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Michel DELPECH - Le Chasseur (1974)
Par MARCO STIVELL le 11 Janvier 2020          Consultée 268 fois

Après quelques singles à franc succès, Michel DELPECH revient en 1974 à la formule du 33-tours, signe d'une production plutôt atypique en cette période. Jean-Michel Rivat l'aide à écrire la totalité des nouveaux textes, tandis qu'à la composition Roland Vincent n'officie qu'un tiers du temps, remplacé par d'autres et notamment par Michel Pelay. Un monsieur que l'on a d'abord connu en batteur énergique du premier album de Jacques DUTRONC en 1966 - celui qui contient les plus grands tubes de l'artiste -, puis dans un tandem d'écriture à quatre mains pour moult artistes, aux côtés du claviériste du même album de DUTRONC, Alain Le Govic alias CHAMFORT, jusqu'à ce que celui-ci ne gère seul sa carrière. Pelay devient, comme Rivat, un collaborateur habitué de DELPECH.

Celui (l'album) qu'on appelle Le Chasseur est enregistré à Londres (studios IBC), sous la direction musicale de Bill Shepherd qui, entre 1965 et 1972 a été pour les BEE GEES l'équivalent de George Martin pour les BEATLES. Ce qui explique la présence de la clique de musiciens-copains venue d'Adelaide, Australie : Trevor Spencer (batterie), Alan Tarney (basse), Kevin Peek et Terry Britten (guitares). Au piano, Steve Grey (collaborateur de Henry MANCINI et Quincy JONES, bientôt du groupe SKY et de Brian ENO) et on rencontre la harpiste Skaila Kanga ayant allègrement participé à l'ambiance unique du deuxième album d'Elton JOHN en 1970, celui de "Border Song" et surtout, de "Your Song". On aura encore l'occasion de parler du pianiste-chanteur dans le monde de DELPECH.

Celui-ci propose donc son premier album complet en étant totalement immergé dans l'après-divorce, la solitude, le deuil, la détresse, les addictions. Cette photo prise pour la pochette par Chantal Simon, son ex-femme, en compagnie de la petite Garance en témoigne. À part cette dernière qui a encore pour elle son innocence et peut faire bonne figure, ça ne va pas fort du tout... On sait que Jean-Michel Rivat venait de divorcer en 1973, au moment de la fameuse chanson-tube. C'est cette douleur commune qui permet au disque de ne pas sombrer dans le mal-être total, et même au contraire d'y trouver une force pour faire là aussi bonne figure, espérer avec un ton innocent.

Certes, pour la partie thérapie, il y a "La maison en ruine" et ses images rurales de passé commun mis en miettes, de recherche de main tendue, qu'on peut penser métaphoriques. Il y a "Je pense à toi" où DELPECH se pose en ami observateur d'un couple alors qu'il est amoureux de la femme. Il y a l'homme désabusé du "24 décembre", en marge de tout ce que d'autres font alors... Mais on trouve aussi "Un jour, tu verras" qui suggère, qui veut croire à une belle (nouvelle) rencontre. "Nous n'habitons pas ensemble" qui pèse le pour et le contre, quelques regrets seulement au milieu d'une situation qui convient aux deux. Et puis la profondeur décrite avec légèreté : "Je l'attendais", ou quand "une nuit" devient amour partagé ; "Le retour de Claire", tiré d'une histoire où l'homme défiant l'avis médical vient chercher sa femme gardée sous surveillance en clinique, pour la faire sortir.

Ce sont des lueurs dans le long tunnel, des balises auxquelles le chanteur peut lui-même se raccrocher, et il le fait bien. Aidé par son entourage, il délivre un album de très belle facture, aux paroles simples, accessibles, aux musiques folk ballades, où le piano et les cordes règnent en maître, où les choeurs se posent comme une caresse. Au tout début de "Je l'attendais", les notes douces de Fender Rhodes sur lesquelles se pose le chant annoncent une oeuvre raffinée. D'ailleurs, DELPECH ne se dédouble que peu ou pas et ne fait jamais dans l'excès. Ses murmures sur le final de "Un jour, tu verras" font leur effet. Le rythme varie avec habileté entre jazz ("Nous n'habitons pas ensemble"), manouche ("Le retour de Claire"), country et les arpèges splendides des guitaristes ("La maison en ruine"), parfois aux mandolines ("24 décembre", "Un jour, tu verras" pour le parfum dolce vita).

Trois chansons se démarquent : "Ce fou de Nicolas" d'abord, carte postale de France adressée au tsar Nicolas II avec une touche de frivolité parisienne, accordéon compris. La harpe de Skaila Kanga fait des arpèges rapides, comme sur le couple d'autres morceaux auxquels elle participe. "Quel souvenir Papa" au texte beaucoup plus personnel, très touchant, évoque la Seconde Guerre Mondiale, la déportation, le retour auprès de l'épouse ; le tout sur fond de vibraphone, d'arpèges délicats.

Elle volerait presque la vedette au "Chasseur", morceau-phare de l'opus, qui concerne toute une frange de la population en France. DELPECH vient d'un milieu rural, et l'idée n'est donc pas de mépriser simplement ce qui est encore considéré comme un art. Il y a même un fond de culpabilité chez celui qui tient le fusil, en regardant s'éloigner les oies sauvages ; le chant s'envole lui aussi, sur ce magnifique refrain, tout en se laissant habiter peu à peu de visions impressionnistes. C'est une chanson que l'on écoute pour ce qu'elle est, difficile de ne pas la reconnaître comme belle, extrêmement bien écrite et interprétée.

Tout comme cet album d'ailleurs, qui garde la force de l'album de variété française mais confectionné à la sauce anglo-australienne, une saveur rare et exquise.

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   MARCO STIVELL

 
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- Michel Delpech (chant)
- Bill Shepherd (arrangements, direction musicale)
- Steve Grey (piano)
- Kevin Peek (guitares)
- Terry Britten (guitares, mandolines)
- Alan Tarney (basse)
- Trevor Spencer (batterie)
- Barry Guard (percussions)
- Skaila Kanga (harpe)


1. Je L'attendais
2. Ce Fou De Nicolas
3. La Maison Est En Ruine
4. Je Pense à Toi
5. Le Retour De Claire
6. Le Chasseur
7. Nous N'habitons Pas Ensemble
8. Quel Souvenir Papa
9. 24 Décembre Au Soir
10. Un Jour, Tu Verras



             



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