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 Guide Jazz (165)

Charles MINGUS - Oh Yeah (1961)
Par JUAN le 29 Mai 2008          Consultée 3059 fois

Après avoir quitté Atlantic après le sauvage Blues & Roots et enregistré Mingus Ah Um chez Columbia, le furieux contrebassiste revient sur le premier label cité pour un album toujours aussi sauvage, et encore plus blues. Du blues il en est question dès les premiers accords de "Hog Callin' Blues", dont le thème est au départ chanté par Mingus lui-même. En effet, lui qui arrivait déjà péniblement à contenir sa voix tonitruante durant les enregistrements, hurlant des ordres à chaque musicien pendant les morceaux, ici se lâche complètement! Que ce soit du chant purement blues sur les très sensuels "Devil Woman" ou "Ecclusiastics" ou bien des paroles scandées qui rythment l'ensemble sur "Eat That Chicken", le contrebassiste donne de la voix.

Mais au fait, qu'en est-il justement, du contrebassiste? Il est devenu pianiste! En effet, pour cet enregistrement, il lègue son poste habituel à Doug Watkins, un musicien solide qui n'a pas beaucoup à envier à Mingus, tandis que ce dernier décide de jouer toutes les parties de piano, en plus du chant donc. Et il y prend plaisir, ça s'entend! Pour ce qui est du reste des musiciens, l'excellent Booker Ervin est toujours de la partie, de même que l'efficace Jimmy Knepper au trombone. La grande nouveauté vient de l'apparition de Roland "Rahsaan" Kirk au sein de l'orchestre.

Jamais la volonté de ressembler à un big band "moderne" n'aura été aussi forte. Chaque composition est ici imprégnée d'un swing nouveau, puisant dans l'éternelle admiration de Mingus pour le Duke pour faire revêtir à ces pièces sauvages un aspect maîtrisé et orchestré.
Mingus perfectionne son art, celui non plus de diriger un orchestre, mais celui de diriger une formation organique, où chacun articule les récentes découvertes musicales (le free dans une certaine mesure notamment) à la science du swing que le groupe réinvente ici. "Wham Bam Thank You Ma'am" est sûrement l'exemple le plus probant. Une rythmique échappée des années 30, une section cuivre, et c'est là l'un des grands talents du contrebassiste/pianiste, qui sonne malgré sa taille réduite (2 saxpphones, 1 trombone) comme un véritable big band, et un piano qui... swingue! Excusez-moi pour toutes ces répétitions, mais il n'y a pas d'autre mot, c'est directement à ce courant du jazz, que Mingus adorait tant, que cet album renvoie, malgré une sauvagerie propre au groupe, bien que plus contenue que sur Blues & Roots. Seule la dernière composition s'échappe de cette analyse. Crissements, bruissements de cordes, alarmes, percussions tribales, voix de schizophrène déclamant un texte incompréhensible entre rires déments et éclats de voix... Une nouvelle définition du mot folie selon Mingus.

Plus contrôlé que Blues & Roots, plus énergique que Mingus Ah Um, cet album est un véritable chef d'œuvre, le point culminant d'une certaine conception du jazz, un chaos joyeux, une pointe d'humour parfois noir, débordant d'entrain et parfaitement orchestré de bout en bout. Après plusieurs essais, Oh Yeah! (qui porte très bien son nom) réussit à synthétiser toutes les influences, les idées et le talent de Charles Mingus. Sauvage mais contenue, furieuse et pourtant pleine d'une joie qui éclate, cette musique volcanique est tout à l'image de celui qui l'a composée.

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   JUAN

 
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- Charles Mingus (piano, chant)
- Roland Kirk (flûte, sirène, saxophone ténor, manzello)
- Booker Ervin (saxophone ténor)
- Jimmy Knepper (trombone)
- Doug Watkins (contrebasse)
- Dannie Richmond (batterie)


1. Hog Callin' Blues
2. Devil Woman
3. Wham Bam Thank You Ma'am
4. Ecclusiastics
5. Oh Lord, Don't Let Them Drop The Atomic Bomb On Me
6. Eat That Chicken
7. Passions Of A Man



             



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