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Charles MINGUS - Th Black Saint And The Sinner Lady (1963)
Par DERWIJES le 6 Décembre 2020          Consultée 523 fois

La folie créatrice. C’est un moteur, un engin puissant qui permet d’aller très loin très vite – et souvent au détriment de la santé mentale de son utilisateur lorsque la batterie tombe à plat.

Pour Charles MINGUS, cette folie était un appétit vorace qui le poussait à en faire toujours plus. Toute expérience est bonne à prendre tant qu’elle le nourrit. En cela, il ressemble aux autres affamés du jazz, les Miles DAVIS, Herbie HANCOCK et autres Wayne SHORTER, pour ne citer qu’eux. Peut-être aurait-il peint les mêmes paysages sonores qu’eux, colorés et variés, s’il avait eu comme grand modèle Charlie PARKER et non pas Duke ELLINGTON.
Nous sommes alors en 1963, et il a enregistré avec son idole le disque Money Jungle, découvrant de première main la signification du vieil adage « il ne faut jamais rencontrer ses héros ». Les choses ne se sont pas passées comme prévu et il a fini par claquer la porte, frustré de ne pas parvenir à communiquer comme il l'entend. Peu importe, il conservera tout de même l’amour des big band et l’ambition de réussir le croisement parfait entre la musique classique et le jazz. La « grande » musique blanche que l’on joue dans le silence le plus complet des grands opéras, et la « petite » musique noire, confinée dans les clubs bruyants et enfumés d’Harlem. ELLINGTON a peut-être eu le privilège de jouer dans des réceptions mondaines, mais il ne faut pas ignorer la curiosité qu'il constituait lorsqu'il paradait ainsi devant ses riches invités. En analysant la question plus en profondeur, ne pourrait-on pas dire que faire le pont entre les deux genres était, pour MINGUS, une manière de faire valider son art par la haute société, comme si seules les élites blanches pouvaient l’adouber, une manière de grimper dans l’échelle sociale ? Peut-être, ou peut-être pas. En tout cas, il s’agit du grand combat de cet album. Réussir le plus beau mariage entre le jazz et le classique. Mais laissons-là les spéculations et concentrons-nous sur les faits.

Pendant six semaines, MINGUS donne une série de concerts au Village Vanguard, accompagné du pianiste Bob HAMMER qui s’occupe de gérer son orchestre de onze musiciens. Il en profite pour lui demander de venir travailler, lui et son orchestre, sur son prochain album, avec lequel il veut aller encore plus loin qu’avec MINGUS Ah Um. Cette fois-ci, il a en tête l’idée de composer une suite entière.
Le procédé est ambitieux, mais MINGUS ne l’est pas moins. Assis à la console du studio, il compromet la sacro-sainte improvisation du jazz en utilisant des overdubs, une technique peu utilisée dans le genre à l’époque. Mais ce qui rend The Black Saint si différent, ce n’est pas son contenant mais son contenu. De toutes ses œuvres, c’est peut-être l’une des, si ce n’est la plus personnelle. On y trouve les émotions basiques : joie, tristesse, colère auxquelles viennent s’ajouter une grandeur et une force d’esprit. Le tout dans une suite de six pièces ? Oui, il est si fort que ça le MINGUS. Plus on l’écoute et plus on découvre, plus on découvre et plus on l’aime. A la manière de la fresque de la chapelle Sixtine (rien que ça), on commence avec un point focal (l’influence ellingtonienne) et peu à peu on élargit notre vision pour y découvrir tous les détails cachés –une évocation du flamenco ici, des sons free jazz là, impossible de prédire ce que réserve la suite-. Son meilleur pinceau est le saxophoniste Charlie MARIANO, absolument brillant de bout en bout, sans oublier bien sûr Bob Hammer qui tient fermement les rênes de son orchestre.
« Ce qui importe par-dessus tout dans une œuvre d’art, c’est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir », disait James Joyce. The Black Saint and the Sinner Lady vient des profondeurs d’une âme tourmentée, sculptée devant nos yeux, ou nos oreilles devrait-on dire. Assurément et pour l’éternité l’un des plus grands albums de jazz jamais enregistrés, point final.

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   DERWIJES

 
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- Charles Mingus (contrebasse, piano)
- Jerome Richardson (saxophone soprano, saxophone baryton et flûte)
- Charlie Mariano (saxophone alto)
- Dick Hafer (saxophone ténor, flûte)
- Rolf Ericson (trompette)
- Richard Williams (trompette)
- Quentin Jackson (trombone)
- Don Butterfield (tuba, trombone contrebasse)
- Jaki Byard (piano)
- Jay Berliner (guitare acoustique)
- Dannie Richmond (batterie)


1. Track A - Solo Dancer
2. Track B - Duet Solo Dancers
3. Track C - Group Dancers
4. Mode D - Trio And Group Dancers/mode E - Single So



             



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