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Diana ROSS - Lady Sings The Blues (1972)
Par DERWIJES le 13 Août 2019          Consultée 83 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

J'ai fait mes devoirs avant de commencer cette chronique et suis parti regarder bon pied bon oeil le film dont est tiré l'album. Qu'en dire ? Je rejoins mot pour mot ce qu'en pensais Roger Ebert dans sa critique du film (le lien vers le texte complet est en fin de page): comme lui je n'étais pas convaincu par le choix de Diana ROSS dans le rôle de la géante Billie HOLIDAY. Un choix d'autant plus controversé que le film a été produit par la Motown, et Ross étant à l'époque leur chouchoute...Comment ne pas y voir un simple choix commercial ?

Et pourtant ! La diva offre une performance bien meilleure que ce l'on était en droit d'espérer de ses débuts sur grand écran. On la sent réellement impliquée dans le film, n'hésitant pas à donner de sa personne pour apparaître physiquement sale et amaigrie lorsque le personnage est au plus bas. La scène d'ouverture en est un bon exemple: on y voit Billie Holiday se faire traîner en prison, seule, l'air hagard, en manque de drogue.

Imaginez maintenant la tête de tous les journalistes qui avaient écrits des articles acides lorsque le film fut nominé pour cinq Academy Awards, dont celui de la meilleure actrice pour Diana ROSS ! Mais avec la patine du temps et une flopée d'autres biopics musicaux sortis entre-temps, le film paraît nettement moins éclatant qu'à sa sortie, notamment dans sa narration qui suit le schéma classique enfance difficile/débuts éclatants/grand succès/drogues et difficultés personnelles/déchéance/retour en forme/grand concert final (on retrouve le même schéma dans les récents Bohemian Rhapsody et Rocketman, par exemple).

Le film fut un succès public, ce qui peut expliquer les ventes fulgurantes de sa B.O. Disque d'or au Royaume-Uni, #1 des charts américaines (quatrième fois que notre diva se retrouve à cette place si convoitée) avec un nombre indécent de copies vendues (2,000,000, me dit Wikipédia)...Sans oublier l'importance culturelle: l'American Film Institute a classé “God Bless the Child” parmi les meilleures chansons du cinéma américain, rien que ça !

Je suis pourtant mitigé par rapport à ce disque. Sûr, il a une très belle pochette -qui a la particularité d'être le seul album publié par Motown où leur logo est modifié pour rester dans le thème de la pochette-, mais il est divisé en deux parties bien distinctes, dont une qui me laisse froid. C'est à dire que le premier disque de ce double album est principalement constitué de dialogues extraits du film, entrecoupés de courts passages musicaux. Insérer des dialogues dans une B.O., pourquoi pas. Ça rend bien quand c'est du Tarantino, mais en l’occurrence nous ne sommes pas chez Tarantino, et les extraits choisis n'ont vraiment rien d'exceptionnels si ce n'est de retracer dans les grandes lignes l'histoire du film, sans les images. Autrement dit, ça n'a pas vraiment d'intérêt. Et les passages chantés ne sont pas mieux: ce sont des morceaux tirés par exemple du moment où Billie/Diana tombe malade sur scène: On est plus sur du jeu d'acteur que du jeu de musicien, sans compter que c'est toujours très court.

Pouce en bas pour cette première partie. Zappez-là sans merci ni regrets, vous n'y trouverez rien de bien. La suite, en revanche...C'est là où les choses sérieuses commencent, c'est là que se trouvent les morceaux de Billie HOLIDAY réinterprétés par Diana ROSS ! Impossible de ne pas se poser la question: comment Ross, qui a une voix que l'on pourrait décrire comme douce et chaleureuse, pourrait imiter le timbre rauque et marqué par la vie d'Holiday ? Eh bien, il faut d'abord se mettre d'accord sur le fait que Billie Holiday avait une voix inimitable. “C'est une voix”, expression galvaudée, semble être faite pour elle. On n'a et on ne verra jamais quelqu'un chanter comme elle. Une fois cette base posée, Diana Ross a pris une décision intelligente. Plutôt que de chercher à singer ce timbre de voix, elle a cherchée à comprendre les sentiments que Billie Holiday voulait transcrire dans sa musique.

Cela nous donne d'excellentes interprétations des chansons de Billie. Pour le prouver, tournons-nous vers le morceau le plus célèbre du disque, “God Bless the Child”. Nous frôlons l'excellence, Diana Ross donne tout ce qu'elle a et prouve une bonne fois pour toute qu'elle n'est pas une diva quelconque mais une sacrée bonne chanteuse. J'ai commencé par le bouquet final, mais j'aurais pu vous parler de “All of Me”, nettement plus swing, ou de “Good Morning Heartache”, où elle chante plus comme d'habitude, raison pour laquelle la Motown a choisi ce morceau pour promouvoir le disque. Si elle n'hésite pas à se donner à fond, elle sait aussi se faire plus mesurée pour laisser l'émotion parler, c'est le cas sur l'éternel “Strange Fruit”. Morceau ô combien culte dont l'interprétation originale ne pourra jamais être surpassée, Diana Ross se garde bien de monter en puissance et gagne ainsi en lyrisme.

Elle est aidée en cela par une petite surprise que je voulais garder pour la fin... Michel LEGRAND ! C'est notre regretté compositeur à qui a échu la tâche d'accompagner en musique la voix de Miss Ross, mais est-il nécessaire de dire qu'il s'en sort haut la main ? Vous pouvez l'entendre sur “Loving Theme”, passage instrumental composé pour le film. Curieusement il sera mis en parole par Smokey ROBINSON avant d'être par Michael JACKSON, rebaptisé entre-temps “Happy”... Même si on se demande bien pourquoi ce n'est pas Diana qui l'a chanté.

Lady Sings the Blues, l'album, s'en sort nettement mieux que le film. Si le premier disque est tout juste passable il justifie entièrement son existence sur le second ou il réalise un sans-faute, offrant à ceux qui ne connaissent pas encore Bille HOLIDAY une excellente porte d'entrée vers cette grande dame, et à ceux qui en sont déjà familier l'occasion de la redécouvrir comme neuve.

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   DERWIJES

 
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- Diana Ross (chant)
- Michel Legrand (orchestration)


1. The Arrest
2. Lady Sings The Blues
3. Baltimore Brothel
4. Billie Sneaks Into Dean And Dean's/swinging Uptown
5. 'taint Nobody's Bizness If I Do
6. Big Ben/c.c. Rider
7. All Of Me
8. The Man I Love
9. Them There Eyes
10. Gardenias From Louis
11. Cafe Manhattan/had You Been Around/love Theme
12. Any Happy Home
13. I Cried For You
14. Billie And Harry/don't Explain
15. Mean To Me
16. Fine And Mellow
17. What A Little Moonlight Can Do
18. Louis Visits Billie On Tour/love Theme
19. Cafe Manhattan Party
20. Persuasion/'taint Nobody's Bizness If I Do
21. Agent's Office
22. Our Love Is Here To Stay

1. Fine And Mellow
2. Lover Man
3. You've Changed
4. Gimme A Pigfoot (and A Bottle Of Beer)
5. Good Morning Heartache
6. All Of Me
7. Love Theme
8. My Man
9. Don't Explain
10. I Cried For You
11. Strange Fruit
12. God Bless The Child
13. Closing Theme



             



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