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- Style : Les Ogres De Barback

Pierre PERRET - Celui D'alice (1976)
Par RAMON PEREZ le 24 Février 2021          Consultée 127 fois

Au fond, Pierre PERRET est pour moi une sorte d’héritage familial. C'est un petit mystère que les premiers sujets de discussion entre mes parents, ceux grâce auxquels ils ont pu se dire qu’ils avaient sans doute des points en commun et penser que quelque chose était jouable. Il est tout à fait possible que cet homme en ait fait partie. Une sorte de lien entre leurs deux histoires, entre mes deux familles. Mon grand-père paternel était un littéraire, un grand amateur des mots. A ce titre, il avait une profonde admiration pour le Pierrot, véritable dictionnaire populaire ambulant. Je pense qu’en outre il se reconnaissait très bien dans une partie de ce que racontait le chanteur, en tant que pur français moyen de son époque (ils étaient à peu près de la même génération). Mes autres grands-parents en revanche n’étaient pas franchement du genre à écouter Pierre PERRET. Mais ils étaient de Moissac qui se trouve à une traversée du Tarn de Castelsarrasin, d’où était le chanteur comme l’indique le titre de sa chanson. Le tabac et le raisin dont il parle, ils les ont cultivés. Mes grands-parents étaient accueillants et vaillants ; ils parlaient patois. Bref, ils partageaient forcément quelque chose de profond avec l’enfant du pays, la même terre.

Alors évidemment, les choses ont bien changé. Personne n’est assez fou pour aller se baigner dans la Garonne en aval de Toulouse de nos jours, ce que Pierre PERRET pouvait encore faire quand il était gamin. Mais en l’écoutant, j’ai l’impression d’entendre un peu d’où je viens, de percevoir un peu mieux quelle vie ont eue mes grands-parents, comme disait un autre chanteur. De voir ce qui de cette époque est révolu et ce qui est intemporel. Par exemple la lassitude devant le travail, l’envie de tout plaquer pour partir. Intemporel bien-sûr. Notre chanteur l’a éprouvée à ce moment-là, s’accordant une pause de presque deux ans. Aujourd’hui ça parait bien peu au regard des quatre ans que la plupart des gens mettent pour faire un album, mais à l’époque on sortait des disques tous les cinq matins. Alors ce n’était pas n’importe quelle aventure une pause de deux ans. Le p’tit beau frisé embarque sa famille sur un bateau et part faire le tour des océans. Il y croise l’autre chanteur dont je parlais (qui se payait lui une pause autrement plus longue aux Marquises) avant de revenir avec l’une de ses plus belles chansons, "Prenez-ma nouvelle adresse" qui raconte un peu tout ça. Vraiment, c’est à mon sens un ouvrage digne de figurer dans n’importe quelle anthologie de la Chanson Française de par son texte, sa mélodie et son arrangement.

Tant qu’on y est, on pourrait largement en mettre une deuxième : le magnifique exercice de style qu’est "Celui d’Alice". Pierre PERRET avait trouvé dommage que Georges BRASSENS n’aille pas au bout de son idée en refusant de dire le mot autour duquel tourne la chanson "Le Blason" (le joli mot si employé dans sa région, con !). Alors lui fait ce dernier pas. On connaît le rapport difficile entre les deux chanteurs, le premier ayant souvent été perçu comme une version du pauvre du second. Au risque de froisser les thuriféraires du Sétois, j’affirme qu’outre que cette comparaison n’a pas lieu d’être, le Tarn-et-Garonnais est celui qui s’en est le mieux sorti avec ce fameux mot. Son texte est d’une précision et d’une poésie rares, son arrangement bien dosé rend la chanson encore plus touchante. Une chanson qui a l’élégance d'évoquer crûment le sexe sans une once de paillardise, ce qui est aussi le cas, dans un autre genre, de la première du disque. Allant au bout de son idée du "Zizi", Pierrot réalise ici la leçon ultime d’éducation sexuelle pour minots, avec forces tournures savoureuses.

C’est la seule chanson enfantine de cette livrée, le reste étant très adulte et néanmoins très drôle. On y trouve le plus grivois "Et vous", sympa comme tout, ou le moqueur "J’ai faim" qui se fout ouvertement de la gueule du Giscard qui allait manger des nouilles chez le chaland. Sans oublier l’épicurien et hilarant "J’ai dîné à London" où Pierre PERRET fait fort à ce sport national historique consistant à tailler une bavette à l’Anglais. Fort bien écrit, sans les exercices de style démonstratifs qui alourdissent certains autres albums, celui-ci est une franche réussite.
En outre, il est également fort bien arrangé. Complètement délesté des tentatives un peu lourdes ou kitsch auxquelles notre homme s’abandonne souvent, il se fait simple et efficace. Et même inventif par moments, avec des guitares électriques ou des cuivres discrets qui constituent un fond assez intéressant. Le disque alterne les petites douceurs ("La sieste" par exemple) et les morceaux de bravoure, comme l’étonnant "Sam’di chez l’amiral", une sorte de modernisation de certaines chansons réalistes qui racontaient les baloches de début du siècle, où Gilou envoie le bois comme rarement au soufflet à punaises.

Bref, c’est un des meilleurs disques de Pierre PERRET, ni plus ni moins. Comme quoi, ça vaut le coup de prendre des vacances ! Les vacances, l’été, c’est aussi le thème d’un single et de sa face B que le chanteur a publié à peu près au même moment que cet album et qui se trouve ajouté sur certaines éditions. Gentiment sympathique mais tout de même anecdotique et daté, pas au niveau du L.P qu’il est donc préférable d’écouter dans sa version d’origine. Il n’a ainsi aucune faiblesse. Un très bon coup, pas le premier de ces années 70, ni même le dernier, après des années 60 déjà bien fournies. Ca en a fait des chansons à partager entre mes parents, puis à écouter durant mon enfance et encore longtemps après.

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   RAMON PEREZ

 
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1. Papa Maman
2. Ma Nouvelle Adresse
3. Et Vous ?
4. Celui D'alice
5. J'ai Diné A London
6. Sam'di Chez L'amiral
7. Je Suis De Castelsarrasin
8. Françouese
9. La Sieste
10. J'ai Faim
11. On N'a Pas Trouvé La Mer [single 77]
12. J'aime [single 77]



             



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