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 Guide Jazz (375)

Charles MINGUS - Mingus Ah Um (1959)
Par DERWIJES le 24 Octobre 2020          Consultée 224 fois

Voici la pierre angulaire de l’œuvre de Charles MINGUS. Celle qui a été ajoutée au National Recording Registry de la Librairie du Congrès, au Grammy Hall of Fame, celle que vous trouverez citée dans tous les ouvrages sur les « meilleures albums de tous les temps ». On peut lui préférer d’autres albums de Mingus, mais on ne peut pas nier son importance.

Et s’il est important, c’est parce qu’il constitue le reflet de l’âme de son auteur. L’écouter c’est se retrouver face à face avec Mingus. C’est un artiste qui se met à nu sur chacun de ses albums et la dernière fois qu’il l’a fait avec autant de force c’était sur Blues & Roots. C’était brut de décoffrage, et si Ah Um paraît plus poli et mieux habillé, il a en fait la même force de frappe. C’est un disque important pour qui veut comprendre ce qui constitue l’identité afro-américaine car il mélange le blues, le gospel et le jazz dans un mélange à la fois festif et contestataire face à la ségrégation, le racisme et juste la Bêtise avec un B majuscule. Il y reprend les codes laissés par Duke ELLINGTON pour créer son propre alphabet du jazz, tout en élégance.
Son accessibilité est la force du disque. Vous y entrez pour les mélodies, vous restez pour l’intelligence des arrangements. Pensez à « Fables of Faubus » : c’est immédiatement accrocheur mais cache une critique au vitriol de l’ancien gouverneur de l’Arkansas, qui s’élevait cœur et âme contre l’accès à l’école et à l’université des enfants de couleur. Les paroles écrites par Mingus font peur à la maison de disque qui refusent qu’ils les rajoutent à l’enregistrement. Ce sera un instrumental et c’est déjà assez bien comme ça ! C’est un grand honneur qui est fait à Orval Faubus dont la mémoire est ainsi conservée alors que sa place est dans la corbeille de l’Histoire.

Ah Um est un disque accessible, donc. Les morceaux font moins de cinq minutes et empruntent, on l’a déjà dit, à Duke Ellington. Mingus à bien choisi son équipe : John HANDY, Shafi HADI et Booker ERVIN au saxophone, Willie DENNIS et Jimmy KNEPPER au trombone, Horace PARLAN au piano et bien sûr Dannie RICHMOND à la batterie, toujours fidèle au poste. Ils capturent le « lightning in the bottle », comme disent les anglo-saxons, ce moment de grâce artistique qui n’arrive qu’une fois et que l’on ne peut pas reproduire.
De cette entente sort deux standards, « Better Git It In Your Soul » et « Goodbye Pork Pie Hat ». Les deux faces de la pièce Mingus, la première rythmée par l’énergie d’exclamations gospel, la seconde mélancolique, écrite en hommage à son ami Lester YOUNG. D’autres hommages se trouvent sur le disque. Le destinataire de « Open Letter to Duke » est l’évidence de l’évidence, et « Jerry Roll » est bien sûr pour Jerry ROLL MORTON, l’un des pionniers du jazz. Mais attention, « Bird Calls » n’est pas dédié à Charlie PARKER mais…aux oiseaux, tout simplement, dixit Mingus. On veut bien le croire, ce genre d’irrévérence parsème le disque. Avec le recul c’était quand même osé de faire un album de cet acabit alors qu’il s’agissait de son premier pour le grand label Columbia. Il refuse de se plier à la demande des producteurs de ramener avec lui dans le studio de grandes stars (comme quoi les featuring véreux ne datent pas d’hier) et préfère des inconnus. En tout cas son producteur Téo MACERO s’en fichait bien. Lui à son travail et il l’a bien fait, des décennies après et le son est toujours aussi bon, les responsables du remasters ont dû se réjouir de travail facile. Macero verra son heure de gloire arriver quelques années plus tard quand il travaillera avec Miles DAVIS sur sa période électrique.

On ne peut pas placer avec précision Charles Mingus sur une carte du jazz. Il est fluctuant et sa musique n’obéit qu’à lui : elle est trop indisciplinée pour être du big band mais trop recherchée pour être du bop. Elle est surtout trop intelligente pour se laisser enfermée par des dénominations réductives, car comme aurait pu le dire David S. Pumpkins : « It’s is own thing ! ».

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Non disponible


1. Better Git It In Your Soul
2. Goodbye Pork Pie Hat
3. Boogie Stop Shuffle
4. Self-portrait In Three Colors
5. Open Letter To Duke
6. Bird Calls
7. Fables Of Faubus
8. Pussy Cat Dues
9. Jelly Roll



             



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