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Michel DELPECH - Sexa (2009)
Par MARCO STIVELL le 8 Mai 2020          Consultée 1085 fois

La collaboration avec Jean-Philippe Verdin/READYMADE a été fructueuse en termes artistiques comme de succès, il ne pouvait y avoir qu'une suite. Après l'album de duos en 2006, Michel DELPECH revient avec Sexa, formule plus simple et personnelle qui garde la même production, de manière plus unie toutefois.

Le style musical est moins diversifié, et pour cause, c'est d'abord le cas au niveau des textes. Tout tourne autour des préoccupations d'un homme qui a dépassé les 60 ans : les souvenirs comme la distance marquée avec les jeunes femmes, chose bien illustrée dans la chanson "Les belles et l'automne" (une des meilleures dernières interprétations du chanteur). D'un homme ou d'une femme, car "La nuit douce d'Alice", sur le vieillissement et même d'un point de vue indirect, n'y perd rien en force, avec des images concrètes, des phrases du style "il n'est plus temps de s'attendre au pire".

"Je passe à la télé" permet à Michel DELPECH de chanter en tant que star et à la fois de parler de son expérience déjà suffisamment longue, de laisser filtrer un propos conscient qu'un jeune premier ne gagnera qu'avec le temps. Un titre élancé parmi les rares du disque, mélodie en mineur et piano conducteur, de la belle pop-folk avec cordes finement "croonée".

"Des compagnons" est une jolie chanson traitant de la solitude, "Je ne t'aurais pas vue" d'un amour manqué. Textuellement une réussite : "en ce temps-là, j'aimais si peu", "je ne t'aurais pas vue, même si tu étais venue dans un halo de lumière". Superbe musique également, où Verdin use des influences psychédéliques, de guitares et synthés qui se suivent bravement. Un des bijoux du disque avec le countrysante "Le pour et le contre", son Wurlitzer et sa basse étouffée qui se dandine en triolets, ses chœurs féminins top élégance qu'on savoure pour la dernière fois.

Le piano revient à l'avant pour le blues "J'ai revu la cigarette", joliment taillée pour décrire le vide laissé dans certains lieux publics depuis la loi Evin, la politique anti-clope plus énervante qu'autre chose pour un fumeur ("imagine-t-on Gainsbarre ou Bogart sans ?"). Cela participe bien à l'aspect grisant de l'album, pochette oblige dans laquelle le chanteur s'efface déjà, au verso. Comme cette chanson enfumée, "Johnny à Vegas" est composée par un vieil ami, Michel Pelay.

Francis Basset se charge de la plupart des autres, mais il y a quelques spécificités comme une apparition de Pierre Papadiamandis ("L'âge d'or"). DELPECH avait cependant déjà collaboré avec le compositeur d'Eddy MITCHELL, contrairement à Franck Langolff, présent pour "Mon Ange" et "Lettre à tous ceux-là" (demande de pardon adressée aux gens que le chanteur a pu blesser). Même si ces chansons ne sont pas les meilleures, voilà un bel hommage à cet excellent musicien disparu en 2006.

Notons les moments jazzy avec cuivres qui ressortent mieux qu'ailleurs sur "J'ai revu la cigarette" ainsi que "Comme on s'traite", reggae dédié aux rapports humains de plus en plus compliqués. Le chanteur ne peut s'empêcher de glisser une pique à deux "grands" hommes qui se sont dit publiquement "touche-moi pas, tu m'salis" et "ben casse-toi pauv' con".

Soulignons, dans "Johnny à Vegas", le clin d’œil de Michel DELPECH à l'un de ses contemporains, comme il l'avait fait sur son tout premier album en 1966 - et sur un ton bien plus détaché - au milieu d'une chanson "inventaire" qui le débutait. Cette dernière, de forme sociologique (une des spécialités du chanteur aux yeux du public qui l'a aimé depuis le départ), trouve un écho ici dans l'ultime chanson du disque, "Cette petite femme pour moi".

Certes, il est question ici des premiers temps de l'Univers, de l'Homme, de la société, des inventions, des grands personnages. Certes, en 2009, la musique est plus personnelle, avec cuivres-fanfare New Orleans, guitare slide et ukulélé. Néanmoins, jusqu'au bout, il y aura eu des filles, une surtout. Elle n'a pas de prénom dans la chanson, mais au quotidien, elle a celui de Geneviève.

Cette bonne fée, ce soutien infaillible accompagne Michel DELPECH encore durant les sept dernières années de sa vie (où il ne donne plus que des concerts), pendant la période terrible de son cancer devenu fatal. L'automne cité dans l'une des chansons de Sexa se fond littéralement dans un hiver prématuré et le chanteur, peut-être revêtu d'un même costume que celui qu'il porte sur la pochette de son dernier album, nous quitte le 2 janvier 2016 à 69 ans. Année érotique disait quelqu'un d'autre ; âge significatif pour celui qui fut un symbole de séduction, et jusqu'au bout, un excellent chanteur.

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   MARCO STIVELL

 
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- Michel Delpech (chant)
- Jean-philippe Verdin (claviers, arrangements)
- Eric Sauviat (guitares)
- Laurent Vernerey (basse)
- Philippe Entressangle (batterie, percussions)
- Gael Rakotondrabe (piano)
- Rémy Galichet (arrangements des cordes)


1. Je Passe à La Télé
2. Lettre à Tous Ceux-là
3. L'âge D'or
4. Johnny à Vegas
5. Des Compagnons
6. Les Belles Et L'automne
7. La Nuit Douce D'alice
8. Je Ne T'aurais Pas Vue
9. Le Pour Et Le Contre
10. J'ai Revu La Cigarette
11. Comme On S'traite
12. Mon Ange
13. Cette Petite Femme Pour Moi



             



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