 
  N/A



- Dejan Knez (arrangemments)
- Milan Fras (chant)
- Ervin Markošek (batterie)
- Ivan Novak (arrangemments)


1. Decade Null
2. Everlasting In Union
3. Illumination
4. Le Privilege Des Morts
5. Codex Durex
6. Hymn To The Black Sun
7. Young Europa (parts 1 To 10)
8. The Hunter's Funeral Procession
9. White Law
10. Wirtschaft Ist Tot
11. Torso
12. Entartete Welt
13. Kinderreich
14. Sponsored By Mars
15. Regime Of Coincidence, State Of Gravity



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod