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LAIBACH - Volk (2006)
Par DARK PANDA le 25 Février 2011          Consultée 2780 fois

LAIBACH est décidément incontrôlable. Sur ses précédents albums, le groupe slovène nous avait habitué à des morceaux de bravoure Electro/Industriels, parfois à la limite du Metal, sur fond de marche militaire. A des reprises viriles de vieux tubes aussi, comme "In the army now" de STATUS QUO, "Get back" des BEATLES ou encore "The final countdown" d'EUROPE. Mais en 2006, ce sont les hymnes de 14 pays (cf tracklist) qu'il décide de revisiter, dans une ambiance cette fois tamisée. 14 pays dont une micro-nation virtuelle, la "Neue Slowenische Kunst". Souvent abrégée en NSK, elle représente le "Nouvel art slovène", collectif dont LAIBACH est l'un des fondateurs. Tous leurs membres usent abondamment des thèmes du totalitarisme dans leur art, afin de mieux dénoncer celui-ci. Une idée comme une autre, qui donne en tout cas à LAIBACH l'envergure légitime de groupe musical "politique".
Du coup, reprendre 14 hymnes nationaux ne peut évidemment pas se réduire à un simple exercice de style lorsqu'on s'appelle LAIBACH. C'est en effet ce que l'on pourrait croire... Sauf que. Sauf que Volk, en vérité, semble plus porté vers cet exercice de style que vers une réelle stratégie pamphlétaire. Bien sûr, l'album est parcouru d'ironie dans sa musicalité (les hymnes israélien et palestinien sont mélangés sur "Yisra'el") et ses paroles. Jusqu'à sa pochette faussement naïve, qui masque mal sa filiation avec la propagande illustrée du dernier conflit mondial. Mais l'intérêt ne réside pas (que) là. Car Volk est avant tout une ode sensitive miraculeuse, une poésie en 14 versets, pour autant de chants nationaux allégrement repensés dans leurs mélodies et enrichis de paroles "laibachiennes" (voix gutturale, phrasé laconique, textes à double-tranchant).

Le tempo est généralement lent et profond. Les mélodies sensuelles, lyriques voire épiques. Les chants très divers : graves et torturés avec le chanteur de LAIBACH, Milan Fras, célestes et exaltés avec Boris Benko et les autres invités de la galette. Car Volk est aussi une large collaboration : aux habituels membres slovènes se sont greffés le groupe SILENCE et un grand nombre d'instrumentistes ou de vocalistes. Une équipe redoutable qui, grâce à la production titanesque dont a bénéficié l'album, accouche d'une œuvre terriblement envoûtante, parcourue d'un climat fantasmagorique et de notes pointilleuses.
Oui, la musique s'y élabore par millimètre. Chaque son, chaque bruissement d'instrument a son importance, des interminables constructions industrielles aux quelques gouttes de piano, en passant par des airs de violon ou de trompette. Cet intérêt pour l'infiniment petit, le détail sonore et son exact rythme, scelle la beauté de ce disque. LAIBACH y décompose la musique électronique comme personne, ajustant et réajustant sans cesse les mécanismes subtils de son acoustique afin de créer une heure de contemplation, d'hymnes époustouflants de charme et de délicatesse.
Voilà pourquoi on peut définir Volk comme de la musique électronique contemplative : à l'instar du cinéma du même nom, l'œuvre de LAIBACH se vit comme une extase, un voyage sensitif et imagé qui nous emporte tour à tour au cœur de la frénésie new-yorkaise, dans le ciel azuréen d'une Espagne mythique ou au-dessus des rizières chinoises.

Prenons un exemple. "Germania", pièce initiale de l'album, débute par quelques austères notes de piano. Tout du moins, on pourrait le croire. Parce que derrière elles se cache un son de cloche éthéré, presque inexistant. C'est pourtant lui qui fait toute la différence : à cette découverte, le piano jusqu'alors imaginé comme un simple instrument, isolé dans un espace clos et sans saveur, se retrouve projeté au milieu d'un champ, les pieds embrassés par une herbe verte et étincelante, avec le ciel pour horizon. N'est-ce pas splendide ?
Autre exemple - peut-être encore plus significatif - avec "America", second titre de la galette. Premières sonorités, des salves de beat électro qui résonnent comme autant de coups de fusil. Le silence qui suit est rattrapé par un air léger et dépressif de synthétiseur. Théoriquement plat, puisque sans profondeur. Mais justement, la profondeur apparaît au travers de sirènes de police, persistantes mais délicates. Presque aériennes. Le décor est planté. La surface inerte du disque s'efface, on plonge dans une rue sombre et effrayante. Mais plus qu'accrocher simplement l'imaginaire, les sirènes s'insèrent au morceau sous forme de ligne musicale. Une pure merveille. C'est à ce moment précis que le chant de Boris Benko surgit, laissant échapper les premières paroles de l'hymne américain. Par son timbre très haut, il semble encore repousser les limites de la vision, creuser plus loin la profondeur de la musique. On ne touche plus terre, il fait nuit et l'on observe une aurore boréale, le visage en larme.

