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Charles MINGUS - Let My Children Hear Music (1972)
Par DERWIJES le 13 Décembre 2020          Consultée 432 fois

Il est facile de dire que la dernière partie de carrière de Charles MINGUS est la moins intéressante. La maladie et les soucis personnels l’emportent sur la musique qui se contente de recycler la même recette de toute manière. Comme le disait Neil YOUNG, better to burn out than to fade away ? Erreur ! Enterrer MINGUS aussi tôt, c’est faire l’impasse sur l’un de ses meilleurs albums.

Que Let My Children Hear Music ne soit pas plus reconnu est une des plus grandes injustices de la musique. Sa genèse s’est faite dans la douleur : atteint de la maladie de Charcot, le contrebassiste ne peut jouer de son instrument que difficilement et doit se contenter de jouer le rôle de chef d’orchestre, une situation qui n’ira qu’en s’aggravant au fil des années. Il continue de composer sans cesse, demandant parfois à d’autres musiciens de diriger son groupe pour lui pendant des sessions d’enregistrement à rallonges compliquées par un changement constant de personnel qui menace à chaque fois de faire dérailler le projet. Mais MINGUS tient la barre pour faire traverser la tempête à son bateau avec l’aide de son second, le producteur Teo MACERO. Il a l’habitude des cas désespérés, et sa méthode de découpage qui l’a fait connaître après son travail sur le In A Silent Way de Miles DAVIS est exactement ce que veut MINGUS : quelqu’un capable de donner du sens à tout ce qui a été enregistré.

Si l’album tient debout, c’est donc grâce au travail expert de Teo Macero. MINGUS poursuit son objectif : la fusion parfaite entre le jazz et la musique classique, produire le meilleur album qu'ait jamais fait Duke ELLINGTON. Moins subtile que sur The Black Saint and the Sinner Lady, la musique ici n’en est que plus directe. Avec comme toujours un certain sens de l’humour quand il s’agit de choisir les titres de ses morceaux. "The Shoes of the Fisherman’s Wife Are Some Jive Ass Slippers". Ça fait plaisir de voir qu’il n’oublie pas de sourire malgré tout !
Ces morceaux ne sont pas neufs. Ils ont été déjà ébauchés quelques années plus tôt, mais MINGUS n’a eu de cesse de les tripatouiller dans tous les sens jusqu’à en proposer leur version définitive sur ce disque. C’est le cas de ce fameux premier morceau, mais aussi de "The I of Hurricane Sue", mais aussi de "Adagio Ma Non Troppo" que nous connaissons depuis Mingus Plays Piano. La version au piano était déjà quelque chose, mais sa transcription orchestrale lui ajoute la substance qui lui manquait. Absolument sublime, et c’est dire quelque chose que d’assurer que c’est le plus grand morceau du disque. D’ailleurs, il n’y a guère que "Don’t Be Afraid, the Clown’s Afraid Too" dont on pourrait se passer. Sans grande surprise, c’était aussi un morceau dispensable lors de sa première apparition sur The Clown une décennie auparavant. Dispensable mais rien que "Hobo Ho" ne puisse compenser avec ses solos pleins de feeling. MINGUS a enfin atteint son objectif : la frontière est encore visible mais jamais il ne s’est jamais autant rapproché de la fusion parfaite entre jazz et classique.

L’importance des pochettes n’est plus à prouver, mais c’est quand même fou à quel point l’image choisie pour celle-ci correspond si bien à la musique qu’elle cache. Au premier coup d’œil, c’est le dessin abstrait d’un arc-en-ciel avec des boules lumineuses sur un fond sombre. Mais il définit parfaitement la musique : sombre, mais avec des pointes de beauté et de lumière qui illuminent l’ensemble. Une anecdote à propos de l’album le résume succinctement : sur son lit de mort, Charles MINGUS envoya une lettre à Sly JOHNSON qui avait travaillé en tant que conducteur et arrangeur sur l’album, pour le remercier de son aide. Il y admet que de tous ses albums, Let My Children Hear Music était son préféré. Si le maestro le dit.

P.S. : C’est un secret de polichinelle que les Grammy Awards ne sont que du vent, mais pour montrer à quel point ils sont à côté de la plaque, ils ont donné à ce disque le Grammy Award de l’album avec les meilleures notes de livret. Ça ne s’invente pas, malheureusement.

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1. The Shoes Of The Fisherman's Wife Are Some Jive As
2. Adagio Ma Non Troppo
3. Don't Be Afraid, The Clown's Afraid Too
4. Taurus In The Arena Of Life
5. Hobo Ho
6. The Chill Of Death
7. The I Of Hurricane Sue



             



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