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LAIBACH - Ljubljana-zagreb-beograd (1993)
Par JOVIAL le 20 Août 2013          Consultée 1256 fois

La première image qui nous vient à l’esprit lorsqu’on pense à LAIBACH, c’est évidemment le visage de son chanteur, Milan Fras. Pourtant, on a tendance à oublier que si notre moustachu a effectivement de près ou de loin participé à la formation du groupe dans la nébuleuse de ses premiers ébats, il n’en est aucunement l’inspirateur. En effet, en 1980, LAIBACH est encore un quatuor (ou est-ce plus ?) dominé par la dictature d’un redoutable provocateur, Tomaz Hostnik. Chanteur médiocre mais frontman de génie dans son impeccable costume militaire, il a donné au groupe tout son décorum fascisant, son goût douteux pour les extrêmes, toute une âme que Fras respectera et reprendra après le suicide de celui-ci en 1982. C’est d’ailleurs ce même Hostnik que l’on retrouve sur la pochette de ce monstrueux Ljubljana-Zagreb-Beograd, implacable comme à son habitude malgré le sang coulant le long de son cou, occasionné par une bouteille jetée depuis la foule par un spectateur outré de la sulfureuse prestation livrée ce soir-là. De cette période peu connue de LAIBACH ne subsiste que très peu de témoignages, dont seulement deux restent aisément dénichables : Rekapitulacija 1980-1984 pour ce qui est des travaux en studio et ainsi ce Ljubljana-Zagreb-Beograd se chargeant quant à lui des live.

Le disque regroupe plusieurs morceaux enregistrés lors de la fameuse tournée de 1982. Le groupe est alors interdit de représentation dans sa ville natale, Trbovlje, mais une exhibition sous haute surveillance a tout de même été autorisée à Belgrade. Le régime yougoslave revient toutefois sur sa décision la même année, LAIBACH est désormais banni de toute les salles de concerts de la fédération et ce, évidemment, sans compromis possible. Il parvient cependant à regrouper autour de lui une jeunesse en rébellion, fascinée entre autre par le mouvement punk en Angleterre*, et annonce chaque arrivée en ville par de discrètes affiches sans nom, sur lesquelles seule la fameuse croix de Malévitch suffit alors pour comprendre que Tomaz Hostnik et sa bande de furieux débarquent in town. Ljubljana-Zagreb-Beograd retrace ainsi, comme son nom l’indique, le chaotique périple de ces musiciens clandestins depuis Ljubjana jusqu’à Belgrade, qui se terminera par l’arrestation musclée des membres lors d’un concert à Zagreb en décembre 1982, suivi du suicide (ou reconnu comme tel) d’Hostnik quelques jours plus tard…

Ljubljana-Zagreb-Beograd nous le prouve ô combien : une représentation de LAIBACH n’était à l’époque ni plus ni moins qu’un véritable cauchemar sonore. Le groupe tente pourtant de rassurer son auditoire par une introduction reprenant ironiquement quelques airs populaires yougoslaves, mais cela juste avant que ne s’abatte sur nous la terreur stridente et symbolique du « Silence Rouge » (« Rdeci Molk »), nous plongeant désormais dans les abysses d’une musique brutale, aride à souhait, répétitive à vomir, abrasive et dégueulasse. Les arrangements minimalistes et les tortures électroniques de Dejan Knez renforcent encore la violence de l’œuvre. On est vraiment très proches des performances que donnaient les Throbbing Gristle au même moment en Angleterre. La seule différence avec ces derniers est qu’au contraire de Genesis P-Orridge, Tomaz Hostnik ne gueule jamais. Il toise, interpelle, froid et indifférent, laissant crever son public dans le déluge électrique et nauséeux orchestré par ses complices en chemise militaire. On cherche ici l’anéantissement de l’Être humain, broyé par les chaînes de montage de « Siemens » ou de la « STT »*, abruti dans le « Delo in Disciplina » (littéralement « Travail et Discipline »). Plus tard, avec « Poparjen Je Odšel » (I & II), c’est la mort de la conscience. Le cerveau ne répondra plus, on avance, cadavre ambulant, sous les ordres perfides d’un petit chef dont l’on ne connaît que la voix. Et pour entretenir le mythe d’une vie en communauté, d’un pouvoir à respecter, d’un Léviathan au dessus de nous, on se réserve le droit de vous faire assister à quelque défilé militaire en l‘honneur dont ne sait plus trop qui ou quoi - là avec le légendaire « Država », dont l’on découvre sur ce disque la première version - parade guerrière caricaturée à l’extrême, à en devenir réellement effrayante.

On ne peut l’occulter, Ljubljana-Zagreb-Beograd est une œuvre où expérience musicale et provocation politique sont indissociables. Comment comprendre ainsi cette joyeuse reprise du « Tico Tico » de Zequinha de Abreu infiltrée au milieu du disque, que l’humour acérée d’Hostnik renomme alors « Tito Tito », sans prendre en compte ce paramètre ? LAIBACH fait mal pour faire réfléchir. On aime ou on aime pas. Évidemment. Mais le quatuor n’édifie aucunement une pièce intellectuelle et inécoutable, et ce brûlant live de musique industrielle/électronique/noise (hum … oui) contient parfois toute une spontanéité belliqueuse et des expérimentations qui en font également une terrible expérience.

Très difficile d’accès, ce live s’apprivoise donc durement, et demeure aussi à jamais incomplet, en l’absence d’images l’accompagnant. Les performance étaient en effet aussi bien sonores que visuelles. Malgré tout, le novice pourra tout d’abord se concentrer sur l’ultime demi-heure, qui provient d’un autre concert, regroupant les titres « Cari Amici Soldati », « Jaruzelski », « Država » et « Svoboda », plus accessible et d’une meilleure « qualité » d’enregistrement. Et pourquoi pas se perdre dans les derniers hurlements d’Hostnik qui vit ses derniers jours, se lâchant pour la première fois dans la furieuse tempête industrielle d’un groupe qui n’aura sans doute jamais été aussi violent.

Immense et terrifiant : 4,5/5

Un peu d'histoire :
* Notons bien que la situation de la Yougoslavie à l’époque n’était pas celle des pays du Bloc de l’Est. Depuis 1948, Tito a rompu avec l’URSS et a ouvert son pays aux pays occidentaux. Voilà pourquoi les événements musicaux en Angleterre et aux Etats-Unis sont connus des jeunes Yougoslaves, et que, par exemple, LAIBACH connaît et reprend des standarts des Beatles, d’Opus ou des Rolling Stones ! Le mouvement punk et ses représentants y sont également connus dès 1977, date à laquelle se forment également les premiers groupes yougoslaves de punk rock.
** « STT » faisant vraisemblablement référence à une usine de Trbovlje, dont LAIBACH est originaire.

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- Tomaz Hostnik (chant)
- Dejan Knez (arrangemments)
- + Autres (?)


1. Intro
2. Unsere Geschichte
3. Rdeči Molk
4. Siemens
5. Smrt Za Smrt
6. Država
7. Poparjen Je Odšel Idelo In Disciplina
8. Tito-tito
9. Zoparjen Je Odšel Ii
10. Tovarna C19 (factory C19)
11. Stt (machine Factory Trbovlje)
12. Sveti Urh (saint Urch)
13. Cari Amici Soldati/jaruzelski/država/svoboda



             



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