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Charles MINGUS - Tijuana Moods (1961)
Par DERWIJES le 21 Novembre 2020          Consultée 118 fois

A quoi ressemblerait l’histoire de la musique si les artistes avaient une relation symbiotique avec leur maison de disque ? C’est une relation faite de besoin et d’incompréhension. Combien de grands albums n’ont jamais vu le jour à cause d’une maison de disque qui n’y croyait pas. Et inversement, combien de grands albums sont nés de la frustration de l’artiste face à la mentalité mercantile des producteurs ? La réponse, mes amis, souffle dans le vent (des commentaires).

Tout cela pour dire que l’album dont nous allons parler aujourd’hui fait partie de ceux qui ont failli finir aux oubliettes : initialement enregistré en 1957 après The Clown, mais avant Mingus Three, il n'est sorti à la vente qu’à partir de 1962, par la bonne grâce de RCA qui n’avait rien d’autre à se mettre sous la dent pour se remplir les poches.
En un sens, le hasard fait bien les choses puisque cela permet à l'album d'être placé pile dans la ligne des chefs-d’œuvre enregistrés successivement par Charles MINGUS, série commencée avec Ah Um et conclue avec The Black Saint and the Sinner Lady (oa avec Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus, c’est selon). La date d’enregistrement explique aussi le line-up : Clarence SHAW à la trompette, Jimmy KNEPPER au trombone, Shafi HADI aux saxophones alto et ténor, Dannie RICHMOND à la batterie, et en invités Frankie DUNLOP aux percussions, Lorne ELDER au chant et Ysabel MOREL aux castagnettes et au chant.

Tijuana est une ville mexicaine proche de la frontière américaine. Vous avez peut-être déjà vu cette photo de la frontière, avec à gauche le désert et quelques bicoques misérables, et à droite une métropole opulente grouillant de néons et de voitures. Elle a été prise tout près de Tijuana. A la fin des années 50, la ville est surtout réputée pour servir d’exutoire aux étudiants américains pendant le Spring Break, qui viennent en masse s’y saouler, s’y droguer et surtout profiter des prostituées. C’est pendant un séjour tumultueux là-bas que MINGUS trouve l’inspiration de cet album.
La pochette, très classe, annonce l’aspect sulfureux de l’album. Cette pochette met MINGUS dans une colère noire puisque son prénom y est orthographié Charlie, ce dont il avait horreur (« C’est un prénom pour un cheval, pas pour un homme ! »). Et pour ne rien arranger à sa mauvaise humeur, les musiciens se plaignent pendant l’enregistrement de la complexité des arrangements, ce qui l’oblige à les accompagner mesure par mesure. Cette méthode, certes plus laborieuse, lui permit cependant de tirer le meilleur de ses musiciens, ce qui se ressent grandement dans leur performance.

"Dizzy Moods », version alternative de "Woody’N’You" de Dizzy GILLESPIE, ouvre le disque. Le tempo y est rapide et le morceau tournoie comme un derviche tourneur. De quoi nous mettre en appétit avant le plat principal, l’absolument délicieux "Ysabel’s Table Dance". C’est la B.O. d’un film imaginaire, un plan séquence nous promenant dans un bordel de la frontière mexicaine, aussi mal famé et torride qu’on peut l’imaginer, dans une atmosphère chaude et survoltée. Shafi Hadi y est sublime. Et que dire d’Ysabel Morel qui donne vie à l’ensemble avec son interprétation ? On peut facilement le mettre dans le top 10, non, plutôt le top 5 des meilleurs morceaux enregistrés par MINGUS. Rien que ça.
Mais redescendons la température un peu. Quittons le quartier rouge pour la place principale de la ville. Le riff dissonant qui nous accueille nous indique que loin d’être la grande ville commerciale qu’elle est aujourd’hui, Tijuana est encore au Far-West. L’ambiance s’annonce tendue alors qu’un duel se prépare. Mais comme la pluie après une chaude journée d’été, "Los Mariachis" vient rafraîchir tout le monde. Que la fête commence ! Ce coup-ci, c’est la trompette de Clarence SHAW qui mène la danse.
La bonne humeur continue avec "Flamingo". Ce coup-ci, nous sommes en soirée, la fête s’éternise et les derniers encore debout, gagnés par la mélancolie de la fatigue, ont encore pourtant assez d’énergie pour faire valser une dernière fois les amoureux.

Satisfait du voyage ? Il est temps de révéler la grande supercherie : c’est en fait un patchwork de différentes séances d’enregistrements. Profitant du fait que l’album reste dans les tiroirs, MINGUS a trifouillé pour arriver à un résultat qui le satisfaisait. C’est une pratique relativement rare pour l’époque, la plupart des albums de jazz étant enregistrés au cours de la même session pour économiser de l’argent et garder intacte la spontanéité des musiciens.
En tout cas, c’est un pari réussi : Avec Tijuana Moods, Charles MINGUS nous invite à l’un des plus grands voyages jamais proposés par le jazz.

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   DERWIJES

 
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- Charles Mingus (contrebasse)
- Jimmy Knepper (trombone)
- Curtis Porter, (shafi hadi )
- Clarence Shaw (trompette)
- Bill Triglia (piano)
- Dannie Richmond (batterie)
- Frankie Dunlop (percussion)
- Ysabel Morel (castagnettes, voix)
- Lonnie Elder (voix)


1. Dizzy Moods
2. Ysabel's Table Dance
3. Tijuana Gift Shop
4. Los Mariachis (the Street Musicians)
5. Flamingo



             



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