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Joni MITCHELL - Song To A Seagull (1968)
Par DERWIJES le 17 Février 2021          Consultée 124 fois

Lorsque paraît son premier album en 1968, Joni MITCHELL n’a que 25 ans mais a déjà plus d’expérience que nombre de ses pairs.

Née en 1943 d’une mère enseignante et d’un père militaire dans l’aviation canadienne reconverti en épicier après la guerre, elle passe ses premières années à Saskatchewan (la province du même nom, pas notre chroniqueur vénéré) où elle préfère peindre et jouer du piano plutôt qu’apprendre à l’école. L’année de ses 9 ans est cruciale dans son développement personnel : non seulement c’est à cet âge qu’elle commence à fumer, mais elle contracte la polio, ce qui la cloue au lit mais lui permet de développer ses talents créatifs et son goût pour la littérature. La maladie lui laisse en souvenir une main droite fatiguée qui l’oblige à compenser lorsqu’elle apprend la guitare. A 12 ans, de moins en moins intéressée par l’école, elle traîne dehors avec divers groupes pas toujours très nets, mais qui ont le mérite de lui ouvrir de nouveaux horizons musicaux. Elle reste néanmoins décidée à étudier l’art et parvient à intégrer l’école d’Art locale, qu’elle quittera presque aussitôt, au grand dam de ses parents.
En 1964, à ses vingt ans, elle joue dans des clubs locaux et décide de partir tenter sa chance à Toronto. C’est pendant le trajet en train de trois jours jusqu'à là-bas qu’elle écrit son premier morceau, mais à l’arrivée les choses ne sont pas si simples : si elle a la chance de pouvoir donner quelques concerts à ses débuts, elle est vite obligée de se trouver un travail, n’ayant pas les moyens de se payer une inscription au syndicat des musiciens local, et se heurte également au problème trop commun des difficultés à lutter contre les artistes déjà établis qui ont le monopole des meilleures scènes et se permettent même d’interdire aux autres de jouer tel ou tel morceau, se les gardant pour eux. Cet élitisme ordinaire met un coup au cœur des idéaux folk unitaires de Joni, qui alterne alors entre concerts de rue et son travail dans la section vêtements d’un centre commercial. Les choses se compliquent encore lorsqu’elle tombe enceinte et que le père s’empresse de se sauver.
Vivant dans la dèche, pour ne pas dire la misère, elle se résout à prendre la plus difficile des décisions et abandonne son bébé à l’assistance sociale. Elle gardera secret cet évènement traumatisant, y faisant parfois référence au nez et à la barbe de tous dans ses paroles. Sa fille la retrouvera dans les années 90, mais cet évènement étant privé, et les tabloïds s’en étant déjà bien frottés les mains, nous ne nous étendrons pas dessus plus que nécessaire.

De son propre aveu, c’est en tout cas pour oublier sa peine qu'elle s’investit pleinement dans sa musique. Le bout du tunnel apparaît lorsqu’un Américain du nom de Chuck MITCHELL craque pour elle. Les deux se marient, elle adopte son nom et obtient un visa américain. D’abord installé à Detroit, elle commence à jouer là-bas mais parvient vite à obtenir d’autres scènes : d’abord Philadelphie, puis New-York et enfin le reste de l’East Coast. La scène folk bat alors son plein, menée par Joan BAEZ et Bob DYLAN. Sans accéder à la même notoriété, la jeune Joni MITCHELL se fait quand même un nom grâce à ses performances et ses morceaux qui sont repris par des artistes populaires comme Judy COLLINS (qui fit aussi connaître Leonard COHEN de la même manière). Elle divorce de Chuck en 1967, la même année que David CROSBY s’intéresse à elle. Ils se rencontrent en Floride mais il a tôt fait de l’emmener dans son fief à Los Angeles où il peut faire jouer ses relations pour lui obtenir un contrat chez Reprise Records. Décidé à la prendre sous son aile, il s’impose pour être son producteur.

Crosby a une idée très précise de ce qu’il veut pour sa protégée : qu’elle sonne la plus naturelle possible. Pour lutter contre les artifices du studio, il place des micros dans le piano et lui demande d’y chanter pour que sa voix y résonne mieux. Son idée ne marche qu’à moitié, car si la voix de la chanteuse sonne effectivement plus profond, le micro enregistre tellement de bruits ambiants que les tentatives de les faire disparaître laissent à l’album une production plate éloignée de la richesse musicale qu’il contient. Comme Joan BAEZ à la même période, Joni MITCHELL a choisi de s’éloigner de la folk traditionnelle guitare/chant pour se tourner vers la formule orchestrale all inclusive plus inspirée par la musique classique, en témoignent les arrangements plus complexes et les harmonies vocales plus recherchées. Elle cède aussi à la mode ambiante et aborde des thèmes très flower power : la face A du disque comprend ses morceaux qui abordent la déprime de vivre dans une grande ville, et la face B la beauté libératrice de la nature. Mais forts de ses années d’expérience, ses textes restent pertinents et jamais mièvres. D’ailleurs, l’album est dédié à Mr. Krotzmann, l’enseignant qui lui donna le goût de la lecture.

De ce fait, Song to a Seagull n’est pas facile à juger. Il en-deçà du reste de la discographie de Joni MITCHELL mais bien au-dessus de ce qui se faisait à l’époque, et il y a assez de bons morceaux pour le prouver : "I Had A King", "Night in the City", "Cactus Tree", "Sisotowbell Lane". N’oublions pas que, même si elle était présente dans la scène folk depuis plusieurs années, c’était la première fois qu’elle enregistrait un album studio. Elle a dû céder aux demandes des exécutifs et de Crosby, chose qu’elle ne fera plus dès son disque suivant.

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   DERWIJES

 
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- Joni Mitchell (guitare, piano, chant)
- Stephen Stills (basse sur 'night in the city')
- Lee Keefer (banshee)


1. I Had A King
2. Michael From Mountains
3. Night In The City
4. Marcie
5. Nathan La Franeer
6. Sisotowbell Lane
7. The Dawntreader
8. The Pirate Of Penance
9. Song To A Seagull
10. Cactus Tree



             



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