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CHANSON FRANCO-BRETONNE  |  STUDIO

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Gilles SERVAT - La Liberté Brille Dans La Nuit (1975)
Par MARCO STIVELL le 26 Avril 2014          Consultée 2088 fois

Fin 1974-début 75, Gilles SERVAT se rapproche de l'arrangeur et chef-d'orchestre parisien Michel Devy, collaborateur de nombreux artistes du milieu variété (Béranger, Souchon...) dont la renommée allait s'étendre en ce milieu de décennie. Non confiné au rôle de simple arrangeur, Devy compose quelques musiques pour SERVAT. La Liberté Brille Dans la Nuit, chanson devenue titre d'album, cette lumière que l'on contemple de loin et que l'on peine à atteindre, ce désir ardent de relever la Bretagne... Tout cela reste dans le ton de la plume employée par l'artiste breton sur ses premiers disques, mais on remarque ici une certaine maturité, moins de tournures “coup de poing”. La mesure, sur "La Ballade des Parasites" comme sur "An Eostig Toullbac'het" ("Le Rossignol Captif") l'emporte sur le crachat, les mots n'en perdent rien en force. Sur ce dernier titre, une phrase très significative : "Les chants ont seulement le goût de la liberté, ils n'ouvrent pas les portes des prisons".

"Dernière Chanson" pourrait être sa "Supplique Pour Être Enterré..." non pas à la plage de Sète comme un autre troubadour éminent ni tout comme ce dernier dans une atmosphère chrétienne, mais bien en terre de Bretagne, qu'il espère réunifiée même si c'est en désespoir de cause ("Je suis dans ma patrie, rendue par le trépas libre des tyrannies, si Dieu n'existe pas"). SERVAT s'en remet au grand Yann-Ber Piriou et son célèbre "Planedenn" ("Destin"), décrivant le sort des paysans bretons contraints de servir la France au cours des dernières guerres. François Quenechou voit sa vie retranscrite et chantée avec une émotion fragile par SERVAT. Une vie de conflits, guerres et retour à la terre difficile, pour finalement se terminer dans le froid et la misère, comme ces autres gens pour qui la lumière de la liberté et du bonheur n'aura jamais été aussi lointaine.

Les bretons ne sont pas seuls dans ce cas, une nouvelle fois. Un autre texte nous rappelle le sort du Chili depuis deux ans par des allitérations en "t" et des enchaînements de mots coupants comme des rasoirs (terreur, ténèbres, torture, testicules, tranché...). Plus cynique, "C'est la Faute au Pétrole" se transpose à l'échelle mondiale et à l'inflation causée par le choc pétrolier de 1973. "Dublin, Heure de Grâce" nous soulage un peu dans cette rugosité, en témoignant de l'attachement aux lieux celtes comme ont pu le faire "L'Île de Groix" ou "Je Dors en Bretagne ce Soir". Quant au "Canal Saint-Martin", c'est l'image qui se présente comme la plus personnelle, une histoire d'amour impossible baignant dans la fraîcheur de la jeunesse et la froidure de Paris.

Paris ? Oui Paris ! Malgré les éléments celtiques récurrents dans les textes, La Liberté Brille Dans la Nuit est très certainement le disque le plus parisien de SERVAT, en particulier d'un point de vue musical. Jamais l'artiste ne se sera autant éloigné de ses racines. Après trois albums réalisés en petit comité, Michel Devy illustre les mots lourds de sens par un orchestre imposant, des pianos omniprésents... Les saveurs variées de timbres (violons, trombone, harpe classique, cromorne, sitar, pedal-steel guitare) et de styles, mélange subtil variété-jazz-contemporain avec des intonations “world” (latino, etc), procurent un sentiment d'incohérence voire de déception à la première écoute qui se change par la suite en contemplation d'une oeuvre belle et ciselée. Cette réussite justifie également l'orientation parisienne, elle aussi obstacle évident pour un amateur de musiques celtiques, par sa simple différence.

"Dernière Chanson" et "La Ballade des Parasites" évoquent le “Jaurès” de Jacques Brel et diffusent le parfum de la capitale, grâce à un arrangement minimaliste reposant essentiellement sur l'accordéon. La musique de “Canal Saint-Martin”, signée par Jean Querlier qui y joue tour à tour du cor anglais et du saxophone alto, est caractéristique de la fameuse touche contemporaine, avec ce que l'on nomme un effet "sans direction" dans notre jargon musical, typique de l'improvisation jazz moderne. "Planedenn" seul rappelle l'influence folk des albums précédents, SERVAT se limitant à une guitare acoustique pour tout accompagnement. Quant à "Je Dors en Bretagne ce Soir", non contente d'amener une orchestration plus authentique que l'originale, s'en trouvant ainsi magnifiée, elle clôture le disque avec, de la part de l'auteur, comme une envie d'annoncer en filigrane un prochain retour aux sources...

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   MARCO STIVELL

 
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- Gilles Servat (chant)
- Michel Devy (arrangements et direction)


1. An Eostig Toullbac'het
2. Chili T.t.
3. Dublin Heure De Grâce
4. C'est La Faute Au Pétrole
5. La Liberté Brille Dans La Nuit
6. Dernière Chanson
7. Chanson Pour François Quenechou
8. Planedenn
9. La Ballade Des Parasites
10. Canal Saint-martin
11. Je Dors En Bretagne Ce Soir



             



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