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Diana ROSS - Why Do Fools Fall In Love ? (1981)
Par DERWIJES le 7 Novembre 2019          Consultée 182 fois

C’était un miracle : Une artiste avec déjà vingt ans de carrière dont dix en solo, dont les derniers albums semblaient annoncer une lente descente dans l’oubli, et qui venaient de quitter la maison de production l’ayant hébergée depuis ses débuts, qui plus est la Motown, mais qui parvient en s’associant au bon duo de producteurs à sortir ce qui est tout bonnement son meilleur disque ? Celle-là, personne ne s’y attendait.

Pour Diana ROSS, c’est plus un choc électrique qu’un miracle. C’est le rappel qu’elle en a encore dans le ventre et qu’elle a encore l’envie d’avoir envie. Diana l’album est à peine sorti qu’elle se penche déjà sur la suite. Niles RODGERS et Bernard EDWARDS ne peuvent pas revenir car trop occupés avec Debbie HARRY ? Ce n’est pas grave, elle s’inspirera de Michael JACKSON et le produira elle-même. Désormais libérée, délivrée des carcans que lui imposaient la Motown elle profite de cette nouvelle indépendance pour affirmer son identité.
Pour fêter cela elle reprend "Why Do Fools Fall In Love ?", un standard des années cinquante et l’une, si ce n’est la première chanson qu’elle apprit à chanter. Placée en ouverture du disque elle annonce d’entrée de jeu ce à quoi s’attendre : un disco aux allures funk moins chic que CHIC mais plus brut de décoffrage. Le son est moderne, dans l’air du temps, et de ce fait brouillon. La production met, pour la première fois, les instruments en avant, plaçant le chant de Diana en arrière-plan. Ces choix esthétiques permettent de mettre en valeur le côté funky des morceaux et de rendre le son plus imposant, mais au dépend de la clarté. Ça passe encore sur cet album, mais c’est un problème qui ira en s’intensifiant au fur et à mesure sur les albums suivants.

Minute people : A la même période Diana sortait avec… Gene SIMMONS, qui en était tombé amoureux alors qu’il était encore avec CHER. L’anecdote veut que le coup de foudre eut lieu après que Cher eut conseillé à Gene d’aller faire du shopping de Noël avec Diana, mais franchement on s’en fiche. Ce qui est intéressant c’est l’influence que le Démon eut sur la Diva. Ce fut lui qui la poussa à partir de Motown alors qu’elle hésitait grandement, et ce fut grâce à son influence et ses talents de businessman qu’il parvint à convaincre Berry GORDY de se séparer de sa poule aux œufs d’or. Mais hélas ! Telle une tragédie shakespearienne, leur relation ne devait pas être. Gene aimait trop les femmes, Diana voulait une vie de famille stable pour elle et sa fille… Ils se séparèrent, mais pas avant qu’en dernier cadeau d’adieu Gene ne suggère à Diana d’embaucher sur son nouveau disque son copain Bob KULICK, guitariste par intérim de KISS, pour assurer la gratte sur le morceau-titre. Passé la surprise de savoir qu’un hardos qui a produit et/ou joué pour Lou REED, MOTORHEAD et W.A.S.P. apparaît sur un disque de Diana Ross, on comprend mieux d’où sort la guitare furieuse du morceau, qui n’y est pas du tout à sa place mais qui pourtant s’incruste plutôt bien.

Fin de la minute people, mais restons sur le thème de l’amour pour parler de l’éléphant dans la pièce. Oui, il est temps d’aborder "Endless Love". Ah, "Endless Love"… Même moi à qui ce genre de slows donne de l’urticaire et qui les évitent comme la peste je le connais. Lionel RICHIE doit composer une chanson pour le film du même nom dont personne ne se souvient, il s’associe à Diana ROSS et compose le slow pour enterrer tous les slows, le genre de morceau qui a dû servir d’hameçon à Erwin pour aller à la pêche aux gonzesses (on sous-estime beaucoup l’effet aphrodisiaque de la lettre "w" dans les prénoms). Aujourd'hui c’est la version du single qui a survécu aux affres du temps, et à juste titre : Lionel balance à la perfection le bon mélange entre les deux voix et la place de l’orchestre dans le tout. Cette alchimie lui vaudra l’Oscar de la Meilleure Chanson Originale et un séjour de neuf semaines dans le penthouse des charts.

Evidemment Diana n’allait pas laisser l’opportunité de replacer la chanson dans cet album, mais elle décide de la reprendre en solo en la modifiant un peu. Et c’est là où on se rend compte que construire une chanson de ce type c’est comme construire un château de cartes : au moindre changement ça s’effondre vite. Le pêché de Diana est de trop insister sur l’orchestre pour compenser l’absence d’une deuxième voix. Ce faisant elle franchit la fine ligne séparant l’émouvant du sirupeux et en tombe du mauvais côté.

Non, le vrai problème vient surtout que Diana s’est forcée à l’inclure. On sent qu’elle n’a rien de plus à ajouter à l’originale mais que bon, voilà, ça pouvait aider les ventes… A titre de comparaison sur un morceau complètement différent, on entend qu’elle prend vraiment son pied à reprendre le hit de Brenda LEE "Sweet Nothings". Elle y conserve même l’essence rockabilly de la chanson, bien dissimulée sous les nappes d’instruments eighties. Femme de son temps, elle essaie même de voir si l’herbe est plus verte du côté des fans d’aérobic, discipline alors en vogue grâce à aux inénarrables vidéos de Jane FONDA, sur "Work That Body". C’est carrément écrit pour se faire de l’argent sur la vague de ce succès mais ça reste fun. Daté, mais fun.

Pour rattraper le ratage d’"Endless Love" version solo elle peut compter sur l’autre single à succès de l’album, "Mirror Mirror". Ça ressemble à une comptine, mais ça sonne funk, presque hard-rock (plutôt que l’aérobic je me maintiens en forme en sautant à pieds joints dans les approximations). Il est à l’origine écrit par le songwriter Michael SEMBELLO qui l’avait proposée à ses clientes les POINTER SISTERS. Celles-ci la refusèrent sous prétexte qu’elle sonnait trop comme une comptine enfantine, et ce fut Diana ROSS qui finit par la récupérer et en fit un succès. Vertes de jalousies, les Sœurs Pointeur virèrent illico militari SEMBELLO qui poursuivit son bonhomme de chemin en composant pour le film Flashdance le morceau "Maniac", l’un des plus gros succès commerciaux des années 80. Comme quoi, l’effet boule de neige n’est pas un mythe.

Au final Why Do Fools Fall In Love ? finira comme son prédécesseur disque de platine. On peut expliquer ce succès justement par le fait que le public voulait plus de Diana après sa collaboration avec CHIC. Mais c’est réducteur que de le condamner à vivre dans l’ombre de son glorieux aîné, même si c’est inéluctable. Ce disque constitue la véritable déclaration d’indépendance de Diana ROSS, le moment où elle prend confiance en elle-même et s’envole sans l’aide de personne. Quoique avec ses défauts, c’est un album qui offre de sacrés bons moments pour ceux assez curieux pour s’y intéresser.

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1. Why Do Fools Fall In Love
2. Sweet Surrender
3. Mirror Mirror
4. Endless Love
5. It's Never Too Late
6. Think I'm In Love
7. Sweet Nothings
8. Two Can Make It
9. Work That Body



             



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