Le pire dans toute cette histoire, c'est que je viens de décrire quelques secondes seulement des 58 minutes de Volk. Deux ou trois sonorités sur plusieurs centaines. Imaginez donc l'ampleur de l'œuvre. Car chaque résonance, chaque palpitation, chaque atome de note constitue une image, une sensation, un sentiment à part entière.
Tout décrire est une tâche inenvisageable dans les minces lignes de cette chronique. Vous vous en doutez bien. Mais pour le plaisir et dans un souci d'exhaustivité (qui ne sera d'ailleurs jamais atteinte), je tiens à vous énumérer quelques dernières perles, précieuses car emblématiques de la qualité de Volk.

Voguons vers l'Espagne, septième étape de l'album. Une vague électronique, les cris d'une foule en liesse, l'effervescence de maracas. Fantasme d'une place ensoleillée gorgée d'un peuple en ébullition. Et, le plus important, sans aucune once de kitsch. La voix chaude de Milan Fras, leader de LAIBACH, prend la température. Les percées lancinantes d'un synthétiseur montent en puissance lors des refrains et explosent soudain en souffle épique, face aux "El Toreador" et "El Conquistador" virilement lâchés par le chanteur, dans un tumulte de musique industrielle.
Retour en arrière, troisième piste de Volk. L'Angleterre ouvre les portes de son jardin royal, version époque moderne. Les violons entament une courte composition devant la cour, entourés d'arbustes adroitement taillés. Le dernier accord s'envole, une charge mécanique assombrit le décor. Le temps s'accélère, Révolution Industrielle. Un synthétiseur diffuse d'improbables ondes distordues. Lorsque les violons reviennent, Boris Benko entame "God save the queen". Un éclair de lumière. Mais après une ultime envolée lyrique, la chape de plomb retombe et nous enfonce dans les méandres encrassés d'une usine londonienne. On croit être sauvé par l'émergence d'un air de piano, brillant de clarté, mais celui-ci poursuit le tempo industriel avant d'éclater, définitivement anéanti, dans un aplat dissonant du clavier. Le rythme transpire, les instruments vocifèrent, les voix gémissent. Tout cela dans une grâce et une volupté sans noms.
Dernier voyage. Insulaire. Le plus long de l'album. Le Japon, ses plaines verdoyantes et son air pur. Loin de Tokyo et de son exiguïté. Le bruit du vent durant les sept minutes de l'œuvre, accompagné par le chant cristallin de Boris Benko et les brises de quelques instruments à cordes (violon, violoncelle). Des gouttes de piano, aussi. Ce fameux piano. Encore et toujours lui.

Finalement, si le disque possède cette capacité à l'exploration, c'est parce qu'il a été réalisé avec une grande intelligence : celle de conserver tout d'abord les langues d'origine de chaque hymne (allemand, japonais, français, etc...), puis de saisir et de restituer à travers la musique toute la personnalité, la symbolique, la mythologie de chaque pays. Les réussites de ce genre sont rares. Le dernier album de LAIBACH est donc une bénédiction. Mais attention : il ne vous viendrait pas à l'idée de lire un livre ou de surfer sur internet durant une séance de cinéma, n'est-ce pas ? Alors faites la même chose avec Volk. Appuyez sur "play", fermez les yeux, laissez-vous porter par la musique. Et découvrez par vous-même cette somptueuse cinquième piste, la Marseillaise, dont je n'ai naturellement pas dit un seul mot.

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   (2 chroniques)



- Milan Fras (chant)
- Boris Benko, Membre De Silence (chant)
- Maria Awa, Artie Fishel, Zed Mehmet, Elv (chant)
- Mina Špiler (chant, synthétiseur)
- Primož Hladnik, Membre De Silence (synthétiseur)
- Damjan Bizilj (synthétiseur)
- Luka Jamnik (synthétiseur analogique)
- Janez Gabrič (batterie)
- Peter Dekleva (guitare acoustique)
- Anne Carruthers, Monika Debelic, Tamara (violon, violoncelle, cordes)
- Miha Dovzan (cithare)


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