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VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

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Céline DION - D'eux (1995)
Par BAKER le 30 Décembre 2018          Consultée 440 fois

Il est indéniable que "D'eux" de Céline DION est un des albums les plus importants de l'histoire de la variété française. Qu'on aime ou pas, les sacro-saints chiffres, vous savez, ceux que les hommes de couleur au prénom de billet adorent, ne mentent pas : D'eux est le disque français le plus vendu de tous les temps, ses singles se sont vendus par millions, et la moitié de l'album est encore de nos jours TRES régulièrement passée à la radio, aux radios, télés, mariages, bar mitsvas et sacrifices caprins bi-annuels. Même sans verser dans le côté obscur de la Farce, la rencontre entre la plus grande voix francophone de l'époque et le compositeur le plus en vue ne pouvait que plaire. Et parler de ce disque semble inutile tant il est entré, avec fracas, dans l'histoire de la musique contemporaine et par la grande porte.

Et pourtant, je n'aime pas cet album. Je ne l'ai jamais aimé, je ne l'aimerai jamais. Il m'a fallu du temps pour comprendre la raison. Beaucoup de temps. C'est normal, souvenez-vous du sublime téléfilm "Jack l'Eventreur" de David Wickes : on n'arrivera jamais à trouver un tueur, s'il est deux. Ici, c'est pire, ils sont trois. Trois fieffés coquins qui me plombent cet album plus sûrement qu'un chasseur plombe une gazelle. La première raison devrait être anecdotique : les paroles. Pour que le Baker gueule après les paroles, c'est qu'il y a un réel problème. Outre le fait que certains titres soient semi-incompréhensibles ("Regarde-moi" notamment ; ce n'est pas un problème d'accent, c'est un problème de scansion), des tournures de phrases heurtent ma sensibilité des plus jeunes spectateurs : "Que le temps d'avant c'était le temps d'avant", "Vole tu l'as pas volé", "Porter des bois" (comme un daim ?), "Je vais mon chemin", je peux pas. Pardon ? On ne dit pas "Je peux pas", ce n'est pas une tournure littéraire adéquate ? Certes. Mais "Je sais pas", c'est quoi, un stand de merguez CGT au Gilets Jaunes Moto Club du Limousin ?

L'autre raison, c'est la prod en carton. Sincèrement, vous avez une chanteuse qui déjà à l'époque ramasse des millions en baillant le matin, et produite par le gars qui sort tout droit de Rouge, sans conteste possible un des 5 albums "de variété française" les plus archi-mega-surproduits de tous les temps, entre NIGHTWISH et FOREIGNER. Et voilà qu'on a, dans l'ordre : la boîte à rythmes "catégorie musiques urbaines" intrusive et balourde de "Pour que tu m'aimes encore", la guitare folk au synthé General Midi honteuse sur "Le ballet" et "La mémoire d'Abraham", le petit orgue Bontempi derrière "Je sais pas" (et on se moque de moi parce que j'écoute IQ ?), les sons de synthé pas toujours heureux, le rythme rock souvent pataud (ah là là ce "Regarde-moi" ça fait faux !)... Je suis peut-être trop regardant mais ça me choque, beaucoup. Les seuls instruments qui s'en sortent très bien sont tout ce qui souffle : l'harmonica du "Ballet", le saxo de "Je sais pas", la clarinette de l'insupportable "Les derniers" (je hais cette chanson à un point clinique terminal), et... Céline, parce que oui, la dame sait chanter, no problemo.

Et le troisième problème ? C'est GOLDMAN en tant que compositeur. Entendons-nous bien, il sait toujours faire de belles choses. L'ambiance de "Pour que tu m'aimes encore" est inédite, avec des transposes dingues mais qui fonctionnent. "Je sais pas" arrive à gérer son build-up, "La mémoire d'Abraham" est d'une incroyable douceur. Mais quand il "fait du GOLDMAN", avec le recul, c'est atroce ce que ce disque est réchauffé. "Je sais pas" est calquée sur "Pas toi" ("Je sais pas toi" ???), "Destin", pourtant une des réussites, mélange l'intro de "Je te donne", le refrain de "Je marche seul" et les solos de guitare de... ah ben de "Je te donne" (duo de guitares différentes inclus !), mon grand ami "Les derniers" utilise les arpèges de "Elle attend", le solo de saxo de "Prière païenne" est une variation de "Au bout de mes rêves". C'est du service minimum.

Sans compter les soucis purement fonctionnels : "Le ballet" swingue comme une clef à molette, avec sa transpose au troisième couplet qui revient du diable vauvert en passant par l'extérieur. "J'irai où tu iras" est un boogie de GOLDMAN, ce qui est l'équivalent d'une ballade de MUSE, à savoir une entité biologique qui existe dans la nature mais dont l'utilité dans l'écosystème reste encore à démontrer. Notre "Prière païenne" est un peu plombée par ce piano droit comme un récital de BEETHOVEN au milieu d'Arethas ferventes. Jusqu'à l'ultime chanson, "Vole", qui se veut belle et profonde mais vous plombe tout façon "drame familial au soir du nouvel-an : 146 morts dont 3 graves". Céline vocalise à la CAREY en mode soul, ce qui est complètement incongru, le sujet grave et beau est donc totalement détruit par UNE phrase, et puis ça vous finit l'album sur une touche de gaieté qui n'est pas sans rappeler le récent mash-up entre COOKIE DINGLER et KATATONIA. A se pendre par balles en sautant par la fenêtre. Il faut être souple et inventif : pas comme ce disque.

Au milieu de ce marasme, une chanson se hisse. Simple, lente, efficace et sans aucun artifice (deux trois pads de synthé médiocres mais mixés très en arrière), "J'attendais" n'a rien de moderne, rien de rock, rien de gospel, rien de "GOLDMAN 80s". Mais elle est magnifique et laisse à penser que ce "D'eux" est une rencontre ratée qui méritait bien mieux. Evidemment, je dois avoir tort, le succès public et critique IMMENSE, et PERENNE (important !) de cet album parle pour lui. Mais tant la voix que la guitare méritaient bien mieux, plus de soin, plus de passion. Pour le public, un chef-d'oeuvre. Pour moi, sale petit ragondin musqué, un résumé de la musique française depuis 20 ans : aucune prise de risque, succès assuré.

Et si je devais résumer mon avis en une phrase limpide et généreuse, elle est toute trouvée : D'eux Dion = boutons. Alors pourquoi pas la note minimale ? Parce qu'il y a du talent aux entournures, parce qu'il y a quelques bons passages. Et parce que l'histoire ne s'arrêtera pas là. J'attendrai, effectivement...

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   MARCO STIVELL

 
   BAKER

 
   (2 chroniques)



- Céline Dion (chant)
- Jean-jacques Goldman (composition, arrangements, chant)
- Erick Benzi (arrangements, claviers, programmations)
- Christophe Deschamps (batterie)
- Yannick Hardouin, Neil Jason (basse)
- Patrice Tison, Basile Leroux (guitares)
- Roland Romanelli, Arnaud Dunoyer De Sego (piano)
- Denis Leloup (trombone)
- Christophe Nègre, Sylvain Beuf (saxophones)
- Antoine Russo, Christian Martinez (trompette)
- Carole Fredericks, Yvonne Jones, Beckie (choeurs)


1. Pour Que Tu M'aimes Encore
2. Le Ballet
3. Regarde-moi
4. Je Sais Pas
5. La Mémoire D'abraham
6. Cherche Encore
7. Destin
8. Les Derniers Seront Les Premiers
9. J'irai Où Tu Iras
10. J'attendais
11. Prière Païenne
12. Vole



             



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