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CHANSON FRANCO-BRETONNE  |  STUDIO

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- Style : Tri Yann, Denez Prigent , Dan Ar Braz , Dom Duff, Glenmor
- Membre : René Werneer

Gilles SERVAT - Mad In Sérénité (1988)
Par MARCO STIVELL le 27 Juin 2014          Consultée 1421 fois

«Mad, comme fou en anglais. Mad, comme bon en breton. Peu à peu, à vivre avec les arbres, j'ai compris combien l'impatience est néfaste. Les tempêtes qui m'obscurcissaient l'esprit se sont dissipées. Rejetant la violence, je me suis retrouvé plus fort, avec mes convictions raffermies, lavées des outrances. Sérénité... Contemplative et Dynamique, chargée d'Espoir. Des portes s'ouvrent et l'expression arrive, mystérieuse, comme un jour qui se lève... Ainsi qu'un oiseau à l'aube, je vous délivre ces chants.»
Ces notes sont inscrites dans la pochette ouvrante de Mad in Sérénité, dixième album studio de Gilles SERVAT. La carrière de ce dernier, à compter de cette oeuvre, ne fera que confirmer le sentiment d'épanouissement, transmis à l'auditeur par l'artiste.

«Tempête» est un exemple qu'il convient de retenir parmi d'autres. Le 15 octobre 1987, une tempête très violente venue du sud touche la Bretagne et la Normandie avant de se déplacer vers l'Angleterre. Au début de la chanson, SERVAT raconte sa venue progressive sur fond de nappes de plus en plus présentes. Comparée à un ouragan (le cri poussé par le chanteur à 2,00 min), elle fait des dégâts considérables. Dans la deuxième partie de la chanson, le chanteur s'adresse à elle de manière amère mais mesurée. Textuellement et musicalement, ce morceau prend une allure scénaristique somptueuse.

Concernant ce dernier point et sur tout le disque, la présence de Michel Devy comme directeur musical est essentielle. Grâce à lui, Mad in Sérénité est habillé d'arrangements qui se rattachent à leur époque, particulièrement marquée par la sortie du Grand Bleu de Luc Besson, et sa fameuse musique signée Eric Serra. Si ce dernier n'est pas de la partie contrairement à l'album Septembre bleu de Dan Ar Braz, dans la même veine et sorti la même année, les claviers sont imprégnés des éléments qui ont fait son succès, tout comme la basse fretless de Sauveur Mallia. Un musicien accompagnateur idéal et trop peu connu du public français, tout comme l'est (feu-)Patrice Tison, aux guitares solistes inspirées et aux arpèges brillants sur un modèle Stratocaster, timbre unique...

On peut les entendre sur la majorité des morceaux, parmi lesquels la reprise de «La fille du chemin bleu», chanson de Dan Ar Braz justement (album Musique pour les silences à venir, 1985). Une histoire d'amour nostalgique par Gilles SERVAT et sa femme Michelle Le Poder survole ce thème musical fort élégant et instrumental à l'origine. À ce propos, pouvait-on espérer une introduction plus belle que «Mystérieux comme toujours» ? Sur des sons musicaux clairs, rêveurs, Gilles SERVAT résume l'évolution de l'homme par grandes époques, de la préhistoire au futurisme, et par images poétiques, cinématographiques même, encore une fois. Une voix tour à tour forte et murmurée, roulante mais jamais abrupte. Limpide, simplement. Quelle profondeur...

La production, à la fois moderne et acoustique, sert à merveille les compositions et l'interprétation de SERVAT. L'absence de batteur est à double tranchant : la boîte à rythmes, limitée et mécanique, a un son de caisse claire parfois trop sec et prononcé, mais le son de l'instrument se fond dans un ensemble qui devait de toute manière s'éloigner des albums très rock du début de la décennie. Sur fond de complainte bretonne, «Ar Plac'h He C'hoef Radenn» propose même un accordéon programmé.

Reprise de l'album Chantez la Vie, l'Amour et la Mort (1977) et ici récitée a-cappella, «Arbres» symbolise à merveille ladite évolution. Le chanteur ne crie plus, et n'en trouve que mieux sa cible à travers des mots bien ajustés. «C'est elle mon île» et «Nantes s'endort» offrent autant d'images feutrées d'obédience celtique, urbaines ou non, sur fond de nappes de claviers et d'harmonies jazzy. «Skinn Mac Dana» est elle, inspirée par le personnage principal des romans de science-fiction par l'écrivain SERVAT.

Une autre chanson importante du disque reste «L'espoir». Brest, images du dernier port de la Bretagne, un sentiment qui ne faillit jamais. Il n'y a plus aucune violence, les cordes à la partition fortement contemporaine (Michel Devy signe la composition) ne s'échappent que pour rappeler combien la flamme brûle. "J'ai la certitude que dans mon sang, il (l'espoir) ne disparaîtra jamais". La fin inattendue et merveilleuse, jig avec whistle, bodhran et piano digital, unique danse du disque, tend à signifier que plus rien ne sera jamais pareil. SERVAT, n'a pas seulement changé sur le plan personnel. L'artiste nous annonce qu'il va retrouver complètement ses origines désormais...

Les dernières expériences en date de SERVAT mènent à ce chef-d'oeuvre, Mad in Sérénité (Grand Prix de l'Académie Charles-Cros), dont le souci de finition est palpable jusque sur une pochette magnifique.

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   MARCO STIVELL

 
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- Gilles Servat (chant)
- Michel Devy (synthétiseurs, programmations)
- Gérard Guilloury (synthétiseurs, programmations)
- Sauveur Mallia (basse)
- Patrice Tison (guitares)
- Régis Letenneur (flûtes)
- Anne Mercier (violon)
- Patrick Cohen-akenine (violon)
- Jean-paul Minali-bella (alto)
- Laurent Hoevenaers, Helena Andreyev (violoncelle)


1. Mystérieux Comme Toujours
2. C'est Elle Mon île
3. Ar Plac'h He C'hoef Radenn
4. Nantes S'endort
5. Tempête
6. Le Chemin Bleu
7. Arbres
8. Skinn Mac Dana
9. E Kervoial
10. L'espoir



             



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